Tribune 22 mars 2023

Séismes en Turquie : priorité à l'aide humanitaire

Suite aux séismes des 6 et 7 février dernier, et au nouveau séisme du 20 février, le Rojava et le Nord-Kurdistan comptent désormais plus de 50.000 morts. Le groupe d'études sur les Kurdes à l'Assemblée nationale appelle l’ensemble des pays en mesure de le faire à intervenir directement sur le terrain pour soutenir les populations durement touchées et à condamner avec force la politique de répression violente du régime d’Erdogan à l’endroit des populations kurdes.

Suite aux séismes des 6 et 7 février dernier, et au nouveau séisme du 20 février, le Rojava (Syrie) et le Nord-Kurdistan (Turquie) comptent désormais plus de 50.000 morts. L’épicentre du premier séisme se trouve en effet dans les régions de Marash et d’Antep et a touché tout le sud de la Turquie et le nord-ouest de la Syrie, des régions qui abritent une très forte population kurde de part et d’autre de la frontière.

Dès le premier jour du séisme, des ONG, des syndicats et des associations, en particulier attachées à la communauté kurde, des partis politiques et des particuliers se sont mobilisés pour venir en aide aux victimes du séisme dans les dix provinces touchées.

Sur ces deux territoires, les problématiques dans l’acheminement de l’aide humanitaire sont de nature différente mais elles sont réelles.

Côté turc, force est de constater que les autorités gouvernementales qui ont souhaité gérer et coordonner l’intégralité de l’aide internationale procèdent à une ségrégation systématique des bénéficiaires de l’aide. Certains villages, qui abritent d’importantes minorités kurdes et alévies, n’ont jamais vu arriver les services de secours dans les premiers jours qui suivirent les séismes et attendent toujours l’aide humanitaire essentielle dont ils ont cruellement besoin pour survivre. Le Parti démocratique des peuples (HDP) s'est joint aux efforts des nombreuses ONG et associations qui ont souhaité agir sur place en organisant et en acheminant l'aide humanitaire et en établissant des bureaux de crise dans les dix provinces. Cependant, le régime d’Erdogan empêche de distribuer ou ralentit l'aide aux victimes en faisant des descentes dans les entrepôts, confisquant l'aide collectée, détruisant du matériel, détournant des camions et procédant à des arrestations.

Coté syrien, si l’aide a mis plus de temps à pouvoir se déployer du fait des sanctions applicables à l’encontre du régime syrien, les agences de l’ONU et les ONG financées par les autorités internationales agissent sur place pour apporter une aide matérielle d’urgence à des populations profondément meurtries. Mais malgré l’ampleur du drame, le régime d’Erdogan continue de lancer drones et missiles sur ces populations civiles déjà lourdement éprouvées par des années de combats contre Daesh, d’offensives de l’armée turque, par l’épidémie de Covid-19 et désormais par les tremblements de terre du mois dernier.

Si notre responsabilité est bien de faire preuve d’un devoir d’humanité, nous ne pouvons pas rester silencieux lorsque ce devoir est appliqué à géométrie variable par celui-là même qui sollicite le respect de ce devoir.

Nous dénonçons l’abus des prérogatives octroyées par l’état d’urgence, décrété par le régime autoritaire islamiste de Recep Tayyip Erdogan, notamment pour poursuivre sa répression contre les forces démocratiques et d’opposition et orienter l’aide humanitaire pour ralentir son arrivée dans les territoires kurdes.

Nous appelons l’ensemble des pays en mesure de le faire à intervenir directement sur le terrain pour soutenir les populations durement touchées par les différents séismes et à condamner avec force la politique de répression violente du régime d’Erdogan à l’endroit des populations kurdes de Turquie et de Syrie, en particulier les pays européens qui ont pu s’appuyer sur les forces kurdes pour lutter contre Daesh et qui devraient voir dans les formes d’organisation kurdes les propositions les plus démocratiques et les plus respectueuses des droits et libertés des populations dans un Moyen-Orient toujours à feu et à sang.

Signataires  : Les membres du Groupe d’études (par ordre alphabétique) :

➡️ Les co-Présidents Sarah Tanzilli (REN) et Frédéric Mathieu (LFI-NUPES)           
➡️  Jean-Felix Acquaviva (LIOT]
➡️ Sabrina Agresti-Roubache (REN)
➡️ Ségolène Amiot (LFI-NUPES)
➡️ Julien Bayou (ECO-NUPES)
➡️ Hadrien Clouet (LFI-NUPES)
➡️ Jean-Pierrre Cubertafon (DEM)
➡️ Éric Coquerel (LFI-NUPES), Président de la Commission des finances, de l'économie générale et du contrôle budgétaire
➡️ Elsa Faucillon (GDR)
➡️ Thibaut François (RN)
➡️ Perceval Gaillard (LFI-NUPES)
➡️ Raquel Garrido (LFI-NUPES)
➡️ Benjamin Haddad (REN)
➡️ Pierre Henriet (REN)
➡️ Hubert Julien-Laferrière (ECO-NUPES)
➡️ Luc Lamirault (HOR)
➡️ Sylvain Maillard (REN)
➡️ Emmanuel Mandon (DEM)
➡️ Paul Molac (LIOT)
➡️ Astrid Panosyan-Bouvet (REN)
➡️ Francesca Pasquini (ECO-NUPES)
➡️ Marie Pochon (ECO-NUPES)
➡️ Danielle Simonnet (LFI-NUPES)
➡️ Frédéric Valletoux (HOR)

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