Guillaume Co
Enseignant
Abonné·e de Mediapart

1 Billets

0 Édition

Billet de blog 30 nov. 2022

Guillaume Co
Enseignant
Abonné·e de Mediapart

Le socle commun au collège... Où en est-on ?

A-t-on réussi à créer ce « commun » dans les collèges ? Comment ce socle pourrait-il évoluer ? Pourrait-il être étendu ?

Guillaume Co
Enseignant
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Introduit en 2005 sous le nom de « socle commun des compétences et des connaissances », aujourd’hui connu sous le nom de « socle commun de connaissances, de compétences et de culture », ce socle a pour objectif de définir les connaissances et les compétences que tous les élèves doivent avoir acquis à 16 ans, c’est-à-dire à la fin de la période d’instruction obligatoire.

Eduscol, site officiel d’information et d’accompagnement des professionnels de l’éducation, l’introduit ainsi : « Le socle commun de connaissances, de compétences et de culture présente ce que tout élève doit savoir et maîtriser à 16 ans. Il rassemble l'ensemble des connaissances, compétences, valeurs et attitudes nécessaires pour réussir sa scolarité, sa vie d'individu et de futur citoyen. ».

Les mots utilisés ici interrogent car ils semblent poser la maîtrise de l’ensemble du socle comme condition pour « réussir sa scolarité » ou pour « réussir sa vie ». Or nous constatons aujourd’hui, d’une part, que tous les enfants et adolescents ne maîtrisent pas l’ensemble du socle en fin de 3ème et d’autre part, que la non-maîtrise du socle conduit souvent à une orientation en voie professionnelle. Cela ne fait que conforter l’idée déjà trop répandue, que les voies professionnelles seraient des voies d’échecs…

Il n’est pas question, aujourd’hui, de remettre en cause le principe d’un socle commun car il permet de réaffirmer que l’école porte une mission émancipatrice qui va au-delà du simple fait de préparer de futurs « travailleurs ». Mais a-t-on réussi à créer ce « commun » dans les faits ?

Il convient alors de s’interroger aujourd’hui sur la façon dont ce socle est utilisé, sur la manière dont il est travaillé et dont les élèves sont évalués sur son contenu. La question de sa réécriture peut alors se poser : comment le reconstruire ?

Nous sommes confrontés à un paradoxe qui rend les objectifs du socle impossibles à être atteints : les élèves de collège sont évalués et orientés (donc départagés !) sur un contenu qui devrait faire « socle ». Il est évidemment contre-productif de chercher à départager des apprenants sur un contenu qui est censé être acquis par tous. Si l’on croit en plus, au phénomène de « constante macabre » lié à l’évaluation, c’est-à-dire au fait que, quel que soit le contenu d’une évaluation, le nombre d’élèves en réussite par rapport au nombre d’élèves en échecs est à peu près constant, les objectifs du socle sont alors, de fait, inatteignables. Le socle est un outil utilisé à des fins qui ne sont pas forcément compatibles entre elles. En outre, le fait que les résultats de son évaluation correspondent directement aux points attribués au DNB au titre de contrôle continu, montre qu’il n’a pas que vocation à servir de socle. Aurait-il été écrit avec, en arrière-pensée, l’idée que le collège serait naturellement le marchepied du lycée général ? il semble être interprété comme tel, en tout cas, lors des commissions d’appel qui suivent les conseils de classe en fin de 3ème.

Tout cela questionne les enseignements et l’évaluation au collège. S’il est indispensable que le socle soit enseigné et donc évalué dans un but formatif, est-il pour autant nécessaire que l’évaluation de l’ensemble de son contenu soit prise en compte dans le processus d’orientation en fin de 3ème ? Il existerait certainement un moyen de conserver un contenu qui fasse socle en l’associant à des savoirs ou des pratiques qui permettent à chaque élève d’exprimer leurs réussites tout en reflétant la diversité des enseignements. Pourrions-nous par exemple envisager que certaines compétences du socle soient considérées acquises même si elles ne se manifestent que sur une partie des domaines d’application (domaine disciplinaires) ? pourrions-nous aussi redéfinir les liens entre les programmes disciplinaires et le contenu du socle ? ces liens ont souvent été sources de confusion pour les enseignants. Ou encore, devrions-nous acter ce qui se fait peut-être parfois, c’est-à-dire définir des attendus « socles » distincts d’attendus visant d’autres objectifs’ ?

Une commission ad hoc, pourrait redéfinir les contenus du socle, garantir les moyens de son enseignement ainsi que proposer des modalités d’évaluation afin de s’assurer que le socle puisse remplir ses objectifs au sein d’une école inclusive.

Dans son programme pour l’éducation, le candidat du pôle écologiste aux élections présidentielles proposait d’intégrer dans les enseignements de nouveaux savoirs pratiques pour accompagner la transition écologique nécessaire. Ainsi, nous aurions pu imaginer d’intégrer des enseignements liés à des activités d'entretien ou de réparage (vélos, appareils…), de jardinage ou autres. Bien entendu, cela ne doit pas être guidé par la volonté de commencer à préparer une partie des enfants à se diriger vers des métiers dits « manuels », mais ces savoirs, en y ajoutant encore d’autres, pourraient intégrer un « socle commun » afin de garantir que les moyens soient donnés pour que de telles compétences puissent être acquises par tous. Un contenu davantage ouvert pour le socle pourrait conduire à une évaluation plus équilibrée. Peut-être ce socle pourrait-il alors remplir sa mission de « commun » : C’est-à-dire, qu’il puisse constituer un socle solide qui permette à chaque élève de pouvoir construire, ensuite, quelque chose dessus !

En supposant qu’un socle commun permettrait effectivement de sanctuariser les missions émancipatrices de l’école ; en supposant que l’on ait les moyens nécessaires pour qu’il soit enseigné ; et pour faire face à la tendance politique actuelle qui vise à réduire à son minimum l’enseignement général dans les lycées professionnels, l'idée d'instaurer un socle commun, au moins pour la première ou les deux premières années, serait peut-être un moyen de protéger l’ensemble des lycées.

Pour cela nous pourrions réfléchir collectivement à ce qui fait « lycée » dans un établissement. Nous pourrions chercher à trouver ce qui fait « commun » à tous les lycées, qu’ils proposent des voies professionnelles, générales ou technologiques et inscrire ce "commun" dans le marbre. Afin de rappeler à ceux qui tentent progressivement, pour des raisons idéologiques et économiques, d’effacer le mot « lycée » lorsqu’il se trouve devant le mot « professionnel », que la mission du service public d’éducation est d’accompagner, tant qu’ils sont dans nos établissements, les jeunes, afin de leur permettre de s’émanciper et de devenir citoyens quels que soient les métiers qu’ils ont choisis ou qu’ils choisiront.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte