Carnet de guerre du Yemen (2) : l'échec de "la grande coalition sunnite saoudienne".

Carnet de guerre du Yemen (2) : l'échec de "la grande coalition sunnite" saoudienne.

Mohammed ben Salmane al-Saoud en avait rêvé, il l'avait laissé supposé, l'attaque et les bombardements sur le Yemen serait l'affaire d'une coalition arabe sans précédents.Mohamed ben Salmane al Saoud est le tout nouveau et tout jeune ministre des affaires étrangères de l'Arabie Saoudite, c'est lui qui mène les opérations au Yemen. A 35 ans, il a été nommé à ce poste le 15 janvier 2015, sur fond de rivalités dans le royaume, par le tout nouveau roi d'Arabie Saoudite, son père Salmane ben Abdelaziz al-Saoud qui est devenu l'héritier du royaume suite au décès de son demi frère Abdallah en janvier 2015.

Peut être faut il voir en l'inexpérience de ce tout jeune ministre des affaires étrangères la raison de l'échec de former une grande coalition de tous les pays arabes sunnites ou faudrait il plutôt voir dans cet échec un succès de la diplomatie iranienne, sans doute un peu des deux. L'occasion de revenir sur la semaine écoulée et sur le marathon de la diplomatie iranienne, au lendemain des négociations de Lausanne sur le nucléaire, au sujet de  cette nouvelle guerre yéménite.

Lundi c'est monsieur Erdogan qui se rendait à Théhéran, pour parler commerce et surtout conflit yéménite. Premier succès de la semaine, la Turquie ne rejoindra pas la coalition pour frapper le Yemen et s'aligne sur la position iranienne, soit de faire asseoir toutes les parties  à une table de négociations pour régler le conflit pacifiquement, si possible au sultanat d'Oman. Lundi soir c'est Morteza Sarmadi, vice-ministre des Affaires étrangères iranien, qui s'est rendu en Algérie pour parler du conflit yéménite et qui a reçu "un soutien" algérien qui voit d'un mauvais oeil une nouvelle guerre au moyen orient et qui adopte une position de neutralité dans le conflit. Le même Morteza Sarmadi s'est ensuite rendu en Tunisie qui a adopté la même position que l'Algérie, un réglement pacifique, il s'est également rendu en Irak et au Liban, deux pays également réfractaires à une nouvelle guerre dans la région.

Au Pakistan, c'est le chef de la diplomatie iranienne qui s'y est rendu mercredi, monsieur Mohammad Javad Zarif et la douche froide pour l'Arabie Saoudite est tombée hier : le Pakistan, comme l'Algérie, la Tunisie, la Turquie, Oman, l'Irak, le Liban ne participera pas à la grande coalition saoudienne pour frapper le Yemen. Un échec cuisant pour la diplomatie saoudienne qui comptait sur la Turquie et le Pakistan qui détiennent les meilleures armées de la coalition rêvée en vue d'une invasion terrestre du Yemen.

La coalition pour frapper le Yemen reste donc formée de neuf pays arabes auquel il faut ajouter les Etats Unis qui ont en cette deuxième semaine de conflit clairement reconnu qu'ils participaient directement au conflit, au niveau du commandement des frappes aériennes et de la détection des cibles au moyen de drones survolant le Yemen. Alors qu'aucune aide ne pouvait atteindre le Yemen et ses milliers de morts et blessés, les Américains ont eux accéléré leurs livraisons en armement sophistiqué à larguer sur le Yemen dont des missiles à tête chercheuse.

Mais revenons à ces fameux 9 pays de la coalition arabe pour la guerre, on y trouve sans surprises les autres pays de la péninsule arabique, excepté Oman, soit l'Arabie Saoudite comme chef de file, suivie des Emirats Arabes, de Bahrein, du Qatar et du Koweit. A ce groupe de pétro-monarchies soutenues indéfectiblement par les occidentaux, il faut ajouter la participation de 4 autres pays arabes, soit le Maroc, l'Egypte, la Jordanie et le Soudan, quatre pays "aidés" financièrement par l'Arabie Saoudite qui ont des motivations diverses. Mohammed VI voulant gonfler le torse n'apportera qu'un léger soutien, idem pour la Jordanie, un pays habitué à participer aux multiples coalitions guerrières occidentales. Quant au Soudan, c'est un gros gag que Omar el Béchir dont la tête est recherchée par le tribunal international de la Haye, participe de manière symbolique, à une colaition menée par les Etats Unis et l'Arabie Saoudite, c'est le monde à l'envers (Mais que fait George Clooney ?:-)).

Il n'y a donc de cette coalition arabe guère que sur l'Egypte que l'Arabie Saoudite peut compter pour une guerre totale contre le Yemen, d'où la question de savoir jusqu'où ira ce soutien. D'une part l'Egypte est dans une situation instable et d'autre part le Yemen représente un très mauvais souvenir pour l'Egypte qui y avait dépêché plus de 70'000 hommes dans un conflit dans les années 60 et dont pluas de 25'000 soldats y avaient laissé leur vie.

Et les européens dans tout ça ? Très silencieux, peut être déjà résignés à "accueillir" des centaines de milliers de nouveaux réfugiés yéménites, après les réfugiés syriens, irakiens, et afghans. Les médias européens ne font pas "la une" du conflit yéménite, souvent se contentant de le présenter comme un simple conflict par procuration Iran-Arabie Saoudite, souvent en omettant de préciser que la prise du contrôle du Yemen par les Houtis a été possible que grâce à leur alliance avec le fils de l'ex président Saleh sunnite, qui dirige les "forces spéciales" qui lui sont restées fidèles et qui comble de l'histoire, ont été formées par les instructeurs américains dans leur programme de War on Terror et leur lutte contre Al Qaida au Yemen, lui même financé par...l'Arabie Saoudite. Un vrai sac de noeuds. En tout cas, bien plus compliqué qu'une simple guerre chiites contre sunnites, théorie simpliste avancée par les occidentaux, preuve en est la prise de Atak cette semaine par les rebelles sunnites alliés aux Houtis.

Quant aux Russes et aux Chinois, ils penchent sans surprise pour la position iranienne, une solution pacifique et négociée.

C'est donc malgré les apparences trompeuses une Arabie Saoudite quelque peu esseulée , mis à part le soutien américain de taille, qui jour après jour, continue de bombarder son voisin, avec aucun résultat tangible, si ce n'est la poursuite de la destrcution des infrastrcutures d'un des pays les plus pauvres du monde. Les bombardements ne résoudreront rien, comme cette voie belliqueuse prise par un jeune ministre des affaires étrangères voulant faire ses preuves à l'intérieur d'un royaume dictatorial miné par les rivalités internes.

Tout les éléments sont là pour faire de cette guerre du Yemen un "Vietnam saoudien", avec le danger que ce Vietnam se trouve dans ce cas à ses frontières, prêt à mettre le feu à son propre royaume.

Et de rappeler une fois pour toutes : NON  à une nouvelle guerre au Moyen Orient, NON à la guerre du Yemen. 


 

 

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