BANDE-ANNONCE À PATIENCE 2

DÉFENSE D’AFFICHERLoi du 29 juillet 1881

DÉFENSE D’AFFICHER

Loi du 29 juillet 1881

 Ce matin, dimanche 6 septembre 2015, à l’aube, je passe devant la défunte librairie La Hune, sise place Saint-Germain-des-Prés ; et j’y vois un étrange collage d’affiches comme on n’en avait JAMAIS vu auparavant à Paris : les mystérieuses planches d’imprimeur du dernier magazine du célèbre peintre Andréa de Bocumar : PATIENCE 2 (consacré à « l'affaire Charlie Hebdo »).

  Les planches font apparaître les pages de ce livre-en-forme-de-magazine dans le plus grand désordre : le livre, devenu cubiste, est visible par tous ces côtés à la fois. Futurisme ? C’est un hommage flamboyant à l’Art de l’imprimerie. C'est aussi la création d’une situation.

  POÉSIE ZOUM !

  Je me réjouis par avance de pouvoir en garder une trace photographique après un petit repos bien mérité. Court passage dans les bras de Morphée. Fondu au noir. Puis violent flash blanc à mon réveil : les collages ont déjà été arrachés ! Ô rage iconoclaste !… Dans cet endroit, on n’aime ni les livres ni l’art graphique de rue… (D’ailleurs, quand De Bocumar était un jeune auteur prometteur du monde des lettres françaises, on aimait à l’y censurer : pas ou peu de ses livres sur les étalages.) Je dois me contenter de prélever les traces du geste iconoclaste (fig. 1) ; c’est très dommage car j’aurais tant aimé pouvoir montrer un hommage au Nouveau monde livresque – artisanat, autoproduction – rendu sur les anciens murs du genre d’endroit où l’on a assassiné le livre en voulant n’y faire commerce que de l’actualité« littéraire » – plus aucun fonds de bibliothèque… Décès par là même où « ils » avaient péché…

Fig. 1 © Guillaume Basquin Fig. 1 © Guillaume Basquin

   

  Je ne vais pas vous entretenir du contenu de ce nouveau « magazine » car je ne l’ai pas encore reçu : il faut le commander sur Internet ; on dépend encore du vieux monde réel et physique des livres imprimés (le livre est une peau) : il faut laisser le temps à de petites mains d’emballer un exemplaire de l’ouvrage et de l’envoyer (seront-ce celles, si délicates, de la nouvelle Béatrice du peintre, Elsa Lapassi ? C’est ce qu’on dit…), et puis patienter jusqu’à ce que la Poste daigne le déposer dans votre boîte aux lettres… Ô attente pleine de désir du vieux monde physique ! Désir d’un possible, incalculable… Préliminaires… Ou quoi ?

   C’est l’eau qui coule sous le pont des Arts qui a, dit-on, servi à coller les affiches de Patience 2… Sous le pont des Arts coule la Seine…

L'amour s'en va comme cette eau courante

L'amour s'en va

Comme la vie est lente

Et comme l'Espérance est violente

   L’impossible !

 

Post-scriptum :

  17h30. Le même jour. Par l’intermédiaire de mon agent secret spécial X-28 – une toute hitchcockienne et moderne Mata-Hari –, j’apprends qu’il y a d’autres collages d’affiches murales rue de Condé. Vitavite ! Je sors en toute urgence vérifier cela, avant un nouvel accès de rage iconoclaste, toujours possible… Quelle chance ! Pas encore de sang sur les murs… Et, la preuve de ce que j’avançai supra : le collage nabien dans l’espace public est bien un tableau suprématiste ! Clic-clac ! (Fig. 2.) Je suis sauvé !… Mon dire est prouvé in situ (fig. 3).  

Fig. 2 © Guillaume Basquin Fig. 2 © Guillaume Basquin

       

 Mlaevitch  

Fig. 3 : Suprématisme dynamique, Malevitch, 1916.

  Formes suprématistes dans l’espace…

(à suivre)

G.B.

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