La Crise de Migrants, quelles solutions ? L'écologie ?

Depuis la hausse catastrophique de l'arrivée de migrants sur le sol européen, la toile se déchaine.

Des commentaires des plus virulents, des plus écœurants, nauséabonds surgissent un peu partout. Et il ne s'agit pas de cas isolés. Il suffit d'ouvrir n'importe quel article sur le sujet : en moins cinq minutes il est possible de compiler une vingtaine de ces commentaires.

« qu'ils crèvent tous »

« 40 de moins »

« On ne va pas laisser ces terroristes violer nos femmes, et prendre nos emplois»

« Que les pleurnichards bobos écolos les acceuillent chez eux, ils feront moins les malins après »

« En plus ils bénéficient de plus d'allocations que nos sdf »

« Nous d'abord »

« Minons la méditerranée »

« Nous devrions utiliser frontex pour couler leurs bateaux »

«  Ce sont des lâches, ils devraient rester dans leur pays et lutter pour leur liberté »

Si cette rhétorique est déjà vieille comme le monde n'a jamais permis de faire briller aucune civilisation, ce qui est inquiétant c'est la masse grandissante qui en use.

Nombre de commentaires pointent aussi du doigt la mollesse de la politique de la gauche, bobo et écolo. Mais quand est-il vraiment ? Au delà des discours populistes et démagogues employant une rhétorique simple pour esprits simples, pour tenter de discerner les responsabilités d'une telle crise, il faut déjà admettre une certaine complexité des enjeux et de luttes de pouvoirs, mais surtout se poser les bonnes questions.


D'où viennent les migrants ?

Il suffit d'abord de s'attarder sur l'origine des migrants :

• près de 40% viennent de Syrie.

• Suivent une grande portions d'Erythréens et de Somaliens,

• Puis des Irakiens

• Des Iraniens,

• Des Afghans.

• Des Maliens.

Puis il faut savoir quel est le points de passage le plus emprunté : La libye (60% des migrants y sont passés en 2014)


Quelle est la situation de leurs pays, et pourquoi ?

Il faut s'attarder sur l'histoire de ces pays (je sais, ça prend du temps), pour s'apercevoir qu'ils ont été, et sont toujours la cible d'ingérences, de la part des puissances occidentales et régionales ayant menées à la déstabilisation des pouvoirs en places par des systèmes de corruptions au profit d'une frange très limitée de décideurs et autres dictateurs.

Voici donc une courte liste de fiche par pays pour tenter de discerner les enjeux et leur résultat :


Syrie

> La Syrie c'est le plus gros bazar. Les soutiens, et donc les forces en présence qui s'arrachent leurs influences dans la régions sont nombreuses : Iran, Russie, Chine, Hezbollah, Turquie, Royaume-Uni, Etats-Unis, France, Qatar, Arabie Saoudite, Allemagne. Chacun y joue sont propre jeu, soutenant telle ou telle faction ce qui rend la situation insolvable.

> Le pays est riche en gaz et en pétrole.

> La situation a permis l'émergence de l'Etats Islamique, ainsi que de nombreuses autre factions islamiste.

 

Somalie

> La lutte d'influence et donc les ingérences datent de la guerre froide. URSS et USA y ont mené des batailles par factions interposées. Aujourd'hui encore les Etats-Unis gardent un pied important et soufflent le froid et le chaud sur les gouvernements successifs. On notera aussi les ingérences importantes qu'y pratique encore l'Ethiopie.

> Le pays est riche en minerais (Uranium, cuivre)

> La situation a permis l'émergence des Shebabs.

 

Erythrée.

> L'Erythrée est un cas un peu particulier, puisque c'est surtout l'Ethiopie qui y a exercé une forte pression sur bases de désaccords frontaliers, et l'ayant occupé, en interdisant les langues locales. L'Erythtrée est aujourd'hui nécrosée par des conflits internes.

