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Billet de blog 15 mai 2010

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Indivisible. Qui ne peut être divisé en plusieurs parties ou décomposé. La République une et indivisible, telle est la volonté affichée depuis les fondements de notre démocratie en 1792. Mais pourtant, il est aisé de sentir en notre pays des tressaillements augurant de fissures, de béances, faisant jour sur une réalité sociologique atomisée, qui laisse dans l'ombre de nombreux citoyens, comme invisibles aux yeux du monde. Une frange de plus en plus étroite de la population s'arroge le droit de décider pour tous, en se pensant représentante de la plénitude du pays, fuyant le contact direct avec ceux qui ne sont pour elle que des spectres de l'action publique.

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Indivisible. Qui ne peut être divisé en plusieurs parties ou décomposé.

La République une et indivisible, telle est la volonté affichée depuis les fondements de notre démocratie en 1792. Mais pourtant, il est aisé de sentir en notre pays des tressaillements augurant de fissures, de béances, faisant jour sur une réalité sociologique atomisée, qui laisse dans l'ombre de nombreux citoyens, comme invisibles aux yeux du monde. Une frange de plus en plus étroite de la population s'arroge le droit de décider pour tous, en se pensant représentante de la plénitude du pays, fuyant le contact direct avec ceux qui ne sont pour elle que des spectres de l'action publique. Alors comment sortir de l'ornière où nous semblons engoncés depuis trop longtemps ? On moque ceux qui souhaiteraient sortir d'un matérialisme abscons qui nous a fait perdre le fil du contact humain. On raille les tenants d'une société plus douce car plus humaine, plus connectée, qui replace les oubliés au centre des considérations : retraités isolés, jeunes exclus du système scolaire, banlieusards éloignés des centres omnipotents... Ont-ils oublié les préceptes d'Emile Durkheim qui nous indiquait dans l'ouvrage matriciel de sa sociologie De la division du travail social : "Est moral tout ce qui est source de solidarité, tout ce qui force l'homme à compter avec autrui, à régler ses mouvements sur autre chose que les impulsions de son égoïsme." ? Balaient-ils d'un revers méprisant de la main les réflexions d'Edgar Morin nous invitant à considérer les inter-dépendantes relations humaines par l'éloge de la complexité, à recréer du lien dans nos sociétés déstructurées, à lancer une offensive de civilisation ?

Notre société supposée indivisible doit réapprendre à dialoguer avec toutes ses composantes, celles qui sont lui invisibles aujourd'hui. Nous devons réapprendre l'altérité, l'affrontement, le conflit, pour que celui-ci débouche sur une authentique coopération politique et démocratique, républicaine, et ainsi éviter les ruptures définitives entre citoyens qui doivent vivre ensemble. Ce dialogue se construit. Il faut se frotter à l'autre : la mixité sociale s'impose donc comme un obligation primordiale, pour que l'élite ne puisse se cacher dans un entre-soi douillet. Car aujourd'hui, une majorité de citoyens, ceux qu'on appelle avec facilité les classes moyennes (dont Louis Chauvel nous décrit la dérive), crève de son éparpillement et de sa mise sous silence, comme muselée par une pratique politique accaparée par quelques-uns, sans le moindre interstice pour une voie différente. Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin en font la thèse centrale de leur ouvrage Recherche le peuple désespérément : il faut reconnecter ces citoyens qui aspirent à l'émancipation par la liberté individuelle, à l'égalité des droits, à la fraternité de tous face à l'isolement mortifère. Il faut casser les murs qui cloisonnent notre société et éloignent de la lumière des femmes et des hommes nombreux, pour leur donner la parole, les écouter, pour faire vivre enfin le jeu démocratique. Ce sillon a été celui des forces de progrès depuis leur origine : faire de l'action publique l'affaire de tous, la propriété de chacun. La république indivisible ne peut se satisfaire de ces zones opaques, autant d'abcès à la face de la démocratie vivante. Revenons à l'exhortation de Jean Jaurès : "L'éducation universelle, le suffrage universel, la propriété universelle, voilà si je puis dire, le vrai postulat de l'individu humain." Faisons vibrer cette sentence dans nos vies, renouons le fil entre l'individu, tous les individus, et la société.

Abaissons les barrières qui segmentent notre société. Ces frontières physiques qui matérialisent la volonté de rejeter certains hors du jeu. Celles qui enclavent nos banlieues, hors de tout réseau de transports en commun, isolées de l'autre côté des rocades encerclant nos centre-villes protégés. Celles qui isolent nos campagnes, dépossédés de leur gare, de leur bureau de poste, bientôt de leur école ? A tous ceux qui ne connaissent, qui ne comprennent pas ce monde, des œuvres comme celle de Michel Gondry, L'épine dans le cœur, nous font ressentir tout ce qu'une institutrice peut apporter dans un coin reclus des Cévennes. Il existe aussi des frontières sociales, de celles qui bloquent l'ascenseur social au sous-sol. Bien entendu, on pourra toujours sortir du panier un exemple mirifique de promotion sociale pour faire patienter les classes populaires désespérées de pouvoir sortir de leur situation et de réaliser l'idéal mobilisateur de nombreuses générations qui nous ont précédés : vivre mieux que ses parents. Mais l'attente est aujourd'hui trop longue, la rancœur trop intense pour se contenter de tels palliatifs. Voilà notre feuille de route. Faire respirer notre société, renouant avec elle-même, avec son ambition d'émancipation humaine. Recréer une société en mouvement, de la cave au grenier en passant par le salon du pouvoir, où nul horizon ne sera interdit au citoyen. Retrouver notre République, une et indivisible.

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