A propos de la gauche, de l'histoire et du "roman national" (1ère partie)

Lettre ouverte aux historiens « rénovateurs » et autres « usagers » de la Congrégation pour la Vérité Universitaire de l’Histoire.

Lettre ouverte aux historiens « rénovateurs » et autres « usagers » de la Congrégation pour la Vérité Universitaire de l’Histoire.

 

Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches

Pour la lutte obstinée de ce temps quotidien

Du journal que l’on vend le matin d’un dimanche

A l’affiche qu’on colle au mur du lendemain 

Ma France

(Jean Ferrat).

 

A l’automne dernier, la parution du « blockbuster » historique de Lorant Deutsch, Hexagone[1], a ravivé les flammes d’une étrange polémique entre les partisans d’une histoire nationale « incarnée » et les pourfendeurs du « roman national ». Les premiers, fort bien introduits dans les rédactions, ont le vent en poupe si l’on suit les succès de l’histoire d’Epinal de L. Deutsch, les récits rose-bonbon des passions princières de Stéphane Bern ou encore les grandiloquentes envolées lyriques et gauloises de Franck Ferrand sur la bataille d’Alésia[2] ; dans leur sillage, journalistes et écrivains du Figaro réclament le « retour » d’une histoire de France avec Louis XIV et Napoléon, débarrassée du désormais célébrissime royaume du Monomotapa[3]. Les seconds, issus du monde universitaire, commencent à se faire entendre, notamment depuis la parution au mois d’avril dernier d’un ouvrage collectif Les historiens de garde : de Lorant Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national : les auteurs[4] y dénoncent le retour d’une histoire « traditionnaliste » et « nationaliste » fondée sur l’imaginaire monarchiste (ou républicain) des figures héroïques. Sont renvoyés dos à dos les nostalgies barrésiennes de la France éternelle et le chant républicain de Lavisse, deux versions ennemies mais symétriques du « roman national » français. Le livre reprend de manière circonstanciée les positions générales du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH) [5] et celles du collectif Aggiornamento histoire-géographie, formé en 2011 pour rénover l’enseignement de l’histoire en le sortant des temps obscurs de la mythologie nationale et républicaine…

Dans le contexte politique présent, entre inventaire du sarkozysme et progrès du front national, crispations sur l’islam et stigmatisation des Roms, amour démonstratif de la Marseillaise et proclamations théâtrales de patriotisme, la polémique autour du nouvel opus de L. Deutsch ne pouvait prendre qu’une certaine ampleur, notamment à propos de Charles Martel, artefact mémoriel de l’opposition entre « civilisations » chrétienne et musulmane[6]. Sans surprise, ce genre de joute est perçu par l’opinion comme un épisode supplémentaire de l’affrontement entre « droite » et « gauche » sur des thèmes que N. Sarkozy et l’extrême-droite ont réussi à installer durablement dans le paysage politique.

Pierre Chaunu est mort ? Débattons avec Lorant Deutsch !

Affrontement droite - gauche ? On est pourtant bien loin des querelles homériques qui divisaient l’intelligentsia de l’après-guerre sur la ligne de crête d’une histoire sociale « marxisante ». Il ne s’agit pas non plus de la controverse à la fois « grand public » et « universitaire » qui opposait dans les années 1970-80 l’histoire « jacobine » (largement communiste) d’Albert Soboul et l’histoire « révisionniste » (libérale-conservatrice) de François Furet : deux historiens de rang académique rassemblaient alors derrière leurs positions savantes des franges politisées de l’opinion sur l’interprétation de la Révolution française[7]. Non, la « polémique Deutsch » a ceci de particulier qu’elle semble mettre aux prises l’establishment universitaire au monde du journalisme et de l’édition « grand public » : au premier la dénonciation professionnelle et « vigilante » des rédactions bêtasses de L. Deutsch ; aux seconds la promotion du best-seller d’un historien amateur. Aux puissantes controverses d’hier ont ainsi succédé, dans l’atmosphère rance du (post)sarkozysme, des combats asymétriques, des combats de nains et de géants, des combats de foire du Trône sur le thème piégé de l’identité nationale. Quelque vilaine langue pourrait bien laisser entendre qu’il est plus confortable de démonter aujourd'hui les pauvres arguments de Lorant Deutsch que d’affronter hier François Furet ou Pierre Chaunu ; mais on peut estimer aussi, à sa décharge, que le professeur « de gauche » doit bien faire avec ce que l’époque lui propose, faute d’avoir à l’université un adversaire digne de ce nom…

