A Paris une descente d’inspecteurs de la DASS viole l’espace d’un GEM et annonce ainsi un deuil pour la psychiatrie.

Paris le 19 avril 2010

A Paris une descente d’inspecteursde la DASS viole l’espace d’un GEM et annonce ainsi un deuil pour lapsychiatrie.

Les Groupes d’Entraide Mutuelle, ce ‘diamant’ de la loi surl’Egalité des Chances, courent un nouveau danger, après leur budget, c’est lesens même des GEM qui est compromis.

Jusqu’où va aller l’Etat ? Avant même la loi surl’obligation de soins à domicile qui va rompre l’intimité des personnes, desinspecteurs s’inspirent dès maintenant de son esprit et s’octroient le droit devioler ce dernier espace où des personnes vulnérables avaient la certitude depouvoir se rassembler en petits groupes, sans être sous la tutelle ni dessoignants, ni des acteurs sociaux.

La semaine dernière ‘quatre’ inspecteurs de la DASS de Parisont ‘déboulé’ à l’improviste dans un GEM et, certes après s’être présentésofficiellement (noms, grades, fonctions), ont ‘interrogé’ deux jours desuite les 6 à 8 personnes présentes, de simples usagers de lapsychiatrie !

Il me paraîtimpossible de penser que ces fonctionnaires savaient ce qu’ils faisaient !et qu’ils violaient ainsi un des derniers lieux d’accueil créé en France (aout2005), plus sacré qu’un asile politique, un lieu où il est encore licite d’êtrefou sans que personne n’ait rien à en dire, et où l’on peut s’entraider entoute quiétude sans avoir à en rendre compte.

Ces inspecteurs ne peuvent avoir été amenés à commettrepareil délit (sur le plan éthique au moins c’est un délit, sur le plan d’uneassociation 1901 aussi) que sous l’effet d’une très grave« dénonciation ». Un tel fait est assez grave pour que la presse s’ensaisisse. Violation de l’intimité de ce lieu d’accueil que sont les GEM.

Il vient briser un grand projet créé par la FNAPSY et l’UNAFAM : ce projet se voulaitselon ces grandes associations nationales des familles et des usagers comme unlieu d’accueil où osent venir directement des personnes vivant de grandessouffrances psychiques, mais dont certaines refusent d’aller dans un lieu desoin de peur d’être étiquetées malade mental ou en situation de handicappsychique ; le simple ‘bouche à oreille’ devait suffire pour que despersonnes isolées osent sortir de leur isolement et trouvent là un appui etplus tard peut-être un accès à des soins. 343 GEM ouverts en 4 ans ! Unsuccès !

Ce n’est pas un hasard si le GEM ‘visité’ est sous laresponsabilité d’une association que préside la Présidente de la FNAPSY que despersonnes du Ministère de la Santé veulent clairement écarter de la scènepolitique depuis deux mois. Ainsi sur la simple dénonciation d’un acteurmalveillant s’appuyant sur des complicités, ce projet pour lequel la Présidentede la FNAPSY s’est battue depuis 2005 aux côtés de l’UNAFAM et de la CroixMarine est en voie d’être brisé, si la base, les usagers et la psychiatrie nese révoltent pas.

De façon clairel’Etat veut reprendre en mains les usagers de la Santé Mentale. LaPrésidente de la Fédération des associations d’usagers la plus importante porteombrage au Ministère, il suffit à celui-ci de faire ‘interroger’ les membres duGEM qu’elle préside pour penser obtenir d’eux des aveux d’actes inadmissibles,qui ne seront que ‘des actes d’entraide mutuelle’ !

Nous donnerons demain dans Médiapart (contes de la folieordinaire) des détails sur cette ‘descente’, et sur la gravité de sesconséquences pour l’avenir des ‘usagers’ et de la psychiatrie française, enespérant que la grande presse s’en saisisse.

GuyBaillon, psychiatre des hôpi

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.