GOOD NEWS | L'Ukraine se met à table


A l'instant où les Ukrainiens s'élancent dans les prémices de ce qui pourrait être l'un des pires conflits européen depuis la guerre des Balkans, les belligérants « unionistes » et «résistants» - selon ce qu'ils se définissent eux mêmes - qui, hier encore, s'affublaient respectivement des qualificatifs de « nazis » et « terroristes » ont cédés aux pressions internationales pour entamer des discussions à la même table, sous l'égide tripartites des Nations-Unies, des européens et de la Russie; grâce à l'intense tractation diplomatique menée par Vladimir Poutine et Angela Merkel. Un cessez le feu a été décrété mais aucun replis des forces en présence n'a été constaté et la situation demeure figée.


Le secrétaire général aux Nations-Unies, Ban Ki-Moon n'a pas manqué de saluer l'initiative dans un long discours, rappelant que : « le monde était dans une situation économique proche de celle de 1929, rendant prospère les replis nationalistes et populistes induis par la peur et la volonté de se protéger » en soulignant que « si les idées se propagent plus vite qu'au milieu du 20ème siècle, elles ne se s'imprègnent pas plus vite dans la conscience des peuples aujourd'hui. Il aura fallut dix ans pour voir le monde basculer dans la pire tragédie qu'il aie connu : la précédente crise a eu lieu en 2008... Les peuples doivent savoir que les tentations sont grandes d'aspirer aux facilités qu'offrent la colère et la haine, mais qu'elles ne sont qu'un défoulement à court terme, et non une solution raisonnable et pérenne». Plus précisément, il a expliqué que « si la montée des extrêmes, assumée et décomplexée, se fait de plus en plus inquiétante eu Europe et dans le monde, l'Ukraine ne doit pas servir de terreau à une nouvelle débâcle. L'Ukraine doit être désamorcée au plus vite. » a-t-il martelé.


Le ministre des affaires étrangères russes, Sergueï Lavrov a de son côté déclaré que la meilleure solution, tout comme celle qu'il avait proposé après que le gouvernement de Viktor Ianoukovitch ait été déposé, était celle d'une Ukraine fédérale. Une position de plus en plus suivie par l'Europe, contre l'avis de son allié américain, à l'adresse duquel elle a émit quelques réserves quant à l'implication de ses troupes aux frontières russes et ukrainiennes. Plusieurs voix s'étaient en effet élevés lors de la dernière séance au Parlement européen remettant en cause les intentions américaines et leur gestion diplomatique de la crise. Les groupes de droite et de gauche confondus ont même critiqué la nécessité de conserver des bases américaines sur le territoire européen dans un soucis de souveraineté de l'espace européen depuis que plusieurs élus à Washington ont tenus des propos qualifiés de va-t-en guerre plutôt que tenter l'apaisement.

 

Angela Merkel a déclaré lors d'une conférence de presse à Berlin, que « l'Europe [devait] tenir son rôle dans la crise, qu'elle doit s'affirmer avec force comme le troisième pôle ! », rappelant que « l'Europe avait malheureusement une longue expérience des crises linguistique, culturelle et territoriales. Nous avons subi le gâchis des Balkans, nous avons vécu les tensions au Kosovo, mais nous avons vu le conflit Suédo-Finlandais au sujet des îles d'Åland se résoudre par la diplomatie, nous avons surmonté la réunification de l'Allemagne, nous avons vu la Belgique se fédéraliser sans heurts, nous avons vu la Tchécoslovaquie se scinder sans armes, mais cela prend du temps, les Russes et les Ukrainiens doivent savoir qu'il faut du temps pour faire évoluer les structures d'un état dans le long terme. Nous devons nous servir des expériences passées qui ont marché» a-t-elle conclut, en invitant la Russie et les deux parties ukrainiennes à entamer des discussions rapidement pour un agenda de sortie de crise, estimant à une ou deux années les démarches qui mèneraient à une solution fédérale, ou a une solution « sécessionniste ».

 

Les médias russes ont subi d'importants remaniement depuis hier, après le limogeage de plusieurs responsables des principales chaînes d'information. Une manoeuvre que les occidentaux voient comme une manière pour le pouvoir Russe, de se distancier de la précédente campagne de propagande qui a attisé les braises du conflit ukrainien, sans toutefois entamer l'autorité du président Poutine. Un député au Parlement Européen qui a souhaité rester anonyme disait ce matin que « la Russie a une grande part de responsabilité - tout comme les américains d'ailleurs - et nous devrions certes les blâmer. Mais l'Europe ne doit pas pêcher par orgueil, en essayant a tout prix de demander des comptes à Poutine. Les américains diront certainement que les européen baissent leur froc, moi je dirais qu'on aura agit avec la tête plutôt qu'avec les couilles. C'est le prix à payer pour économiser un nombre important de vies, et pouvoir remettre rapidement l'économie ukrainienne sur les rails de la croissance. Un prix minime en soi. » Un autre élu souligne "que les russes ont fait ce que les européens auraient fait, et ceux que les américains ont toujours fait : protéger leurs intérêts et assurer la stabilité de leurs frontières. Une large campagne d'information a été faite pour les discréditer, et nous avons une responsabilité dans la réponse qu'ils lui ont donné. Nous devrons signifier cette responsabilité pour faire un premier pas dans le sens de la réconciliation lors des négociations".

 

Les discussions entre les deux parties ukrainiennes devraient commencer dans la semaine, dès qu'un interlocuteur sera désigné du côté des « séparatistes ». Elle porteront sur un nombre de points imoportants pendant que l'ONU déploie ses observateurs de la MISNUU (la mission des nations-unies en Ukraine) sur les lignes de front à l'Est de l'Ukraine. Angela Merkel et Vladimir Poutine ont dévoilé quelques points de la feuille route qu'ils sont établis en commun : il s'agira de désarmer les groupes d'autodéfense, de replier les forces envoyées par Kiev, de déployer une force de l'ONU composée principalement d'européen et de Russes, de juger les responsables des crimes et autres exactions commises pendant la crise sous l'égide d'un tribunal spécial, de mener une campagne d'information et de débat sur les questions de la langue russe, de l'autonomie ou non des régions Est-ukrainiennes et d'assurer sous le regard de nombreux observateur russes et européen, la tenue des prochaines élections reportées de deux mois. Les points les plus complexes et délicats porteront sur le rapatriement de l'arsenal demeuré en crimée, et la mise en place d'une législation sur les propriété déténues par les Ukrainiens en Crimée.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.