Il reste qu’il est fort délicat pour un universitaire de sortir de son « enclos »[8] pour se jeter dans une controverse où les journalistes en mal de divertissement distribueront les bons points : l’esprit de sérieux dialogue souvent à ses risques et périls avec les comiques de la télévision. D’autant que l’arène publique, bien plus cruelle que les débats académiques où la science couvre aisément les positions moins « scientifiques », oblige bien vite les acteurs à jouer cartes sur table : Lorant Deutsch a déjà annoncé la couleur, il se dit « royaliste » et « idéologue »[9] ; quant à ses détracteurs de l’Aggiornamento et du CVUH, on attend toujours qu’ils disent selon quelle politique et d’après quel « usage public » de l’histoire ils portent le fer contre le barrésisme et le maurrassisme du Métronome[10]. Dans cette affaire, les historiens critiques ne sont ni socialistes, ni communistes, ni internationalistes, ni progressistes, ni même à-quoi-bonistes ; ils sont scientifiques. En attendant, l’opinion comprend mal leurs critiques érudites, jusqu'à ce qu’un éditorialiste lui livre une clé facile : ces historiens sont des crypto-gauchistes ; et voilà l’universitaire « vigilant » et « scientifique » pris dans la nasse du tartuffe démasqué[11]. Deutsch triomphe tandis que l’intellectuel de gauche s’ébroue piteusement ; à l’un les prospérités du vice médiatique, à l’autre les malheurs de la vertu outragée. Il ne reste ensuite aux critiques déculottés que les jérémiades habituelles sur la manipulation des médias…

Le moustique Deutsch et le marteau-piqueur universitaire.

L’historien « vigilant » émet deux types de critiques à l’encontre de Lorant Deutsch : l’une formelle et factuelle sur les « erreurs » historiques de ses livres ; l’autre sur les implicites idéologiques droitiers de ses récits.

On peut douter d’abord de l’efficacité de la première ligne d’attaque : est-il pertinent de critiquer le best-seller d’un « amateur » célèbre sur le mode vétilleux de l’universitaire redresseur de torts de la « science » historique ? Peut-on en fait miser sur le seul registre de la rigueur scientifique face à des écrivains qui manifestement ne jouent pas sur le même terrain ? A moins de vouloir perdre la guerre, il vaut mieux éviter les batailles rangées lorsqu’on a affaire à une guérilla. Sans peur du ridicule, certaines critiques portent sur l’absence de sources et de notes de bas de page. Signe des temps, malgré toutes les dénégations et précautions d’usage sur l’histoire citoyenne « ouverte à tous », les historiens « vigilants » ont voulu d’abord prendre le masque de la science courroucée devant les amateurismes « grand public », consacrant ainsi implicitement dans le débat public la place à part de l’expertise professionnelle. Sans doute au fond était-il difficile d’imaginer d’autre stratégie en une époque qui, enjoignant au citoyen de quitter la cité pour « cultiver son jardin », aime à renvoyer chacun à ses études, le politique à sa « gouvernance », l’écrivain à ses histoires, le peintre à ses tableaux, l’historien à ses notes de bas de page. Bientôt peut-être de subtils esprits lanceront une pétition pour réclamer que Marx nous livre enfin les fichues sources de son 18 Brumaire

Ultime maladresse : prétendre protéger des millions de lecteurs crédules ne suffit pas à justifier les ratiocinations des experts de la Sorbonne[12]. Il n’est jamais bon d’expliquer le succès d’un livre par l’ignorance des masses. Pousser plus loin l’argument serait cruel : si les lecteurs du Métronome avalent sans recul la moindre sottise de Lorant Deutsch, est-ce à dire qu’ils n’ont rien appris de leurs professeurs d’histoire… ?

