La droite vénézuélienne et sa propagande

La désinformation a ceci de vicieux qu'elle avance masquée. Francisco Mérino, dans un billet à charge, semble vouloir faire d'une pierre deux coups en alignant quelques contre-vérités à la fois sur Chavez et sur Mélenchon. Pour ce faire, tous les poncifs du genre sont bons, y compris les pires.

La désinformation a ceci de vicieux qu'elle avance masquée. Francisco Mérino, dans un billet à charge, semble vouloir faire d'une pierre deux coups en alignant quelques contre-vérités à la fois sur Chavez et sur Mélenchon. Pour ce faire, tous les poncifs du genre sont bons, y compris les pires.

De la « demi-vérité » au mensonge éhonté 

Selon l'auteur de ce billet, la démocratie ne se résume pas à une victoire électorale. En effet: c'est précisément pour cela que le recours au référendum et à toutes formes de consultation populaire permet de se faire une idée de la légitimité démocratique des dirigeants politiques. Doit-on rappeler que M. Hugo Chavez a eu recours à 13 processus électoraux en 13 ans et qu'après le fameux référendum de 2007, contrairement à ce que dit l'auteur, Chávez a accepté sa défaite et en a tiré toutes les conséquences?

Ce référendum demandait l'avis des vénézuéliens sur la réforme de 69 articles constitutionnels, parmi lesquels 39 avait été proposés par Hugo Chavez et 30 autres émanaient de discussions au sein de l'Assemblée nationale avec de nombreux collectifs citoyens. Cette réforme proposait simplement de mettre en adéquation les institutions politiques avec les questions sociales et les changements en cours depuis 1999, par le biais d'un approfondissement de la démocratie participative. S'il est vrai que sous l'effet de la loi habilitante votée en 2007, il lui a été possible de voter 26 décrets loi, ceux-ci ne concernaient que des domaines définis par l'Assemblée Nationale, devaient tous être conformes à la constitution et pouvaient encore être abolis par les citoyens.

Rappelons-nous que les grands médias se focalisaient exclusivement sur l'article 230, nous l'habillant de la mystique du « pouvoir à vie », alors même que celui-ci permettait de donner le droit au peuple d'élire qui il voulait autant de fois qu'il le souhaiterait (comme en France, en Allemagne, en Espagne et ailleurs). Après la victoire du « non », Chavez a officiellement annoncé le 5 décembre 2007 qu'il ne serait plus en son pouvoir de proposer un référendum mais que le peuple, lui, le pourrait. En effet, selon l'article 342 de la constitution, il suffit que 15% du registre électoral propose une réforme constitutionnelle pour qu'elle soit votée par l'Assemblée Nationale. Cela n'a donc rien d'anti-contitutionnel et Chavez n'est pas « passé outre la décision du peuple » comme l'affirme M. Mérino, tout au contraire.

Campagne de dénigrement en embusquade

La campagne de dénigrement contre la politique de Hugo Chavez a traversé sans difficulté majeure l'océan. En effet, M. Francisco Mérino est la figure de proue à Paris de la MUD (La Mesa Unitaria democratica), la coalition de droite vénézuélienne qui, depuis février 2012, s'applique à fustiger le bilan de Chavez et qui, pour ce faire, est prête à tordre la réalité des faits et des chiffres. Le mode opératoire semble le même à l'intérieur qu'à l'extérieur des frontières vénézuéliennes. La polarisation dont parle M. Mérino est une réalité, deux visions de la société s'opposent bel et bien au Vénézuéla. L'emploie du « nous » et du « eux », s'il participe à une logique binaire qui touche au manichéisme, renvoie à deux programmes opposés et le « nous » employé par M. Mérino tout au long de son billet, est là pour le rappeler aux lecteurs. 

Il faut donc en conclure que l'auteur de ce billet n'est pas satisfait du bilan de la révolution bolivarienne. Le bilan? Une Assemblée constituante basée sur la participation populaire. Reprise en main de PDVSA en 2003 qui désormais détient au minimum 60% des nouvelles entreprises mixtes. Déprivatisation du réseau d'électricité. Distribution de 3 millions d'Ha de terres aux paysans. Augmentation du salaire minimum de 118 dollars en 1998 à 192 dollars en 2005, et à 286 dollars en 2012, autrement dit, le plus élevé d'Amérique latine. La création des mercal, ces magasins dont les articles sont financés par l'Etat à hauteur de 30%. Sans compter le grand nombre de misiones, ces  programmes sociaux qui notamment dans le domaine de la Santé et de l'Education, ont permis de conduire à une réduction drastique de la pauvreté (-21% en 10 ans).

Cet acharnement à nier ces avancées sociales et démocratiques au Vénézuela, cette incapacité à croire dans la volonté du peuple malgré un discours au parfum social-démocrate, cette incapacité chronique de l'opposition vénézuélienne à faire une campagne autrement que dans le mensonge et la désinformation sert une rhétorique trop éculée pour duper qui que ce soit. Qui peut encore décemment nier la guerre médiatique en cours sur les chaînes télévisées et radiophoniques, dont 80 % appartiennent au secteur privé. Ces médias relaient allègrement la propagande de la MUD, autrement dit les tenants de la réaction néo-libérale, tandis que seulement 9% appartiennent au domaine public, le reste étant dévolu au secteur associatif et commmunautaire.

Le vernis démocratique ne souffre pas l'analyse. En ce sens, l'excellent travail de décryptage du programme de la MUD effectué par le journaliste Romain Migus permet de mieux comprendre la stratégie employée par la coalition de droite vénézuélienne. Elles se basent sur trois axes, la décontextualisation, la négation de l'existence de classes sociales au Venezuela, l'autonomie du politique et de l'économie, c'est-à-dire l'atomisation de l'Etat programmé.

Cependant, la gauche latino-américaine n'est pas dupe et lorsque M. Enrique Capriles Radonski s'est revendiqué de la politique de Lula au Brésil, ce dernier s'est empressé de déclarer qu'il soutenait le Président Hugo Chávez. Décidément, malgré tous ses efforts de camouflages, la droite peine à se faire passer pour progressiste, quand elle n'a à proposer que le grand bond en arrière. 

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