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Billet de blog 8 juin 2010

…. ET QUE VIVE LA POLITIQUE DE SECTEUR (vive l’accueil)

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Paris le 7 juin 2010

…. ET QUE VIVE LA POLITIQUE DE SECTEUR (vive l’accueil)

Cette phrase présente dans le titre et dans la conclusion de ma dernière lettre dans les contes de la folie ordinaire n'a pas été lue par certains de mes amis parce qu'elle était précédée de l'annonce que le secteur était mort. Ils sont ‘restés sur la première phrase et m'ont donc accusé d'avoir tué le secteur.

Il est vrai qu’autrefois il était courant que celui qui annonçait les mauvaises nouvelles soit aussitôt sacrifié. Cela a failli se dérouler une fois de plus ! Il est vrai, je dois en convenir, que cette annonce est partiellement inexacte. En effet le travail de secteur n'a été réalisé que dans un petit nombre d'équipes sur les 827 secteurs généraux, de même qu'il n'avait été élaboré que par un petit nombre d'hommes et de femmes au lendemain de la guerre, encore marqués par la résistance contre l'occupant. La majorité des autres équipes n'a pas compris le message et n'a pas compris qu'il s'agissait de construire une nouvelle pratique de soin ; ces équipes ont continué à faire un travail centré sur l'hôpital ; elles se sont vues attribuer les titres de ‘soignants de secteur’, et ont cru qu'elles « faisaient du secteur » sans avoir vraiment perçu que la politique de secteur est une hypothèse de soin qui nécessite pour être réalisée que les acteurs en appliquent les ‘fondamentaux’ (continuité de la disponibilité de l'équipe, accessibilité et proximité, contextualité invitant les soignants à s’appuyer sur les liens relationnels de chaque patient), tout en utilisant les outils de la psychothérapie institutionnelle, née en même temps (axés autour du ‘collectif’). Ces acteurs ne l'ont pas su tout simplement parce qu'ils ne se sont pas formés, ne pensant pas que cela était indispensable.

Toutes les équipes ont reçu le titre ‘ de secteur’, mais celles que nous venons d'évoquer, la majorité, ont continué les soins comme lors de la période précédente, la période de l'asile, centrée sur le soin hospitalier tout en se dispersant là en diverses spécialisations rassemblées en intersecteurs.

La France (l'administration, la sécurité sociale, les tutelles) a pensé avoir réalisé la psychiatrie de secteur ; en réalité, d'un côté un savoir-faire minoritaire, de l'autre un faire-semblant majoritaire, se sont développés parallèlement sur l'ensemble du territoire.

Il est donc juste aujourd'hui, constatant que l'administration par différentes mesures (loi hospitalière, discours de Sarkozy, loi HPST, rapport Couty, loi de 2010) a tenu compte de cet état de fait et veut le consolider, il est juste de dire que le projet d'une politique de secteur qui serait présente sur l'ensemble du territoire français, ce projet est mort, parce que la majorité des professionnels n'a pas choisi de le réaliser.

Il est donc vain de chercher des responsables ; par contre il semble pertinent d’un côté de chercher ce qui a manqué aux promoteurs de 1960 pour que toutes les équipes s’approprient ce projet.

Et surtout il nous appartient de faire une analyse attentive de la société dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui, et à partir de là, nous demander comment faire renaître un projet de politique de secteur qui puisse être adopté par tous, en sachant que nous ne partons pas avec les mêmes données qu'en 1960 ; à cette époque l'hypothèse du secteur n'était qu'un discours, aujourd'hui elle a été appliquée et a montré sa pertinence, elle a eu des résultats, ce qui est une avancée remarquable, elle est réalisable, nous l’avons vu.

…. ET QUE VIVE LA POLITIQUE DE SECTEUR !

Nous devrions pouvoir aujourd'hui, tenant les leçons du passé, nous recentrer sur la ‘clinique du secteur’ et nous interroger sur les moyens dont elle a besoin pour se créer et se développer.

Il est certainement indispensable de retrouver les lignes simples de l'hypothèse et d'en esquisser les courbes pour l'avenir, et ne plus se perdre dans l'écheveau des règles souvent contradictoires qui l’ont étouffée depuis 20 ans, et ont participé à sa mort.

Nous reprendrons donc ici notre propos sur l'accueil, tant il nous paraît certain que la qualité de la première rencontre entre une personne qui présente des troubles psychiques sans en avoir conscience et une équipe soignante va marquer la trajectoire de soins et donc la vie de cette personne, mais nous avons appris aussi qu'il est faux de recevoir cette personne seule sans son entourage et en se limitant aux questions psychiques.

Nous avons compris aussi que l'accueil de la personne doit être global et tenir compte de l'ensemble de ses besoins : sociaux, psychiques, physiques, et relationnels avant que de se lancer dans le seul examen de ses difficultés psychiques.

Ensuite l'accueil ne peut se construire que si chacun des acteurs est persuadé que les troubles psychiques graves se déroulent sur une longue durée, voire toute une vie, et que la question première est de pouvoir rencontrer cette personne et simultanément d'anticiper, c'est-à-dire en même temps que nous construisons un climat de confiance avec elle, nous préparer à l'accueillir à nouveau lors des différentes éventualités qui peuvent émailler la suite de sa vie, donc préparer l’équipe à cela.

Nous reprendrons, si vous le voulez, un certain nombre de questions, en prenant quelque distance avec la violence des menaces conjoncturelles évoquées depuis un an et demi.

Il serait intéressant de continuer ces réflexions en s'appuyant sur les questions que les lecteurs de ce blog ont envie de poser et de travailler. Pour ce faire nous ne continuerons ce blog qu'à la fin de ce mois.

(A suivre donc avec vous…) Guy Baillon, psychiatre des hôptaux

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