Marseille : campagne inefficace pour la France insoumise

Ou comment la campagne de la France insoumise est sans cohérence, sans fil malgré l'arrivée du Grand Chef

Ici à Marseille, le Grand chef est arrivé avec son Grand Chapeau ( mais sans cheval ) - L' arrivée de Mélenchon, une semaine après le second tour (ou même moins ) a pu susciter à ses débuts un grand enthousiasme, au vu du très bon score de Mélenchon sur Marseille, en particulier sur tout le centre ville et les quartiers Nord. Les Insoumis de Marseille ont considéré que c' était un honneur et un hommage à cette ville "rebelle" sur le plan social depuis de longues décennies, qui avait au moins 3 députés communistes dans les années 1980 1990.  On pouvait en soi leur donner à priori raison. 

Néanmoins, la campagne des Insoumis patine à Marseille et ceci pour diverses raisons, à la fois globales et locales -  Etat des lieux :

1- La première tient à la posture nationale du candidat Jean Luc Mélenchon... Son premier passage de 20 minutes post présidentielles à l' Emission Politique était déjà inquiétant. Tout le monde avait remarqué qu' il était calme, posé. Soit. Mais il prononce plusieurs fois le pronom "je" , jamais "nous"   jamais il ne cite UNE SEULE FOIS l' ensemble des candidats de la France Insoumise... Et la bonne émission qu' il a faite sur Polonium avec Polony confirme cette inquiétude - Natacha Polony lui fait parler à nouveau de la présidentielle, il parle de Marseille avec justesse , mais il n' a aucun sens du collectif... Bref le passé trotskyste de formation de Melenchon lui revient comme un boomerang - Il sait porter un groupe de 15 à 20 fidèles autour de lui, pas 577 candidat-E-s. Ici , à Marseille, sur les réseaux sociaux des candidats et sympathisants de la France insoumise, on le surnomme "l' Autre", car son nom est devenu en soi écrasant. Tellement révélateur.

2- La deuxième tient à une très mauvaise analyse du score de Jean Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle , ce qui induit des fautes de stratégie majeures pour cette campagne des législatives . On dit souvent avec raison que le score de Macron du second tour ne vaut pas adhésion totale à son programme . Cette même analyse DOIT s' appliquer pour le score de Jean Luc Mélenchon -  Les corps électoraux sont stables dans les grandes lignes sur de longues années ..  Les voix de gauche aux dernières élections départementales et régionales représentent 30 à 33 % des suffrages exprimés . Cette répartition s' est faite en partie sur le vote Macron , en partie sur le vote Mélenchon ... Mélenchon a su convaincre nombre d' électeurs habituellement socialistes à voter pour lui dans les deux dernières semaines , quand les sondages le donnaient possiblement qualifié au second tour et SURTOUT vainqueur potentiel à ce second tour face à Le Pen ( "même une chèvre gagne face à Le pen" , dit Mélenchon ) et aussi face à Fillon ... Dit autrement , la position géographique du vote Mélenchon correspond exactement à la position de l' ancien électorat PS ( centre - villes dans les grandes métropoles , Sud Ouest , Marseille , Lille ) resté à gauche -

Les insoumis font donc leur campagne de législatives en pensant avoir pris la tête du "peuple de gauche" alors qu' une bonne partie des voix de Mélenchon vient d' électorats verts , PS qui n avaient pas de meilleur candidat pour porter leurs idées - Un vote en soi par "défaut d' un autre bon candidat de gauche".  Ainsi leur discours trop centré sur les Insoumis vont leur faire perdre une bonne partie des voix du premier tour, ce que les derniers sondages sont en train de pointer (baisse de 17% à 11 13 % en deux semaines).

3- La question de l' organisation des Insoumis : dans un dernier article sur les Insoumis , une journaliste de la Marseillaise ( plutôt proche PCF) pointait que la campagne des Insoumis correspondait à une forme d' uberisation de la vie politique .  J ' avais pensé la même chose , quelques jours avant , sur la campagne des Insoumis . Cette forme d' ubérisation correspond effectivement à une campagne qui se découpe par séquences sur le net , sur une utilisation fine des réseaux sociaux , et sur un refus d" une organisation structurée par paliers , alors que des ordres très précis et violents viennent d' en haut ( nombre d' Insoumis craignent ici la foudre de la commission budgets pour les excès de dépense de campagne ). Cette nouvelle façon de faire la politique a pu marcher sur une campagne très globale et très longue d' une campagne présidentielle , mais elle trouve ses limites dans une campagne législative où quoiqu' en dise l' empreinte locale joue , vu le mode d' élection par circonscription de cette campagne .  On notera d' ailleurs que les Insoumis refusent à tort le caractère local de cette campagne , se présentant comme candidats à la députation pour voter des lois nationales ... Le député fait aussi partie des élus locaux - Pourquoi les mêmes sont ils les premiers à s' adresser à lui en cas de conflits sociaux dans une entreprise avec risque de perte d' emplois , en cas de dégradation des services publics ?

4 Une première raison locale :  Mélenchon vient seulement 3 jours par semaine et écrase les autres candidats sur son passage - Rien à dire de plus - Mélenchon , suite au point 1 , ne peut pas laisser le terrain national ... Il est donc présent peu de temps sur cette ville - Au bout d' un moment cà se voit

 5- Deuxième raison locale ( et sans doute vraie nationalement ) :  l'affrontement de candidats FI et PC qui furent ensemble aux précédents scrutins est un désastre -  Parlons de la 5ème : Davi contre Pasquet - C'est aussi vrai pour celles des 15ème 16ème : Coppola contre Chevassu

La France insoumise en tapant sur le principal parti du Front de gauche en terme d' effectifs tire une balle dans le pied de la gauche radicale ,en niant l' histoire récente sociale , alors que Mélenchon est le premier pour vanter , à juste titre , l' histoire de nos révolutions .

Tout le monde le paiera cher :  PC , comme France insoumise - 

Ici à Marseille , je prévois :

1) Une chute de la France insoumise  sur toute la ville

2)  Mélenchon à 27 % au premier tour dans sa circo  et non élu au second tour ( 47 % face à Versini )

3) Aucun autre candidat de gauche radicale n' accèdera au second tour

4) Un PC qui s' écroulera à 5 % là où il se présente

FRANCHEMENT  QUEL GACHIS !!!!

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