01 La place du travail (histoire) par D. Méda/Roosevelt 2012 © Guy Baudon
Dominique Méda, membre du Collectif Roosevelt 2012 et professeure de sociologie à l'Université Paris Dauphine à donné une conférence intitulée : "Négocier un autre partage du travail. Utopie ou solution au chômage de masse"  à la librairie Résistances à Paris, dans le XVIIème arrondissement. Cette rencontre fut organisée par  un des groupes parisiens Roosevelt 2012.

Dominique Méda commence par un nécessaire rappel historique sur la place du travail  en Grèce. Ce qui unit une société ne se réduit pas à l’échange économique, à la production de biens et de services. En Grèce, ce n’était pas ce qui était favorisé (alors que pour nous c’est le cas !). Ce qui était valorisé, c’était l’implication de chaque citoyen dans la vie politique, familiale, associative…dans la délibération citoyenne sur les conditions de vie communes. 

La valeur travail. Qu’est-ce qu’elle représente aux yeux des français ? Pourquoi être attaché au travail ? Ambivalence du rapport au travail : aspects négatifs et positifs. Les femmes et les jeunes aujourd’hui, porteurs d’une nouvelle éthique du travail.

02 la valeur travail par D.Méla/Roosevelt 2012 © Guy Baudon

 

 Le partage du travail aujourd’hui. Quid de la fameuse croissance et du PIB comme indicateur absolu? Le partage du travail existe mais il est  subi, sauvage… Peut-il être discuté, organisé ? Faut-il plus de croissance pour partager ? Y a-t-l un lien entre croissance et emploi ? Et si ce n’était pas forcément bon que la croissance revienne ? Interrogation sur le PIB comme indicateur de richesses : il ne prend en compte que les activités de productions rémunérées, il ne tient pas compte des inégalités de la population, la comptabilité n’est pas patrimoniale (destruction par ex. du capital qu’est la nature, l’environnement, mais aussi l’humain : le salarié pressuré !) (« Le PIB est un indicateur pervers qui nous mène droit dans le mur » Joseph Stiglitz). Il faut donc mettre en place d’autres indicateurs que La Croissance !

003 La croissance, par D Méda/Roosevelt2012 © Guy Baudon

 

 Quels indicateurs ?Des indicateurs braqués sur ce qui compte pour les gens  et qui prennent en compte :

1) Ne pas détruire ce qui nous fait exister et donc surveiller l’évolution du patrimoine naturel (l’air, l’eau, le climat…) ;

2) Conserver une société bien liée (problèmes d’inégalité, accès à l’emploi…)

Il faut donc oublier cette Croissance dont on nous parle tous les jours, et la repenser autrement. Par ex. en prenant en compte de l’amélioration thermique des bâtiments, le développement de transports en commun… Ce qui veut dire conversion écologique, synonyme de créations d’emplois.

004 Quels indicateurs autres que la croissance? par D Méda/Roosevelt2012 © Guy Baudon

 

Retour sur les 35 heures. Des lois Robien aux deux lois Aubry. La France serait devenue paresseuse ! Tous les grands pays, depuis 60 ans, ont réduit leur temps de travail, mais selon des modalités différentes. Aux Pays Bas, 47% des gens travaillent à temps partiels choisis ou subis. La France en a beaucoup moins, car on a réduit la norme de travail à temps complet en passant de 39h à 35h. Cà a permis de déprécariser des temps partiels, et donc c’était plus égalitaire, à la différence de l’Allemagne où l’écart va de 70h à quelques heures par semaine !

Malheureusement cette réduction du temps de travail a été arrêtée de deux façons. Il y a eu la loi Aubry 1 : les entreprises étaient aidées pour réduire le temps de travail (des ouvriers, pas des machines), à décompte du temps de travail identique (ne pas sucrer des pauses) avec obligation de créer des emplois (pour avoir la subvention de l’Etat). Dans la loi Aubry 2, on n’a pas été obligé d’avoir un décompte identique (donc pas vraiment de réduction), ni obligation de créations d’emplois. D’où arrivée de la flexibilité, annualisation du temps de travail, conditions plus mauvaises pour les salariés.

Aujourd’hui, 10,6% de la population active est au chômage ; en 1997 (Loi Aubry 1) on était à 10,8%. En 2001,  on arrive entre 350 et 400000 créations d’emplois liés à la croissance, coup de fouet à la négociation du temps de travail, mais on n’a pas su mettre en place une mécanique prenant en compte les économies faites par les budgets sociaux (indemnisation chômage, réduction des cotisations sociales…). Puis il y a eu le problème de la RTT à l’hôpital par manque de créations d’emplois.
Il n’y a pas eu un vrai bilan de tout cela.
Il faut remettre cette question sur la table, faire un bilan serein et montrer qu’on peut aller plus loin. Il faudrait un « choc du partage » en allant plus loin que les 35h et en prenant en compte la question de l’ingénierie/mécanique des budgets sociaux dont on a parlé, la question de la  formation des chômeurs au moment où on réduit le temps de travail des autres, la question de la participation des revenus du capital… Questions éminemment politiques !

Si on ne fait pas cela, risque de spirale extrêmement grave  (on sait comment le chômage attaque le moral des personnes)

005 Le partage du travail © Guy Baudon

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.