Vivre dans ce pays qui ne veut pas de toi

Nos identités sont complexes, insaisissables, elles sont le fruit de tant de facteurs que même les individus sont généralement incapables d'expliquer ou de synthétiser la manière dont ils se conçoivent eux-même. Mais rien ne forge plus qu'un pays, une société, qui par ses institutions, qu'elles soient culturelles, familiales, scolaires, marque plus que tout les personnes qui y évoluent.

C'est pour cela que les individus qui ont eu à quitter la société qui les a vu grandir pour un nouveau pays très différent sont très souvent déconnectés de celui-ci. Pour ma part, je ne me sens pas à ma place là où je vis mais je sais pertinemment que je ne me sentirais plus à ma place là où j'ai grandi : ce sentiment de déconnexion avec la société est partagée par toutes celles et tous ceux qui ont connu le déchirement de la migration. Je ne peux pas dire que je n'ai pas trouvé plus ou moins un espace où je me sens bien dans cette société mais ce sont des milieux qui sont protecteurs dûs à leur opacité et qui tendent à renfermer les individus sur eux-même. 

C'est une réalité dont j'ai pris conscience après ces années en France : quand tu te sens incompris, tu développes des mécanismes et des réflexes qui semblent te protéger du monde extérieur qui peut parfois être violent envers ceux qui ne s'y fondent pas. Bien évident, ces questions ne sont pas propres à celles et ceux qui ont connu la migration et/ou qui rencontrent le racisme, il est commun à toutes les populations marginalisées et je l'ai bien senti dans le vécu que j'ai pu avoir de mon homosexualité. Cette marginalisation est commune à tant de groupes et la manière dont on peut se protéger de la violence de la société est tellement similaire.

Les conclusions que j'ai pu tirer de la violence que j'ai subi en arrivant dans cette nouvelle société, en étant confronté au racisme puis à l'homophobie sont communes à tant de personnes qui m'ont tant appris et qui m'ont donné la force de comprendre cette société et de la combattre. En tant que personnes opprimés, nos vécus et nos combats peuvent être très différents mais ils vont dans le même sens : cette société ne donne pas sa place à tout le monde, il est temps de la détruire pour construire quelque chose de nouveau.

Je ne prétends pas avoir réponse à tout et je sais pertinemment que mon analyse est forcément biaisée par mon propre vécu mais j'aimerais apporter une pierre à l'édifice, rappeler que nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres et que c'est justement en partageant nos différentes expériences de vie et la manière dont l'on peut se sentir marginalisés que l'on sera en capacité de créer ces passerelles nécessaires.



J'ai tenté de synthétiser mon sentiment profond en quelques lignes pour le transmettre à celles et ceux que cela pourrait intéresser, j'espère avoir des retours de votre part.

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