Faites-vous une piqûre de rappel sur la lutte des classes avec Ken Loach

J’ai vu « Sorry we missed you » il y a quelques semaines, il secoue pas mal et il donne envie de secouer sévèrement ce système.

J’ai vu « Sorry we missed you » il y a quelques semaines et il secoue pas mal. Le réalisateur britannique poursuit son œuvre sur la classe ouvrière anglaise en dépeignant ici les travailleurs uber, les salariés aux contrats à 0 heure, payés donc à la tâche.

Dès le début du film on devine que Ricky, chauffeur-livreur ubérisé, est vaincu d’avance. Louer un camion à sa société ne permet pas des revenus suffisants, il s'endette donc pour acheter un camion et travaille ainsi pour rembourser son prêt. Lui et sa femme Abby, aide-soignante à domicile, contrat à la tâche également, enchaînent quatorze heures de boulot par jour. On assiste alors au délitement de leur vie familiale. Les deux enfants sont livrés à eux-mêmes. L'aîné, clairvoyant sur l'impasse de son avenir, sèche le lycée et commence à faire des conneries, la cadette angoisse, dort mal et recommence à 11 ans à faire pipi au lit. C'est un film de fiction mais comme toujours chez Loach, cela a la précision d'une enquête sociologique.

Dans d’autres films du cinéaste, le héros trouve son salut grâce à la solidarité du collectif. Dans Looking for Eric, les postiers syndiqués viennent en aide à l’un des leurs menacé par des mafieux ; dans Moi, Daniel Blake, c’est la solidarité intergénérationnelle qui fait front face à l’administration kafkaïenne anglaise ; dans Land and Freedom et Bread and Roses c’est la solidarité internationale qui donne de la dignité et une puissance d’action aux prolétaires.

Dans « Sorry we missed you » il n'y a personne pour aider cette famille. Ces travailleurs, soi-disant libres, soi-disant leurs propres patrons, sont isolés et vulnérables. La seule référence à la solidarité et aux luttes sociales vient d’une patiente d’Abby qui se souvient des grèves de mineurs des années 80. On comprend (et on sait) que la situation n’était pas facile mais les exploités étaient alors unis et la vieille dame en parle avec nostalgie. Comme une inversion des rôles, c’est la patiente qui semble s’occuper d’Abby en l’invitant à souffler un peu et à lui parler d’elle. Choquée lorsqu’elle découvre les conditions de travail de son aide-soignante, elle s’exclame « mais où sont passées les journées de huit heures ? » Démembrées par trente ans de libéralisme.

Sans dévoiler la fin, la dernière scène montre Ricky repartant pour une nouvelle journée de travail en pleurant et gémissant. Il n’a aucune liberté, il est enchaîné à son camion de livraison et à son scanner de colis. Les spectateurs ressortaient de la salle avec les yeux rouges (moi-aussi mais c'est pas pareil parce que en tant que porteur de lentilles de contact, passé 20h ça irrite les yeux donc j'ai pas pleuré hum ! oh et puis merde...). Encore une fois ça fout une claque, on est étourdi pendant dix minutes et après on a envie de la rendre cette baffe. On est des millions à vouloir tarter cette saloperie de libéralisme.

Justement, y aurait pas un mouvement social en ce moment ?

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