L'organisation Génocide Watch alerte sur un risque de génocide au Haut-Karabakh

Alors que les combats s'intensifient dans la guerre du Haut Karabakh, Genocide Watch considère que les dirigeants de l'Azerbaïdjan pourraient avoir l'intention de déporter de force la population arménienne en commettant des massacres génocidaires.

Ceci est une traduction de l'alerte lancée par l'organisation Génocide Watch le 06 novembre 2020 suite à l'intensification des combats dans la guerre du Haut Karabakh. Le dimanche 08 novembre, Ilham Aliyev, président de l’Azerbaïdjan, a revendiqué la prise de la ville de Shushi, située à quelques kilomètres de Stepanakert, capitale du Haut-Karabakh. De nombreuses familles, des enfants, des personnes âgées, mais aussi des journalistes risquent d'être pris au piège sans possibilité de fuir vers l'Arménie.


L'histoire du conflit

De 1915 à 1922, les Arméniens vivant dans l'Empire ottoman furent victimes d'un génocide. Ils subirent alors des politiques systématiques de déportation et d'extermination. En 1918, les forces arméniennes mirent fin à l'invasion turque lors de la bataille de Sardarabad et créèrent la Première République d'Arménie. Cette Première République était discriminatoire à l'égard des non-Arméniens. L'État expulsait systématiquement les minorités musulmanes azerbaïdjanaises et kurdes. Les forces arméniennes du parti Dachnaktsutyun persécutaient les Azerbaïdjanais et les Kurdes et brulèrent des villages de 1918 à 1921. En mars 1918, des nationalistes arméniens, aux côtés d'alliés russes et bolcheviques, tuèrent plus de 10 000 Azerbaïdjanais à Bakou pendant les "Journées de mars". Ces massacres sont toujours une source de colère azerbaïdjanaise envers les Arméniens

Après la fin de la Première Guerre mondiale et la révolution bolchevique en Russie, au début des années 1920, la région arménienne du Haut-Karabakh fut incorporée à l'Azerbaïdjan par Staline dans le cadre de sa politique communiste soviétique sur les minorités nationales du "diviser pour mieux régner" L'effondrement de l'Union soviétique [à la fin des années 80] provoqua une violence généralisée contre les Arméniens en Azerbaïdjan et au Haut-Karabakh. Lors d'un référendum en 1988, les Arméniens du Karabakh votèrent à une écrasante majorité pour l'indépendance vis à vis de l'Azerbaïdjan. De 1988 à 1990, des massacres d’arméniens furent commis dans les villes de Soumgaït, Bakou et Kirovabad. Ces massacres entraînèrent le départ de la quasi-totalité des arméniens qui vivaient en Azerbaïdjan. Aujourd'hui, le gouvernement azerbaïdjanais refuse aux Arméniens déplacés le droit de retourner en Azerbaïdjan et interdit même à toute personne d'origine arménienne d'entrer sur son territoire.

Les Arméniens du Haut-Karabakh déclarèrent leur indépendance de l'Azerbaïdjan en 1991, en créant la République de l'Artsakh. A la suite de cette déclaration, la minorité azerbaïdjanaise vivant en Artsakh fut violemment expulsée de ses foyers par les milices arméniennes. Les forces arméniennes exécutèrent des civils azerbaïdjanais et pillèrent leurs biens. Le pire exemple de cette violence envers les Azerbaïdjanais se produisit à Khojaly lorsque les forces arméniennes abattirent des centaines de civils azerbaïdjanais qui fuyaient leur village détruit en 1992. De 1988 à 1994, plus de 600 000 civils azerbaïdjanais et kurdes fuirent le Haut-Karabakh. Beaucoup vivent maintenant comme des personnes déplacées à l'intérieur du pays (PDI) dans des camps sordides à travers l'Azerbaïdjan.

Les gouvernements actuels de l'Arménie et de l'Artsakh nient toute implication dans les crimes passés contre les Azerbaïdjanais et effacent leur histoire culturelle du paysage arménien. Les autorités arméniennes et de l'Artsakh nient le droit des personnes déplacées azerbaïdjanaises de retourner dans leurs anciens foyers et villages. De même, l'Azerbaïdjan nie que des crimes contre l'humanité aient été commis contre les Arméniens. Aujourd'hui, le gouvernement azerbaïdjanais refuse aux Arméniens déplacés le droit de retourner en Azerbaïdjan et interdit à une personne d'origine arménienne d'entrer sur son territoire.

L'offensive de l’Azerbaïdjan en septembre 2020

En septembre 2020, le conflit s'est soudainement aggravé après l’offensive de l'Azerbaïdjan pour envahir l'Artsakh et reprendre les territoires perdus lors de la guerre d'indépendance de l'Artsakh (1988-1994).

