Des journées d’été d’EELV : un espoir qui fait vivre ?

Le 25 août s’ouvraient les trentièmes journées d’été d’Europe Ecologie Les Verts à Lorient. Trois jours placés par plusieurs membres du parti sous le signe de « l’espoir » : celui d’une réussite aux échéances électorales de 2017 et d’une réponse efficace au défi du changement climatique.

Façade du Palais des Congrès de Lorient. © Guillaume Krempp Façade du Palais des Congrès de Lorient. © Guillaume Krempp

« On vient aussi pour se remonter le moral ! ». Voilà comment certains expliquent leur présence à Lorient pour les journées d’été d’Europe Ecologie Les Verts (EELV). En effet, en cette fin d’août caniculaire, on ne se présente pas dans un palais des congrès mal aéré uniquement pour débattre de monnaie locale, de l’accueil des réfugiés ou du revenu de base.

Du 25 au 27 août, la trentième édition de ces journées, fréquentées par plus d’un millier de personnes, a débuté sur la nécessité pour les écologistes de « garder espoir ». David Cormand, en plénière d’ouverture, soutient ce besoin du combat écologiste : « car la peur sans l’espoir, c’est le renoncement » affirme le secrétaire national du parti.

Ces paroles sont loin d’être anodines après une année politique faite de querelles intestines et le sérieux revers constitué par les élections régionales de 2015. Les militant-e-s, membres d’associations et adhérent-e-s du parti ont cette année un grand besoin d’être rassuré-e-s. Ils-Elles en viennent parfois même à régler leurs comptes avec leurs élu-e-s : « Tout sauf ça ! » s’exclamera une militante à la fin du bilan annuel des sénateurs et sénatrices. Esther Ben Bassa, sénatrice du Val-de-Marne, accuse alors « ceux qui ont quitté le parti et ainsi causé des tribulations douloureuses desquelles nous ne sommes pas sortis indemnes ».

Lors du bilan des sénatrices et sénateurs écologistes. De gauche à droite : André Gattolin, Corinne Bouchoux, Jean Desessard et Esther Benbassa. © Guillaume Krempp Lors du bilan des sénatrices et sénateurs écologistes. De gauche à droite : André Gattolin, Corinne Bouchoux, Jean Desessard et Esther Benbassa. © Guillaume Krempp

« De bons amis »

Au-delà des polémiques, ces « trois jours de stage intensif », comme le décrit Marine Tondellier, élue municipale EELV à Henin-Beaumont, sont l’occasion d’un échange bénéfique entre les divers acteurs et actrices de la mouvance écologiste. « Militant-e-s, adhérent-e-s ou élu-es EELV, nous sommes ici tous de bons amis » affirme Rosalie Salaun, récemment inscrite dans la commission féministe du parti. Et d’ajouter, comme pour prouver le bienfondé de son propos : « Tu vois là à côté de toi, un ancien candidat à la présidentielle, ou derrière, Eric Piolle, le maire de Grenoble. On peut aller parler avec n’importe lequel sans gêne et en se tutoyant ».

Cette proximité fait partie de l’identité même d’EELV. Lorsque la sénatrice du Maine-et-Loire Corinne Bouchoux témoigne de la parité au sein des Conseils départementaux, elle finit par promettre à Rosalie Salaun son soutien pour des ateliers sur le féminisme au courant de l’année.

Lors d’un atelier sur la parité au sein des conseils départementaux. Témoignage de Corinne Bouchoux (à droite), sénatrice du Maine-et-Loire. © Guillaume Krempp Lors d’un atelier sur la parité au sein des conseils départementaux. Témoignage de Corinne Bouchoux (à droite), sénatrice du Maine-et-Loire. © Guillaume Krempp

De même Michèle Bonneton, députée de l’Isère, s’est penchée sur la question de la publicité dans les programmes de jeunesse avec l’association Résistance à l’Agression Publicitaire (RAP). L’élue affirme l’importance de ces contacts avec la base militante qui « joue un véritable rôle de lanceur d’alerte » sur certains sujets, comme l’affichage publicitaire illégal en zone urbaine. « J’ai des permanences une fois par mois. Les gens savent qu’ils peuvent toujours entrer en contact avec moi par téléphone ou lors des six réunions publiques annuelles que j’organise » ajoute la députée avant de rejoindre Marion Giraud, chargée de mission Enfance et Publicité chez RAP.