Alain Decaux et la « vague brune » : l’histoire scientiste et la confusion des mémoires politiques.

Le collectif Aggiornamento gagne en crédit lorsqu’il dénonce l’essentiel, à savoir les arrière-pensées idéologiques de L. Deutsch, manifestement inspirées de la tradition barrésienne et maurrassienne. Mais alors que d’approximations et que d’excès ne faut-il pas entendre de la part d’historiens dont on se serait d’abord cru le plus chaud partisan ! Dans une tribune du 27 août 2012[13], trois membres de l’Aggiornamento n’hésitent pas à voir déferler une « vague brune sur l’histoire de France ». Mêlant dans un grand sac nazi (c’est la stricte signification de l’adjectif « brun ») Alain Decaux (!), Lorant Deutsch, Patrick Buisson, Le Pen, Sarkozy, la loi de 2005 sur « le rôle positif de la colonisation » et les complaisances de Bertrand Delanoë à l’égard du Métronome, la tribune ne s’embarrasse guère ici des finasseries de la méthode historique… On s’étonne tout de même qu’un mouvement d’historiens qui brandit sans cesse la vertueuse prudence du ratio studiorum emploie en quelque rare occasion une liberté de ton que l’on croyait réservée aux militants politiques : loin de nous l’envie de leur reprocher un tel « excès » d’engagement, mais c’est à se demander quel grain se cache sous la paille de la chaude invective. On peut douter en effet des recettes d’une telle outrance, a fortiori lorsqu’elle est formulée par les détenteurs du savoir universitaire ; il est fort à craindre en fait que cette accusation bruyante de « vague brune », soi-disant « résurgente », n’ait toutes les caractéristiques de l’enfumage. Ici, les invectives furieuses sonnent faux et tentent de masquer la vraie pusillanimité des experts autorisés.

Il y a ainsi tout lieu de sursauter lorsque par une association aussi improbable que malheureuse, cette tribune fait d’Alain Decaux le lointain parrain de Patrick Buisson[14]. Par là, les auteurs ne font pas qu’insulter avec une grande légèreté l’œuvre d’un conteur humaniste, coupable à leurs yeux d’avoir écrit un article « passéiste » sur l’histoire de France en 1979[15] ; ils infligent aussi une drôle de gifle à la mémoire d’une large partie de la gauche, qui garde le souvenir des plaidoiries robespierristes du conseiller historique de Stellio Lorenzi, réalisateur communiste de l’émission La Caméra explore le temps[16]. Malheureusement, là où l’on serait tenté de ne voir qu’une maladresse sur un point mineur de la tribune, on découvre une position de fond. Dans un entretien à la revue Regards[17], deux auteurs des Historiens de garde s’emploient à figer en une laborieuse doctrine leur critique tous azimuts du « roman national » : pour eux, ce n’est pas seulement le « roman national de droite » qui est condamnable, mais aussi celui « de gauche » ; répondre par celui-ci à celui-là serait la pire des « catastrophes ». Le « récit » jacobin d’Alain Decaux et la mythologie réactionnaire de Jacques Bainville seraient les deux pendants, également condamnables, d’un roman national marqué par la fascination des « grands hommes ».

Pour combattre la droite, torpillons la gauche (radicale) !