L'Artsakh et l'artillerie arménienne ont depuis ciblé des zones civiles azerbaïdjanaises vivant le long de la "ligne de contact" entre le Haut-Karabakh et l'Azerbaïdjan. Les attaques ont tué plus de soixante d’Azerbaïdjanais à Ganja, Barda et dans les régions de Tatar, Horodiz, Goranboy et Aghdam. De l’autre côté, des drones azerbaïdjanais ont pris pour cible des églises, des troupes arméniennes et des zones civiles de l'Artsakh : à Stapanakert, Chouchi, Berdzor et Mardakert.

Ces actes constituent des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité commis par les deux parties au conflit.

Bien qu'un cessez-le-feu de papier ait été signé le 15 octobre 2020, les forces azerbaïdjanaises tentent toujours de s'emparer de nouveaux territoires. L'Azerbaïdjan utilise des drones à guidage laser provenant de Turquie, de Russie et d'Israël pour cibler les forces de défense de l'Artsakh, qui sont pour la plupart des volontaires civils de l'Artsakh. L'Azerbaïdjan utilise des mercenaires syriens. La Turquie fournit un soutien aérien aux forces azerbaïdjanaises. Les Arméniens craignent que la Turquie ne soutienne un nouveau génocide contre les Arméniens, après 105 ans de campagne de négation du génocide arménien de 1915 - 1922.

Le risque génocidaire

Si l'Azerbaïdjan reprend le contrôle de l'Artsakh (Haut-Karabakh), il pourrait déporter de force tous les Arméniens de l'Artsakh vers l'Arménie. Les déplacements forcés sont un crime contre l'humanité.

Le gouvernement azerbaïdjanais d'Ilham Aliyev nie ses violences passées et actuelles contre les Arméniens. Aliyev est également un négationniste du génocide arménien commis par l'Empire ottoman. Le gouvernement azerbaïdjanais encourage les discours de haine et glorifie officiellement la violence contre les Arméniens. Le discours de haine a infecté les réseaux sociaux, avec des incitations à des intentions génocidaires.

En raison de la négation par l'Arménie de crimes de guerre tels que le massacre de Khojaly et d'autres crimes contre les Azerbaïdjanais, et du bombardement actuel des civils azerbaïdjanais par l'artillerie arménienne, Genocide Watch considère que l'Arménie est au stade 8 : Persécution et Stade 10 : Déni. Genocide Watch n'a aucune preuve que l'Arménie ou l'Artsakh sont susceptibles de commettre un génocide.

En raison de l'invasion de l'Artsakh par l'Azerbaïdjan en septembre 2020, Genocide Watch considère que l'Azerbaïdjan est au stade 9 : Extermination et à l'étape 10 : Déni. Genocide Watch considère que les dirigeants de l'Azerbaïdjan pourraient avoir l'intention de déporter de force la population arménienne de l'Artsakh en commettant des massacres génocidaires qui terroriseront les Arméniens et les inciteront à quitter l'Artsakh.

Genocide Watch recommande :

- Que le gouvernement arménien reconnaisse les crimes commis contre les Azerbaïdjanais pendant la guerre du Haut-Karabakh, y compris le massacre de Khojaly.

- Que les Azerbaïdjanais déplacés reçoivent de la part de l'Artsakh et du gouvernement arménien une compensation adéquate pour leurs biens perdus.

- Que le Conseil de sécurité des Nations unies exige de l'Azerbaïdjan la fin de toutes ses attaques au Nagorno-Karabakh (Artsakh).

- Que les dirigeants mondiaux condamnent les discours de haine et la négation du génocide par le régime d'Aliyev.

- Que le Conseil de sécurité des Nations unies impose un embargo sur la vente d'armes à l'Azerbaïdjan.

- Que les présidents américains et russes négocient un accord de paix efficace entre l'Azerbaïdjan, l'Artsakh et l'Arménie.

- Que toutes les parties respectent un véritable cessez-le-feu pour protéger les civils d'une guerre génocidaire nationale, ethnique et religieuse.

- Qu'une force de maintien de la paix des Nations unies soit positionnée le long de la ligne de contact pour mettre fin aux attaques de l'Azerbaïdjan contre l'Artsakh.


Analyse juridique

La population de l'Artsakh a déclaré son indépendance vis-à-vis de l'Azerbaïdjan en 1991. Le droit à l'autodétermination d'un peuple ou d'une nation est un principe fondamental du droit international. L'Artsakh a exercé son droit à l'autodétermination. L'invasion de l'Artsakh par l'Azerbaïdjan en septembre 2020 ne peut être justifiée par aucune résolution des Nations unies, car ces résolutions sont subordonnées au droit national à l'autodétermination en vertu de l'article I de la Charte des Nations unies et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui consacrent le droit à l'autodétermination des peuples et des nations. L'Azerbaïdjan n'a plus de droit légal et légitime à réaffirmer ses frontières soviétiques en envahissant l'Artsakh.


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Genocide Watch est une organisation qui vise à prévoir, prévenir, arrêter et punir les génocides et autres formes de meurtres de masse. Cette Alerte d'urgence sur le génocide est destinée à fournir des informations de fond sur le conflit Azerbaïdjan - Artsakh - Arménie, ainsi qu'à évaluer les intentions génocidaires actuelles dans la guerre en Artsakh.

 

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