Carnet de guerre du Yemen (7) : Début de la fin pour les Saouds ?

Déficit budgétaire abyssal, baril à 40 $, achats de matériel de guerre records, coûts des conflits avec des frappes occasionnelles contre l'EI en Syrie et coût des bombardements intensifs et des pertes militaires dans ce qui ressemble de plus en plus à un gigantesque bourbier au Yemen, l'année 2015 est l'année de tous les dangers pour le royaume saoudien.

Le FMI l'a prévenu en juin, le déficit budgétaire du PIB saoudien tiendra du record mondial pour l'année 2015 puisque il s'élévera à pas moins de 20% du PIB, soit 140 milliards de dollars. En effet le PIB saoudien se monte à peu près à la même valeur que le PIB suisse soit environ 700 milliards de dollars.

http://www.romandie.com/…/LArabie-saoudite-va-af…/598867.rom

Calculs du FMI qui n'incluaient pas le coût exhorbitant de l'intervention yéménite, avec en prime destruction de matériel militaire saoudien, on parle de 6 hélicoptères Apache abattus et de nombreux blindés.
Certes diront certains, l'Arabie Saoudite est assise sur une mer de pétrole et détenait plus de 750 milliards de réserves fin 2014. Mais elles ont fondu depuis pour se rapprocher en quelques mois des 600 milliards de dollars, ça va vite

La cause de ce déficit abyssal est bien évidemment le cours du baril pour une économie saoudienne qui repose à 90% sur le pétrole. Mais la stratégie saoudienne de ne pas réduire l'offre pour faire remonter les prix mais de continuer à pomper 10 millions de barils par jour en pariant sur le fait que leurs concurrents américains extracteurs de pétrole de schiste ne pourraient tenir le coup semble avoir été faite un peu à la légère. Les "progrès" ont permis à cette industrie de fracturation de baisse les coûts substantiellement, en attendant l'offre de brut mondiale ne baisse pas.

A lire :
http://www.telegraph.co.uk/…/Saudi-Arabia-may-go-broke-befo…

Au début de l'intervention au Yemen, l'Arabie Saoudite pouvait compter sur un baril qui était remonté aux environs de 60 dollars alors qu'il frôle les 40 dollars actuellement. Le calcul est vite fait, avec 10 millions de barils par jour pompé et mis sur le marché, l'Arabie saoudite a un manque à gagner journalier de 200 millions de $, soit 6 milliards par mois et 72 milliard par année.
Mais un baril à 60$ n'est de loin pas suffisant pour financer le PIB saoudien comme nous l'explique le FMI qui parle de la nécessité pour être équilibré d'un baril à au moins 100 dollars, voir 106 dollars.
Là aussi le calcul est vite fait, le manque journalier pour équilibrer le budget est de 10 millions de barls par jour fois 60 dollars, soit 600 millions de $ chaque jour, 18 milliards par mois et pour toute l'année 216 milliards de dollars !
A supposer que l'offre iranienne vienne encore faire baisse les prix, on verrait les réserves financières saoudiennes fondre complètement. Les agences de notation ont déjà baissé leur note d'évaluation sur le royaume.

Vous ajoutez maintenant à la baisse du prix du baril et au coût des conflits menés par l'Arabie Saoudite, les contrats records d'achats d'armement qui font du royaume le 5è plus gros acheteur mondial de matériel miltaire, vous obtenez un cocktail explosif pour une économie à 90% basée sur le pétrole.

C'est donc sans doute au pire moment de l'histoire du royaume que le nouveau roi d'Arabie Saoudite et son tout jeune ministre des finances inexpérimenté ont choisi pour lancer leur agression sur le Yemen. 
Une agression qui va encore plus plomber les finances du royaume,
une agression illégitime sur le Yemen qui finira tôt ou tard par être condamnée par la communauté internationale, 
une agression qui ne sera jamais pardonnée par les 27 millions de yéménites et qui n'aura que provoqué une dangereuse instabilité aux portes de son royaume.

Si les saoudiens n'ont pas de contrôle sur le prix du baril, ils peuvent arrêter leur guerre à tout moment et c'est dans leur propre interêt de le faire le plus rapidement possible, pour tenter, si c'est pas trop tard, de sauver le pays d'une débâcle économique et de mettre les milliards dépensés à détruire le Yemen dans un réel projet de diversification de leur économie.

Merci pour votre lecture
Non à la guerre du Yemen.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.