Les extrêmes c'est mal!

«Franchement moi en politique, je respecte toutes les opinions... à condition que ce ne soit pas les extrêmes». Qui n'a pas déjà entendu ça dans la bouche d'un honnête commerçant qui ne veut pas se fâcher avec sa clientèle, dans celle de mamie qui tient à conserver la paix sociale lors d'un repas de famille ou encore chez un candidat qui cherche à disqualifier son adversaire?

Les extrêmes ! Est-il utile de dire que cela m'a toujours énervé d'entendre certains renvoyer les extrêmes dos à dos. ''Quand on y pense, Staline il a fait plus de morts que Hitler... - Et alors ? T'aurais plutôt voté Hitler dans un deuxième tour avec Staline, imbécile ?''

Parler des « extrêmes » pour englober extrême-gauche et extrême-droite, Etats totalitaires et mouvements ouvriers, est un marqueur d’inculture politique. Associer un pan du mouvement ouvrier, des conquêtes sociales et des libertés démocratiques à son antagoniste le plus radical, c’est ne rien connaître à l’histoire politique, ou être d’une mauvaise foi crasse.

L’extrémiste c’est l’autre.

Les donneurs de leçons ne sont, eux, jamais extrémistes. Maintenir une usine polluante près d’habitations, ce n’est pas extrémiste c’est « maintenir des emplois ». Licencier des centaines d’ouvriers, ce n’est jamais extrémiste, c’est « dynamiser l’entreprise ». Réduire les pensions de retraite en impactant les femmes et les salariés ayant effectué des travaux pénibles, ce n’est pas extrémiste, c’est une grande réforme soucieuse d’égalité. Pousser des salariés au suicide, ce n’est pas extrémiste, c’est une affaire privée ...

On associe souvent les extrêmes quand l'extrême-droite a dit ou fait une nouvelle connerie : "Oh mais madame Michu, l'extrême-gauche n'est pas en reste, c'est du pareil au même que j'vous dis !". 

L'extrême à gauche c'est quoi ? 

Quand un chômeur qui a passé dix ans entre petits boulots, stages non rémunérés et chômage fracasse un bureau de Pôle Emploi en criant qu'il en a marre qu'on se foute de sa gueule et qu'il veut bosser pour de bon, c'est extrémiste.  

Quand des ouvrières arrivent à l'usine le lundi pour s'apercevoir que leurs machines ont été envoyées en Ukraine durant le week-end et qu'elles décident de séquestrer leur DRH, c'est extrémiste.

Quand les cheminots, constatant que leur condition de travail, le service aux usagers et leur sécurité se dégradent, se mettent en grève la veille de vacances scolaires, c'est extrémiste.

Et l'extrémisme c'est mal ! Ce qu'auraient dû faire ce chômeur, ces ouvrières et ces cheminots, c'est de patienter sagement cinq ans et de mettre un bulletin de vote dans une urne : des bourgeois de gauche si nous avons un gouvernement de droite, pour des notables de droite si nous avons un gouvernement se prétendant de gauche.

La bonne société l'acceptera. Ça, ce n'est pas extrême, c'est juste inefficace.  

Ps : c'est encore mieux écrit ici : https://blogs.mediapart.fr/marwen-belkaid/blog/291119/ouvrir-enfin-le-livre-noir-du-capitalisme

 

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