Lors d’un atelier sur la publicité et l’espace public. Au premier plan, Michèle Bonneton, députée de l’Isère. En arrière-plan, André Gattolin et Marion Giraud, chargée de mission Enfance et Publicité pour l’association Résistance à l’Agression Publicitaire (RAP) © Guillaume Krempp Lors d’un atelier sur la publicité et l’espace public. Au premier plan, Michèle Bonneton, députée de l’Isère. En arrière-plan, André Gattolin et Marion Giraud, chargée de mission Enfance et Publicité pour l’association Résistance à l’Agression Publicitaire (RAP) © Guillaume Krempp

Cette dernière, militante de longue date dans la sensibilisation aux effets néfastes de la publicité, se félicite de la présence de son association aux journées d’été : « Certain-e-s élu-e-s, notamment municipaux, ont pris nos coordonnées et savent maintenant à qui s’adresser s’ils font face à une problématique liée à la pub. Une élue d’Aix-en-Provence souhaite même organiser une conférence autour de ces questions ».

« Faire barrage au Front National »

Travailler au plus proche des citoyens ne se limite pas à un rapport décontracté aux militant-e-s ou aux membres d’EELV car « la disponibilité, c’est le seul moyen de faire barrage au Front National ! » affirme Michèle Bonneton.  Une logique appliquée notamment par Marine Tondelier à Henin-Beaumont, qui raconte l’échange politique quotidien qu’elle tente de mettre en place avec les habitants de sa commune : « Au marché par exemple, je me retrouve régulièrement prise à partie. Prendre le temps de calmer la personne et de boire un café au PMU du coin est à la fois intéressant pour nous mais pour un électeur ou une électrice conservatrice, voire d’extrême-droite aussi. »

Lors d’un atelier organisé par la fondation Heinrich-Böll sur les réponses à mettre en place face aux stratégies de l’extrême-droite en Europe. A gauche, Marine Tondelier, élue à Henin-Beaumont et à droite, Julian Schmid, député vert autrichien. © Guillaume Krempp Lors d’un atelier organisé par la fondation Heinrich-Böll sur les réponses à mettre en place face aux stratégies de l’extrême-droite en Europe. A gauche, Marine Tondelier, élue à Henin-Beaumont et à droite, Julian Schmid, député vert autrichien. © Guillaume Krempp

A ce sujet, Julian Schmid, jeune élu écologiste du parlement autrichien, abonde dans le même sens : « C’est un travail harassant certes, mais absolument nécessaire. Il faut montrer à l’électorat que les partis xénophobes ne représentent pas réellement leurs intérêts. A Vienne, nous avons mis en place un discours qui brise le monopole de l’extrême-droite sur le Heimat (là où l’on est chez-soi) pour le reformuler sans la haine de l’étranger ». Au parlement autrichien, le parti écologiste Die Grünen dispose de 24 sièges au Conseil National (Chambre basse). Avec 12,3% de voix aux législatives de 2013, il est le deuxième parti d’opposition.

Ce travail de terrain pourrait être tout aussi crucial dans le cadre d’une politique d’asile plus ouverte à l’accueil des réfugiés, l’autre thème récurrent de ces journées d’été. L’eurodéputée Eva Joly, au cours d’une plénière autour du Brexit et du futur de l’Europe, invoque la morale et l’empathie pour mettre en place des mesures pro-réfugié-e-s. Une argumentation insuffisante si l’on prête attention aux propos de François Gemenne lors d’un atelier de réflexion : « Une partie de la population se raccroche à la frontière comme une protection, un dernier rempart contre les conséquences négatives de la mondialisation. Entre une élite aux rêves internationaux et une population économiquement défavorisée, une véritable fracture est née. Il s’agit donc de trouver une solution qui puisse permettre l’accueil des réfugié-es tout en donnant des garanties aux délaissé-e-s de la mondialisation ».

Trouver un équilibre entre ouverture aux réfugié-e-s et protection des défavorisé-e-s nationaux, entre mesures environnementales et politiques pour lancer une alternative économique... Autant de défis colossaux alors que les scores électoraux du parti sont en chute libre avec 6,63% des votes aux élections régionales de 2015 contre 12,18% aux élections régionales en 2010. Une situation si complexe et défavorable qu’elle rappelle les mots du rappeur Youssoupha dans "Espérance de vie" :

« J'sais si l’espoir fait vivre, mais moi il m'empêche de mourir ».

 

De même pour EELV?

 

 

 

 

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