Et les mêmes historiens, fastidieux, le nez collé sur leurs sources, de nous expliquer ensuite sur le site web de leur livre qu’il est suspect de « faire des évènements historiques des réservoirs à arguments pour expliquer la situation contemporaine »[18]. La certitude scientiste en bandoulière, armés des arguments aussi neufs que fracassants contre l’ « histoire-bataille » et l’ « histoire des princes », les Marc Bloch aux petits pieds décernent alors un mauvais point aux journalistes du Monde Diplomatique, Thomas Morel et François Ruffin, auteurs de Vive la banqueroute ![19] : l’ouvrage, qui rappelle, contre les évidences fatalistes du discours néolibéral, dix exemples historiques de répudiation de la dette publique, a le malheur, en évoquant les politiques de Philippe Le Bel et de Colbert, de satisfaire la passion stupide et bien française pour « l’homme providentiel ». Pour se prémunir de ce mauvais « récit de gauche », jacobin et nationaliste, on renvoie paresseusement le lecteur aux analyses de Frédéric Lordon sur la crise financière de 2008… Signalons tout de même que Frédéric Lordon a rédigé la postface du livre de François Ruffin : sans doute les deux auteurs apprécieront-ils d’être ainsi opposés l’un à l’autre par le verbe ingénu de l’historien donneur de leçons. On peut se demander aussi comment Frédéric Lordon, qui disait récemment la nécessité pour la gauche de ne pas laisser à la droite les catégories de la nation et de la souveraineté[20], accueillera ce compagnonnage forcé avec les partisans de l’histoire en forme de « post- », « histoire post-nationale » et « post-républicaine », pour lesquels le mot nation, passé à l'amincisseur de la rhétorique lepéniste, est devenu une insulte... Tant qu’à faire, suggérons à ces « dé-constructeurs » un autre article sur les mystifications du candidat Mélenchon qui a poussé l’outrecuidance jusqu’à mobiliser la gauche sur le thème de la prise de la Bastille, autre « mythe » dangereux du « roman national de gauche » qu’il faudrait penser à détruire. Vite, professeur, la vérité !

Face à l’offensive idéologique de la droite, ces universitaires (de gauche ?...) choisissent, contrairement aux apparences, la capitulation en rase campagne. Tandis que les uns répètent haut et fort les valeurs réactionnaires de la France éternelle, les autres crient dans un silence assourdissant leur passion des notes érudites et de la bonne méthode… Comment un tel débat peut-il être perçu dans l’opinion, sinon comme l’opposition entre des amateurs d’histoire (de droite) et l’establishment universitaire (de gauche) soucieux de préserver son monopole sur le discours historique ? La meilleure des réponses à L. Deutsch ne serait-elle pas plutôt de proposer une autre histoire de France « grand public » ? Engoncés dans l’expertise, prisonniers de la paperasserie administrative des universités « autonomes », désaccordés idéologiquement, il faut croire que les professeurs (« de gauche ») en sont bien incapables aujourd’hui… La vogue des ouvrages collectifs est à l’image d’une université éclatée en chapelles : ne voulant prendre aucunement le risque de mettre à plat ses différences tant historiographiques qu’idéologiques, on préfère empiler les contributions et créer cette impression de cohésion et de consensus qui sied tant aux gens qui ont toujours raison[21].

Comme la cavalerie des westerns, ces intellectuels (« de gauche ») ont pris l’habitude depuis quelques années de débouler avec fracas quand tout le monde est mort : toujours en retard d’un métro idéologique, ils aiment pousser des cris indignés après avoir laissé la droite choisir son terrain de jeu. N. Sarkozy se place sous le patronage de Jaurès et voici l’intelligentsia devenue jaurésienne : une pluie de colloques et d’ouvrages collectifs d’experts accrédités se déverse – bien tard – pour rétablir la « vérité » historique. Victor Hugo est l’un des pères du « mythe républicain », objet « construit », donc suspect pour le prudent historien ; ah ! mais voilà que N. Sarkozy s’en empare et – vite ! – il faut, encore une fois, rétablir la vérité historique[22]. On peut voir au succès de l’histoire « réac » et au progrès des thèmes frontistes les fructueux résultats de ces brillantes interventions dans le débat public. Combien de temps encore verra-t-on cette gauche-là courir après les récupérations de la droite et s’égosiller vainement sur le pillage de sa mémoire ? Car enfin pourquoi la droite se priverait-elle de prendre ce qu’une certaine gauche n’assume plus depuis longtemps ?

