Actualité de l'Accueil

Paris CE 15 mars 2010

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Evoquons aujourd’hui le premier ‘accueil’ que la France ait construit ‘pour la folie’ : autour de la proposition d’une nouvelle « pratique » pour l’ensemble du pays : La proposition d’une psychiatrie qui ne serait plus un enfermement, mais une psychiatrie qui accueillerait.

La circulaire adressée aux Préfets le 15 mars 1960 invitait ces derniers à faciliter la réalisation d’une psychiatrie nouvelle qui quitterait les hôpitaux et se déploierait dans le tissu des Cités.

Faisons une pose dans l’éclairage clinique du travail d’accueil pour permettre à chacun de revivre un peu de ce qui s’est passé à cette époque.

Fêtons les 50 ans de la psychiatrie de secteur. Fêtons le chemin parcouru en 50 ans

Entre le 15 mars 1960 et le 15 mars 2010

Nous renvoyons aussi le lecteur aux textes paraissant ce jour dans « les contes de la folie ordinaire » de Médiapart

Profitons certes de l’occasion pour dresser un double bilan de ces 50 ans : sur

-tout ce qui a été fait pour l’appliquer (y compris le film actuel tout simple sur Valvert)

-tous les obstacles qui ont été dressés plus ou moins volontairement pour lui barrer la route.

Mais surtout que ce soit l’occasion de retrouver des souvenirs qui peuvent faire connaître ce qui s’est passé pendant et juste après la guerre, les initiatives qui ici et là comme à St Alban et ailleurs de façon plus modeste, ont permis l’émergence de ce qu’allait proposer la politique de secteur, les récits, les films, les photos, les témoignages, …

Les psychiatres étaient peu nombreux dans le service public, entre 400 et 800, le pari était de les faire passer à 4000. Le pari fut tenu. Les infirmiers psychiatriques avaient une formation très modeste en cours d’engagement professionnel, le pari était de former les équipes en soulignant que les rapports hiérarchiques dans les équipes étaient clairement ‘anti-thérapeutiques’. Le pari qu’il fallait trouver de nouveaux ressorts pour la formation fut tenu par les CEMEA (Centre d’Entrainement aux Méthodes d’Education Active) qui avec les Le Guillant ont joué un rôle tout à fait déterminant et stimulant pendant plus de 20 ans.

Ces deux dynamiques ont transformé le dogme antérieur d’une psychiatrie d’enfermement et de séparation, en méthodes d’accueil et de soins collectifs qui allaient permettre à la Psychothérapie Institutionnelle (la P.I.) de préparer les équipes à la pratique de la psychiatrie de secteur. La P.I. allait faire de « l’accueil » une des notions fortes de sa pratique quotidienne. Il ne faut pas mésestimer l’effort fait par cette génération entre 1960 et 1980 d’avoir donc su inventer une tout autre pratique, celle du lien avec l’environnement relationnel, alors que depuis des générations tout le soin n’était bâti que sur séparation et enfermement. La lutte contre la contention existait aussi déjà, ayant commencé avant l’arrivée des neuroleptiques.

Tout cet effort de mémoire sera très utile aujourd’hui car il semble que pour toute une suite de raisons on ait oublié, par exemple, que les réunions sont le ciment du travail de toute équipe de soins, on ait oublié que le travail de groupe est la base du soin psychique des troubles psychiques graves, que le service public est d’abord l’écoute de l’autre, en respectant le maintien de ses liens, et en travaillant dans la Cité sur ses liens.

Le hasard veut que cette semaine plusieurs d’entre nous ont la joie d’aborder cette question de l’accueil, au centre de la psychiatrie de secteur, à la demande soit de l’UNAFAM et des usagers, soit des psychiatres et leur équipe, dans plusieurs villes : Châteauroux, Orléans, Gap, Quimper et Caen dans le cadre de la Semaine d’Information sur la Santé Mentale, comme partout en France.

Tentons en retour de nous transmettre nos impressions de ‘campagne’ « sur la vitalité de la psychiatrie de secteur et son accueil ». (à suivre)

Docteur Guy Baillon

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