 

Irak

> Pas besoin de faire un tableau ici. Tous le monde sait quelles ressources y attirent toutes les convoitises, et qui en est le plus avide. Le fond de la lutte a été disputée d'abord entre la Russie et le Royaume-Uni, puis URSS – USA.

> Le pays est assis sur un trésor d'or noir.

> La situation a permis l'émergence d'Al Qaeda, puis de l'Etat Islamique.

 

Iran

> Idem. Depuis que Barack Obama a ouvert les documents confidentiels mettant au grand jour le renversement du premier gouvernement démocratiquement élu d'Iran, trois ans seulement après sa mise en place, nous pouvons avoir une vue précise de l'intérêt que les USA portent à la démocratie et la liberté dans le monde.

Là aussi l'URSS finançait et soutenait le parti communiste, tandis que les USA et les britanniques soutenaient les royalistes.

> Le pays détient les plus grosses réserves de pétrole et de gaz.

> Les ingérences successives ont permis l'émergence de la révolution islamique iranienne, aujourd'hui au pouvoir.

 

Afghanistan

> Après une lutte d'influence entre l'URSS et les Etats-Unis (ayant conduis au fiasco russe, puis américain), le pays est toujours dirigé par une flopée de marionnettes ne trouvant pas une légitimité unanime auprès des nombreuses factions tribales qui composent le pays, et dont les Etats-Unis n'ont rien compris au fonctionnement, conduisant au chaos existant.

> Le pays produit 90% de l'héroïne mondial, et ce même lors de l'occupation américaine.

> Le pays est le point de passage de nombreuses routes commerciales, ainsi que de gazoducs et oléoducs entre le moyen-orient et l'Asie. Leur contrôle est donc un important levier de pouvoir en cas de conflit avec les deux principales nations émergentes que sont la Chine et l'Inde, mais aussi un levier de contrôle des exportations Iraniennes.

> Les ingérences ont permis l'émergence des talibans, puis d'Al Qaeda.

 

Libye

> Après des luttes d'influences entre l'URSS / Russie, et l'occident, l'OTAN menée par la France (d'un certain Sarkozy bien de droite, lui) puis par les USA ont laissés une zone de non-droit, divisée en deux gouvernements distincts.

> Le pays dispose d'importantes réserves de pétrole et de gaz.

> Les ingérences ont permis l'émergence de l'Etat Islamique en Libye.

> Le chaos résultant a permis la dispersion de l'arsenal militaire Libyens entre factions islamistes et mafieuses, conduisant à créer une plaque tournante de l'immigration par le biais des passeurs, et à l'alimentation en materiel de guerre pour le conflit Malien.

 

Qu'est ce qui provoque une telle crise, qui sont les vrais responsables ?

Difficile, donc, de ne pas voir une équation aussi simple que celle ci :

Dépendance aux Ressources énergétiques limitées = Ingérence / Déstabilisation / Occupation = Terrorisme / Guerre / Intégrismes = Réfugiés

 

Les responsables de cette crise sont donc nombreux. Face à l'émergence de nouvelles puissances, et à l'incertitude quant à leur intentions, chacun des acteurs livre une bataille féroce pour le contrôle des énergies afin d' entraver les possibles velléités de l'autre. Aussi performante et nombreuse soit-elle, une armée sans pétrole n'a aucune valeur.

Dans un monde devenu pluri-polaire, les grands forces en présence sont :

• D'un côté Chine et la Russie.

• L'inde, sorte de cavalier solitaire.

• Les pays de l'OTAN. (qui d'ailleurs ne manquent pas de points divergents)

• Et les pays de la péninsule arabique (qui semblent jouer double jeu)

Voici donc les co-responsables de la crise des migrants.

Mais les responsables sont aussi assis dans leur chaises de bureau, le regard plongés dans les écrans boursiers. Ils sont la finance mondiale. Ces financiers qui investissent de l'argent dans les différentes factions armées, jouant un rôle dans les conflits en cours. En contrôlant l'histoire qui se déroule, par des ingérence, ils contrôlent l'avenir, les marché et on donc une longueur d'avance sur leurs concurrents sur le fait de savoir quelle ressource sera disponible et en quelle quantité.

 

L'écologie, une solution à la crise des migrants ?

Le vrai responsable, ou plutôt le vrai élément, c'est la dépendance énergétique. En effet, en supprimant cette première donnée de notre équation précédente, elle s'écroule sur elle-même. Si nos pays étaient indépendant des énergies fossiles et s'inscrivaient dans une politique de développement des énergies renouvelables, nous n'aurions plus à devoir s'arracher les faveurs de tel ou tel état producteur, mettant ainsi fin à la désastreuse politique d'ingérence pratiquées depuis des lustres. Les pays possesseurs de ces ressources connaitraient une indépendance politique permettant d'écrire leur destin. Mieux encore, si nous n'avions plus à acheter ou à vendre d'énergie, nous verrions tout un marché s'écrouler, et nous couperions d'importantes ressources financières aux investisseurs peu scrupuleux.

L'une des politique qui a le plus de chance d'impacter une récession de la crise des migrants, c'est donc... l'écologie ! N'en déplaise à tout ceux qui associent l'idée qu'elle serait liée à une politique « gaucho bobo écolo » laxiste.

Bien entendu, il ne s'agit pas de LA solution, mais d'une mesure qui réduirait de manière significative l'impact de cette crise. Si le temps de la mise en place d'une telle politique, issue d'une réelle volonté politique, pourrait prendre un temps certain, c'est dès à présent que son action doit être mise en oeuvre si nous voulons parvenir à une solution durable à ce genre de crise pour les années à venir.

Il reste cependant bien d'autres solutions, comme l'instauration d'un dialogue et de partenariats plus importants avec ceux que nous considérons, à nouveau de manière inquiétante, comme nos ennemis. A savoir le duo Chine – Russie, afin d'instaurer une politique commune, un intérêt commun, plutôt que le tête à tête agressif qui semble prendre position aujourd'hui. Un partenariat qui pourrait réduire le poids des luttes d'influences sur les états. Souvenons-nous que la guerre froide a produit la majeur parties des conflits meurtriers qui ont constellé l'histoire depuis la fin de la seconde guerre mondiale, par lutte interposée. Mais sommes nous prêt à serrer les mains de ceux que nous considérons comme peu soucieux des droits de l'homme? Allons-nous continuer à mettre en avant des valeurs et un code d'honneur en travers des Russes et des Chinois si nous savons que fermer les yeux sur des problèmes intra-étatique pourrait en résoudre de bien plus important et nombreux autres ?

C'est là tout le dilemme. Un dilemme extrêmement cruel : si nous avions soutenu Bachar-el-Assad de manière pesée, à l'image des Russes, dès le début de la crise, il n'y aurait sans doute pas eu autant de morts. L'affreuse question qui surgit ici est : combien de morts valent des valeurs et une morale ?

Mais il y a aussi le problème de la régulation des marchés pour lequel il serait souhaitable d'instaurer un système de sanctions ou d'obstruction contre les spéculations ou les actions financières qui seraient nuisibles à la stabilité des états. Plusieurs gouvernements ont tentés de mettre fin à cette toute puissance de la finance, aucun n'y est arrivé. Même le gouvernement Tsipras à dû jeter l'éponge et s'avouer vaincu, montrant à la face du monde que la démocratie n'avait aujourd'hui plus beaucoup de sens.

Dans le contexte actuel il semble peu probable de voir ce genre d'actions mise en place rapidement, c'est pourquoi l'indépendance énergétique semble être la solution la plus efficace, et la plus facile à mettre en oeuvre, car elle ne nécessite aucun consensus diplomatique, et peut être géré de manière indépendante par les états.

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