USA- FIFA, 3-0, vainqueur par forfait. Mais au fait, entre les deux, qui arrose qui, et combien ?

USA- FIFA, 3-0, vainqueur par forfait. Mais au fait, entre les deux, qui arrose qui, et combien ?

 C’est fait, les Usa ont eu la peau de Blatti, après 17 ans de règne.

Le système Blatter a fonctionné longtemps, il a consisté à arroser de fric un peu tout le monde et de ne léser personne, système qui fait que pendant toutes ces années, il n’y a eu aucune plainte ni  aucune plaignant contre la FIFA.

La justice américaine nous parle de 150 millions de dollars de pots de vin, sur près de 25 ans. Sans aller jusqu'à  dire que c’est des peanuts, on parle de 6 millions de dollars annuellement  qu’auraient détourné les 14 inculpés par la justice américaine soit par personne environ 430'000 dollars chaque année au prorata. 6 millions de dollars, c’est par exemple dans cet univers du fric du football le salaire annuel d’Arsène Wenger, entraîneur du club anglais d’Arsenal, sans entrer dans les chiffres faramineux des transferts et des salaires des joueurs.

Ce qui laisse « espérer » que ces 150 millions sur 25 ans ne sont que la pointe de l’iceberg dans cet univers où les sommes en jeu sont devenues astronomiques.

 Blatter, si puissant et se prenant pour un chef d’Etat, s’est senti au-dessus des lois, comme ça arrive souvent à des hommes de très grand pouvoir, dans la politique ou dans l’économie. Quelles sont les entreprises du SMI ou du CAC 40 qui n’ont jamais accordé de faveurs sur la planète pour parvenir à leur fin, la signature d’un contrat ? En tout cas, les cas avérés de bakchich des grandes compagnies ne font pas la une des journaux.

La FIFA est surmédiatisée, tout le monde le sait depuis longtemps, en plus Blatter savait que les anglosaxons cherchaient à l’abattre depuis des années. Il se devait d’être totalement irréprochable, à tous les niveaux, de garder le contrôle, de mettre des gardes fous pour rendre impossible tout acte répréhensible par la loi, il a failli, c’est là sa grande erreur. Si il voulait arroser de poignon qui il voulait de ses collaborateurs, il pouvait le faire dans la plus stricte légalité, sous forme de très hauts salaires, comme le font les capitaines d’industrie autour du globe.

 Peut-être que Blatter avait oublié qu’en matière d’arrosage de poignon il avait affaire avec les Etats Unis à un champion du monde toute catégorie et que le jour du combat, il aurait que très peu de chance. L’arrosage de dollars est en effet une pratique largement utilisée depuis longtemps par l’administration américaine sur la quasi totalité ou disons la grande majorité des pays de la planète.

Pour distribuer leurs « aides », les USA recourent notamment à deux organismes, l’un militaire, « The United States military aid », et l’autre à connotation humanitaire, « USAID », bien connu pour ces grands logos à la bannière étoilée imprimés sur les sacs de céréales distribués ci et là autour de la planète par l’aide américaine.

 Evidemment, cet arrosage de dollars est des plus légaux, contrairement aux pots de vins de la Fifa… Historiquement, les « aides » militaires américaines se sont  développées dès la fin de la deuxième guerre mondiale à grande échelle, pour toucher plus de 150 pays actuellement. Elles sont principalement accordées en échange d’acquisition de matériel militaire, d’activités de conseil ou de formation militaire ou de toute autre faveur, avec comme contrepartie une collaboration avec l’Oncle Sam et/ou la « protection » américaine.Quant à USAID, cet organisme existe depuis les années 60 mais a été fortement réactivé par Bush ll dans ses grands élans géostratégiques sur le continent africain, sur fond de « War on Terror »..

 Les pays qui occupent les premières places des plus arrosés de dollars américains dessinent la carte géostratégique américaine. Commençons par les aides militaires. Sur les 6 milliards de dollars distribués chaque année par l’Oncle Sam, plus des 80%, soit environ 5 milliards sont largués sur le Moyen Orient ce qui contribue en partie à faire de cette région de la planète la plus grande concentration en armement. Israel vient en première position avec plus de 3 milliards de dollars, suivi par l’Egypte et son maréchal Sissi (qui peut dormir tranquille) avec plus de 1,3 milliards. Viennent ensuite la Jordanie  avec 300 millions, le Pakistan avec 280 millions, l’Iraq 250 millions, le Liban 80 millions, la Tunise et le Yemen 25 millions chacun, le Bahrain 7,5 millions etc… En Amérique du Sud, c’est la diète pour tous les gouvernements qui ont penché à gauche, la Colombie rafle la mise avec plus de 40 millions auxquels il faut ajouter dans le cas colombien de centaines de millions reçus en sus pour la « War on Drugs », une autre manne intarissable de dollars.

 Concernant l’ »aide humanitaire » distribuée par l’organisme USAID, le montant total annuel avoisine les 6 milliards de dollars, soit la moitié de l’aide militaire. Mais il y a un petit hic, cet organisme est souvent accusé de n’être que le bras humanitaire des appétits stratégiques américains, en fait un complément aux campagnes militaires américaines. USAID est notamment interdit en Bolivie et en Russie, Assiocated Press avait même parlé d’une tentative d’USAID pour renverser le régime cubain entre 2009 et 201, de plus, selon l’ONG Les Amis de la Terre, les autorités américaines utiliseraient « la faim à des fins commerciales et politiques, au bénéfice des grosses industries agroalimentaires », notamment par le biais de l’USAID pour livrer du « maïs transgénique dans les pays d’Afrique australe »… tout un programme.

 Quant aux destinataires des dollars ou des sacs de céréales largués par USAID, ils reflètent également passablement… la géostratégie américaine.

Sur les 6 milliards distribués en 2012 , le premier pays bénéficiaire est le pays bombardé par l’armée américaine depuis 14 ans, l’Afghanistan. Le deuxième  est un pays visé régulièrement par les drones américains avec près d’un milliard attribué annuellement, le Pakistan. Le troisième bénéficiaire est la Jordanie, à nouveau très bien classé dans ce classement « humanitaire » avec près de 500 millions de $. L’Ethiopie et le Kenya occupent  la 4 et 6e place avec respectivement 450 millions et 310 millions, deux pays oeuvrant en sous main américaine pour mater les islamistes de Somalie dans une guerre sans fin. Quant à la 5e place, ce n’est autre que Haiti, la chasse gardée américaine des caraïbes qui ne veulent pas  lâcher avec le risque de voir ce pays virer à gauche, comme ses voisins d’Amérique du Sud. Puis suivent l’Iraq, avec 280 millions, suivi de 4 pays africains, du Congo, de l’Ouganda, de la Tanzanie et de la Somalie, chacun avec environ 200 millions de dollars annuels, le même montant que la Palestine qui arrive en douzième position. Suivent le Ghana, le Bangladesh, la Colombie, le Yemen, le Liberia et le Mozambique. (Chiffres 2012 de USAID)

 

Beaucoup de chiffres donc, de très gros chiffres, qui, sans vouloir minimiser une seconde les faits reprochés à la FIFA, me fait dire que Blatter restera, même avec de nouvelles révélations, qu’un tout petit joueur dans le bal mondial des arroseurs de poignon , mais dans tous les cas, à l’heure actuelle, c’est son visage de filou haut valaisan qui vient à la tête de centaines de millions de gens lorsque le mot corruption est évoqué ou imagé.

L’a-t-il vraiment mérité, telle est la question ?

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.