Face au culte de la France éternelle et barrésienne d’Eric Zemmour, les historiens soi-disant de « gauche » n’offrent qu’un discours éclaté, un scepticisme de spécialistes, un constructivisme de bon aloi, un « pragmatisme » branché (cette passion pyrrhonienne des « usages » et des « représentations »), le tout enrobé d’un amour inconditionnel des notes infrapaginales et d’une dénonciation attendue et lourdingue du « roman national ». Autant dire qu’une telle posture, aussi excellente soit-elle à l’université, fera autant d’émules dans le public qu’une secte d’illuminés. Dans ce catéchisme désespérant et désespéré, l’histoire n’a droit qu’au paradis de la science sophistiquée ou à l’enfer du récit mémoriel : entre les deux, l’histoire engagée n’a pas sa place, qui se conçoit comme un terrain de lutte où s’enchevêtrent des mémoires, se construisent des imaginaires et où s’affrontent des interprétations divergentes de la réalité passée et présente. En se limitant à la seule critique des récupérations « sarkozystes », en ne parlant des « usages publics » de l’histoire que pour mieux faire oublier l’engagement par l’histoire, ces historiens s’arrêtent au milieu du gué et laissent accroire qu’il n’est d’usage qu’apolitique et expert de la discipline… avec le résultat que l’on sait. En attendant, les démentis bruyants et autres protestations de forme sur l’ « histoire citoyenne » ne peuvent en rien changer ce triste constat : l’histoire « réac » a trouvé son public mais l’histoire universitaire « de gauche » est inaudible…

Incapable d’assumer pleinement et positivement le combat politique, le CVUH court à sa perte ou, plus bêtement, risque de faire "pschitt" : sans doute cette impuissance était-elle déjà inscrite dans son ADN. Après l’affaire du Musée de l’Histoire de France – belle occasion pour la profession de s’unir autour d’un beau combat de la « gauche » contre la « droite » – le Comité semble en panne d’inspiration, épousant sans surprise les rythmes consacrés du Parti Socialiste : furibard dans l’opposition, silencieux une fois au pouvoir. Malheureusement, après les belles effervescences médiatiques et universitaires de l’ère Sarkozy, la « polémique Deutsch » nous ramène à la dure réalité du rapport de forces politiques dans ce pays : une droite idéologiquement structurée et une gauche en déshérence, livrée à la débâcle du hollandisme et aux illusions dangereuses du progrès sociétal et de la régression sociale. Dans ce bouillon, les réponses ambiguës de l’historien « vigilant » et lanceur d’alertes «  brunes », non seulement ne sont d’aucun secours, mais risquent fort d’être assimilés à cette manière si « hollandiste » d’enfumer et de chauffer l’opinion sur les thèmes sociétaux et mémoriels : agiter le chiffon Lorant Deutsch pour mieux faire oublier les vraies trahisons de la social-démocratie de droite (l’expression est depuis longtemps redondante) qui se vend comme jamais à l’idéologie patronale et néolibérale.

Etrange histoire « vigilante », au fond, qui veut en finir avec l’« histoire nationale » mais ne fait que renforcer les nationalistes en nourrissant une controverse caricaturale et piégée par l’extrême-droite. Etrange histoire « vigilante » qui déploie tant de passion rageuse contre les grands hommes d’hier mais dont l’expertise « objective » est la manière de penser des grands hommes d’aujourd’hui, spécialistes et technocrates autorisés de la science économique, de la science politique et de la science administrative. Etrange histoire « vigilante »  qui est passée maîtresse dans la déploration des attaques de la droite mais se garde bien de nous dire à quoi ressemblerait une offensive de la « gauche », quand bien même ce mot au singulier aurait encore un sens.  Etrange histoire « vigilante » qui, à l'image de ce gouvernement, voudrait masquer sa faillite idéologique en lançant des alertes « brunes » et en livrant à l'opprobre « fasciste » les figures de la gauche radicale.

[A suivre...]

 


[1] Lorant Deutsch, Hexagone. Sur les routes de l’histoire de France, Paris, Michel Lafon, septembre 2013

[2] Jean Marie Durand, « Lorant Deutsch, Stéphane Bern, Patrick Buisson, la vision réac de l’histoire à la télé », lesinrocks.fr, 12.04.2013.

[3] Jean Sévillia, « Qui veut casser l’histoire de France ? », Le Figaro Magazine, 24 août 2012.

