Votez sans remords: votez tardif

A l'approche d'une élection présidentielle au premier tour indécis comme jamais, beaucoup ont peur de regretter leur choix. Il existe pourtant un moyen simple de voter sans avoir de remords dès le lendemain.

Si, comme de nombreux électeurs, vous pensez qu'il y a un seul candidat capable de sauver la France (l'identité du candidat en question différant néanmoins d'un électeur à l'autre...), alors il n'y a pas à hésiter : votez pour votre sauveur(se), vous ne le regretterez pas. Ce n'est pas la peine de lire la suite.

Il me semble néanmoins que nous sommes tout aussi nombreux à avoir une opinion plus nuancée : il y a plusieurs candidats, disons A, B (et même, à la rigueur, C) qui feraient un président correct, mais par contre X et Y (voire Z) seraient mauvais, et même très mauvais.

Il n'y a bien sûr pas de honte à un tel positionnement intermédiaire.

Prenons le cas concret d'un électeur : A et B ont des idées qui lui plaisent et des idées qui ne lui plaisent pas. Si on lui demande de mettre des notes, il mettrait 15/20 à A, 13/20 à B. Et aussi 2/20 à X et 1/20 à Y.

Le système de vote fait qu'il a très envie de voter pour le mieux placé entre A et B, par peur d'un second tour X-Y. Se baser sur les sondages d'opinion est dangereux à cause de leur volatilité et de leur imprécision. Une bien meilleure idée est le vote tardif : aller voter à 19h45, juste avant la fermeture des bureaux de vote, en ayant connaissance des résultats partiels diffusés par les médias étrangers.

Alors si vous vous reconnaissez dans cette description, et si vous le pouvez : votez sans remords, votez tardif ! Et, dans la foulée, restez pour dépouiller.

Et si mon bureau de vote ferme à 19h ?

Vous pouvez allez voter à 18h45, vous aurez entendu des rumeurs, peut-être même des estimations fiables mais ce n'est pas certain. Oui, c'est injuste. Non, ce n'est pas démocratique.

C'est un peu de la triche, non ?

Non. Si le mode de scrutin était meilleur, tout le monde pourrait voter sans remords. Il y a en effet plusieurs systèmes qui suppriment quasiment toute notion de vote "utile" ou "stratégique" : le plus simple d'entre eux est de faire un seul tour et de permettre de voter pour un ou plusieurs candidats (il y en a d'autres : voir ici ou ). Le système de vote actuel, qui tend à diviser au lieu de rechercher des consensus, est pour beaucoup dans la désaffection envers les politiciens.

C'est débile !!! Si tout le monde fait ça, ça ne marche pas.

Oui. Mais en pratique, tout le monde ne peut pas voter tardivement, seulement une minorité de français (les habitants de grandes villes). Par ailleurs, s'il y a une forte affluence à la fermeture, tant mieux : vous serez quoi qu'il arrive autorisé à voter (à condition d'entrer dans le bureau avant 20h), et plus vous votez tard, plus vous aurez connaissance d'estimations précises. Encore mieux : un vote tardif massif serait un signal fort démontrant l'absurdité du système de vote actuel.

Comment peut-on être sûr que les estimations de 19h45 sont plus fiables que les sondages d'opinion d'aujourd'hui ?

Par le passé les estimations de 19h45 (qui sont les mêmes que celles annoncées à 20h par les médias français) ont toujours été très précises (voir par exemple ici pour les estimations de 2012). C'est facile à comprendre : ces estimations seront obtenues à partir des dépouillements de bureaux qui ferment à 19h.

Il y a trois raisons pour lesquelles les sondages d'opinion se "trompent" : 1) des erreurs statistiques dues au manque de chance (la fameuse "marge d'erreur", calculable mathématiquement), 2) un biais dans la sélection des sondés (jamais évoqué par les sondeurs, puisque inconnu) et 3) le fait que les sondés donnent une réponse qui diffère de leur vote réel (ils changent d'avis, ou n'osent pas avouer leur vote). Ces erreurs diminuent drastiquement dans les estimations de 19h45, de par la nature dont elles sont obtenues (l'erreur n°3 disparaît même complètement).

Où trouver ces estimations ?

Sur les sites internet des médias belges (Le soir, La libre Belgique, RTBF), suisses (Le temps, La tribune de Genève) ou de n'importe quel autre pays. Attention, de fausses rumeurs circuleront probablement :  privilégiez les sites de médias reconnus et méfiez-vous des réseaux sociaux.

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