Regards à l'ombre de la mémoire arménienne

Mémorial du génocide TSITSERNAKABERD, Arménie - 23 avril 2015 © Maurice CUQUEL Mémorial du génocide TSITSERNAKABERD, Arménie - 23 avril 2015 © Maurice CUQUEL

 Poser son regard sur celui d’un autre. Plonger dans sa mémoire et fixer les instants de recueillement centenaire d’un peuple d’orient.

Nous sommes en 1915. La peur et l’horreur saisissent les arméniens de la jeune Turquie et en emportent des milliers dans la mort. Ceux qui survivent partent en exil dans l’étendue du monde, d’autres restent cachés ou se réfugient dans la petite Arménie voisine, à l’est.

Pour tous commence alors le silence froid et pesant de l’Histoire. D’un évènement douloureux dont on s’acharne à nier les traces. D’une tragédie qui s’efface…

Famille arménienne à l'église d'Etchmiadzin - Arménie, 23 avril 2015 © Maurice CUQUEL Famille arménienne à l'église d'Etchmiadzin - Arménie, 23 avril 2015 © Maurice CUQUEL


Qui se souvient du Génocide Arménien ?

Cent ans après, les vivants d’aujourd’hui se rassemblent. En ce mois d’avril 2015, Erevan, capitale de l’Arménie, si grise en hiver s’orne d’un violet vif, couleur du myosotis. La fleur de mémoire, symbole des commémorations, fleurit au printemps.

1915 – 2015. Face aux ombres du passé, le regard se pose, s’éteint et devient silencieux. Comment témoigner de ces fantômes de la mémoire qui hantent les descendants de rescapés ? Comment faire exister cette sourde tragédie qui pèse sur l’Arménie d’aujourd’hui ?

Maurice Cuquel, par ses photos prises lors de la commémoration du centenaire du génocide à Yerevan en avril 2015, et jointes à ce billet, s’inscrit dans la continuité de tous ceux et celles qui ont voulu témoigner, raconter, alerter. Non comme rescapé ou survivant, mais comme témoin lucide d’un regard porté sur un présent qui se souvient. Attentif aux fragilités et fractures d’une société arménienne piégée dans son passé et recluse dans une identité survivante des crimes et des atrocités. Aux carrefours d’une langue et d’une église millénaires, la famille arménienne commémore son arménité blessée.

Jeune arménienne dans une marche aux flambeaux, Arménie -24 avril 2015 © Maurice CUQUEL Jeune arménienne dans une marche aux flambeaux, Arménie -24 avril 2015 © Maurice CUQUEL


Témoigner donc…

 D’un souvenir collectif, de celui d’un peuple qui se recueille. Les images de Maurice Cuquel, pudiques et respectueuses, s’inscrivent dans la lignée de ses précédents travaux sur le centre de torture S21 au Cambodge, qui nous parle de ces peuples meurtris par l’histoire, en quête de reconnaissance et d’espérance. Un regard aiguisé et proche, dévoilant les ombres et reflets du teint triste de l’Arménie d’aujourd’hui mais laissant aussi entrevoir les instants de dignité éphémère d’un peuple éternel.

Par son travail, Maurice Cuquel nous dévoile ce qui fait lien et constitue les racines de l’identité mémorielle arménienne. Il livre surtout un témoignage universel à tous ceux et celles pour qui le devoir de mémoire contribue à fonder notre commune humanité.

 

Note au lecteur: Maurice Cuquel, exposera ses photos en argentique dans les maisons d'arrêt et les établissements scolaires d'Agen, de Caussade, de Montauban, de Thuir, de Perpignan et de Saint Sulpice à partir du 28 août 2015. Son contact : cuquelm@gmail.com Son site : http://www.reportagephoto-cuquelm.net/

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