Carnet de guerre du Yemen (4) : François d’Arabie.

Carnet de guerre du Yemen (4) : François d’Arabie.

 Quelle aubaine pour l’Arabie Saoudite que la diplomatie française ait accepté l’offre exceptionnelle faite à François d’Arabie, pour que pour la première fois, un chef d’Etat occidental puisse assister à un sommet des monarchies du golfe qui se réunit sous l’égide du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) regroupant outre l’Arabie Saoudite, les Emirats, Bahrein, Qatar, le Koweit et Oman. CCG en pleine guerre contre le Yemen, mis à part Oman qui a eu la sagesse de ne pas participer à cette agression dont les effets sont plus que dramatiques pour l’ensemble des 28 millions de yéménites. 

 C’est donc par cette visite un véritable blanc-seing que donne François d’Arabie à ses amis saoudiens pour une guerre illégale non soumise à une résolution de l’ONU, une espèce de légitimation occidentale. Si la France s’était autorisée en Libye à outrepasser une résolution onusienne pour au final renverser et tuer Khadafi, elle soutient maintenant ouvertement ses amis du Golfe pour leurs interventions armées au dessus des règles du droit international. Non seulement elle les soutient politiquement mais elle les  arme, la France vient en effet de signer  avec deux pays de la coalition en guerre contre le Yemen des contrats de ventes juteux pour ses fameux rafales, à l’Egypte et au Qatar.

 C’est donc avec plusieurs casquettes que Hollande se trouve à Riyad, évidemment celle du représentant de commerce, prêt à dealer une ou deux douzaines de rafales par ci, et pourquoi pas une centrale nucléaire par là. Hollande semble clairement avoir choisi la même voie que les Rumsfeld et Cheney de l’époque qui voyaient dans l’industrie de l’armement le meilleur  et le plus sûr moyen de faire marcher l’économie américaine. La question reste de savoir combien de rafales doit vendre François pour faire baisser la courbe du taux de chômage ?

 François d’Arabie se présente également au CCG sous une autre casquette, une double même, celle du leader européen sur le plan militaire au « détriment » du Royaume Uni, un peu plus discret depuis plusieurs années au moyen orient, et celle du leader européen pour la lutte contre le terrorisme. Une lutte contre le terrorisme international que mène François dans le Sahel et particulièrement au Niger et au Mali, lutte qui coûte des milliards aux contribuables français et lutte également intérieure, en France, contre le terrorisme sur son sol, non moins coûteuse en matière de sécurité et également dangereuse quant à l’abus de privations des libertés comme le fut le triste et célèbre Patriot Act.

Et c’est là que se trouve toute l’aberration de la venue de François d’Arabie à Riyad, comment est-il possible que celui qui se qualifie de chantre de la guerre contre le terrorisme se retrouve être le président d’honneur des bailleurs de fonds des groupes sunnites terroristes, de Aqmi à l’EI qui se répandent peu à peu  ci et là en Europe ?? Inexplicable, impardonnable !

 Lundi soir c’est avec une casquette de clown qu’il rencontrait le président yéménite en exil Hadi, une rencontre qui fait que Monsieur Hollande est le seul chef occidental à  avoir rencontré le président Hadi depuis le début de la guerre du Yemen. Et Monsieur Hadi en a bien besoin de soutien de François d’Arabie. Outre celui de l’Arabie Saoudite, il n’en a pas tellement au pays. Aucune manifestation de soutien au président Hadi depuis le début du conflit, contrairement aux grandes manifestations de Houtis à Sanaa demandant l’arrêt immédiat des bombardements. Les hommes soi disant restés fidèles au président ne contrôlent plus rien dans le pays, beaucoup ont tourné leur veste, aucune demande de yéménites réclame son retour au pays. Depuis son arrivée au pouvoir après le long règne de Saleh, propulsé par la volonté américano-saoudienne, Hadi n’a jamais satisfait les yéménites, il n’a pas de soutien populaire et est considéré comme l’homme de mains des américains. C’est donc bien du grand guignol que d’aller serrer la raquette à un président déchu, exilé, mal aimé par son peuple qui ne veut même pas de son retour. Ou serait ce que de la fine diplomatie de François d’Arabie ?

 

Car c’est également couvert de la "casquette Kissinger", celle du grand diplomate stratège que se présente François au CCG. Ayant déjà été félicité par les monarchies du golfe pour la position de la France envers le nucléaire iranien, la plus intransigeante du groupe des 5 plus un, c’est à une partie d’échec que se livre François d’Arabie qui pour une fois semble avoir un coup d’avance sur son ami et concurrent Obama. Un coup d’avance qui pourrait bien être un coup de retard : il semble que les américains ont déjà compris que sur le long terme, les iraniens sont de loin bien plus fréquentables à tous les points de vue que ce régime saoudien rétrograde à bout de course, un des pires régimes de la Terre pour les libertés individuelles comme pour le droit des femmes, avec chaque semaine son lot de décapitations sur la place publique.

C’est donc au final la casquette de « l’idiot utile » que Francois d’Arabie le grand stratège pourrait porter assez rapidement, la même qu’un sénateur de l’hexagone a voulu faire porter à Snowden qualifié d’ « idiot utile » au service des groupes terroristes. Le monde à l’envers.

Pour notre part, on aurait bien aimé voir François d’Arabie avec encore une autre casquette, une casquette un plus grande, celle de l’humaniste humanitaire, du faiseur de paix, et non du faiseur de guerre.  En relevant un peu la visière, il aurait pu ainsi voir le résultat de plus de deux mois de bombardements sur un pays déjà très très pauvre qui est subitement revenu 50 ans en arrière à tous les niveaux, éducation et système de soins en premier, comme au niveau de toutes les infrastructures totalement détruites. Un pays ruiné au bord du gouffre final dont la majeure partie de ses habitants souffre déjà de malnutrition suite aux bombardements saoudiens comme elle souffre de l’absence de soins élémentaires, une catastrophe humanitaire en cours. Il aurait pu voir et compter les milliers de morts et blessés par cette nouvelle guerre dans une région du monde déjà trop secouée, guerre qui n’a rien solutionné et rien apporté, comme escompté.  

 

Caramba François, encore raté !

 

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