[4] William Blanc, Aurore Chéry, Christophe Naudin (préface de Nicolas Offenstadt), Les Historiens de garde. De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national, Paris, éditions inculte, 2013

[5] Fondé en 2005 peu après la loi du 23 février 2005 sur « le rôle positif de la colonisation. On doit à ce Comité ses critiques salutaires des usages « sarkozystes » de l’histoire. Textes et contributions sur le site http://cvuh.blogspot.fr/

[6] « Hexagone : le nouveau de Lorant Deutsch au cœur d’une polémique », lesinrocks.fr, 5 octobre 2013.

[7] Sur cet immense débat, emblématique du retournement idéologique des années 1980, on peut lire (entre autres) Steven L. Kaplan, Adieu 89, Paris, Fayard, 1993.

[8] Pierre Rimbert, « La pensée critique dans l’enclos universitaire », Le Monde Diplomatique, janvier 2011.

[9] Lorant Deutsch, interrogé par Eric Zemmour sur le plateau de l’émission On n’est pas couché le 27 novembre 2010.

[10] Lorant Deutsch, Métronome. L'histoire de France au rythme du métro parisien, Paris, Michel Lafon, 2009, 285 pages

[11] Aussi Lorant Deutsch peut-il s’exclamer le 3 octobre 2013 sur le plateau de « C à vous » qu’il est victime d’historiens « encartés » et « militants politiques ». Et la présentatrice Anne-Sophie Lapix d’acquiescer devant tant de sincérité…

[12] Ainsi de William Blanc qui s’inquiète que « le Métronome, disponible au rayon histoire, est en passe de faire autorité pour ses millions de lecteurs » (cité par Louis Lepron, « Le Métronome de Lorant Deutsch, un livre idéologique ? », Rue89, 20 mai 2012)

[13] Guillaume Mazeau, Éric Fournier, Laurence De Cock, pour le collectif Aggiornamento hist-géo, « La vague brune, l’histoire et l’école », L’Humanité, 2 novembre 2012 (http://www.humanite.fr/societe/la-vague-brune-l-histoire-et-l-ecole-507658)

[14] Ainsi, pour les auteurs, « l’appel lancé en 1979 dans les colonnes du Figaro Magazine par Alain Decaux séduit à nouveau, dans un contexte politique bien plus préoccupant ».

[15] Alain Decaux, « on n’enseigne plus l’histoire de France à vos enfants », Le Figaro Magazine, 20 octobre 1979.

[16] Diffusé en 1964 dans le cadre de la série « La Caméra Explore le Temps », le double épisode « La Terreur et la Vertu » est suivi à l’époque d’un débat en direct entre Alain Decaux et André Castelot, le premier plaidant pour Robespierre, le second pour Danton. L’émission de Stellio Lorenzi et Alain Decaux, diffusée pendant 9 ans à l’ORTF, sera supprimée en 1966 à la demande de l’Elysée.

[17] « Lorant Deutsch, le côté obscur du roman national », entretien avec William Blanc et Aurore Chéry, Regards, 15 avril 2013 (http://www.regards.fr/web/Lorant-Deutsch-le-cote-obscur-du,6509)

[18] William Blanc, « Le retour du roman national de gauche ? », 2 septembre 2013, sur le site leshistoriensdegarde.fr (http://www.leshistoriensdegarde.fr/fakir-retour-du-roman-national-gauche/).

[19] François Ruffin, Thomas Morel, Vive la banqueroute ! Comment la France a réglé ses dettes de Philippe Le Bel à Raymond Poincaré (en passant par Sully, Colbert, Talleyrand, etc.), Fakir Editions, mai 2013.

[20] Frédéric Lordon, « Qui a peur de la démondialisation ? », 13 juin 2011, sur le blog « La Pompe à Phynance ».

[21] Ce qui pourtant n’enlève rien aux qualités intrinsèques d’un livre comme celui publié par le CVUH, Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France, Paris, Agone, 2008. L’ouvrage, écrit par 25 contributeurs, passe en revue 49 récupérations mémorielles de N. Sarkozy.

[22] Voir les entrées « Victor Hugo » et « Jean Jaurès » dans Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France, op. cit., 2008.

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