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Billet de blog 18 avr. 2013

Taxer les transactions financières n’a pas d’incidence sur la volatilité des marchés

Gunther Capelle-Blancard
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Presque 80 ans après la proposition de John Maynard Keynes de taxer les transactions à Wall Street, 40 ans après celle de James Tobin de placer quelques grains de sable dans les rouages trop bien huilés de la finance mondiale, l’idée de taxer les transactions financières n’a jamais autant été d’actualité. La France en août 2012, puis l’Italie en mars 2013 ont décidé de taxer les échanges de titres et prochainement, c’est à onze que les pays de la zone euro vont appliquer le projet de taxe de la commission européenne.

Les débats autour la taxe sur les transactions financières (TTF) portent régulièrement sur son incidence sur la volatilité. Les uns espèrent réduire l’instabilité des marchés en décourageant la spéculation, tandis que les autres font régulièrement valoir qu’une telle taxe serait contre-productive car en diminuant la liquidité elle contribuerait à augmenter la volatilité. Qu’en est-il vraiment ? En fait, les études académiques ne supportent ni les premiers, ni les seconds…

Les études menées dans les pays où une TTF existe (ou a existé) révèlent certes un effet négatif sur les volumes de transaction. Mais il apparaît clairement que la taxe est sans conséquence sur la volatilité ; au mieux les effets ne sont pas robustes. Ce résultat vaut aussi pour la taxe introduite le 1er août 2012 en France. Cette TTF de 0,2 % sur les échanges d’actions des entreprises dont le siège social est situé en France et dont la capitalisation boursière dépasse 1 milliard d’euros se prête particulièrement bien à une étude d’impact, dans la mesure où son assiette ainsi que les attributs du marché des actions françaises permettent d’identifier facilement des groupes témoins. Une étude récente menée au Cepii[1], montre que sur les six mois qui ont suivi l’introduction de la TTF, les titres taxés ont certes vu leur volume diminué de 10 % à 20 % par rapport au titres non-taxés (toutes choses égales par ailleurs). En revanche, cette étude ne décèle pas d’effet significatif sur la liquidité du marché (mesurée non pas seulement par les volumes, mais par sa capacité à absorber les chocs), ni sur sa volatilité (mesurée aussi par une large batterie d’indicateurs).

Que la TTF n’ait pas d’effet sur la volatilité est-ce, au fond, si dommageable ? A vrai dire, pas vraiment si l’on considère que l’objectif est principalement budgétaire : dans cette optique mieux vaut, en effet, une taxe non-distorsive avec un coût de collecte particulièrement faible, comme c’est justement le cas de la TTF. Et pour ce qui est de contenir l’instabilité des marchés, mieux vaut donc utiliser l’instrument réglementaire.


[1] Pour plus de détails, voir La Lettre du Cepii n°331, « Taxer les transactions financières n’a pas d’incidence sur la volatilité des marchés », G. Capelle-Blancard & O. Havrylchyk.

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