Diagnostic et Solutions pour Agir, par Pierre Larrouturou

Pierre Larrouturou explique, précise et actualise le diagnostic et les solutions pour agir face à la crise que nous traversons.

Vous trouverez l’ensemble de son intervention  à l’Ecole des Mines (Paris) le samedi 28 septembre 2013, auprès des membres du Collectif Roosevelt. Pour faciliter l’écoute, j’ai découpé son intervention en 4 séquences correspondant aux 4 vidéos.

L'ensemble de l'intervention (ensemble des vidéos) dure 1h30. Cà vaut vraiment le coup d'y consacrer du temps pour comprendre et agir.

 

 CROIRE EN LA CROISSANCE ?

Du fait de la natalité et de la retraite plus tardive, le nombre de gens qui veulent travailler augmentera jusqu’en 2050. Si on veut que chacun travaille, et donc faire baisser le chômage, il faut une croissance de 2,5% de croissance annuelle.
Or çà fait 30 ans qu’on n’a pas cette croissance. Le scénario le plus optimiste pour la zone euro est un scénario à la japonaise alors que le Japon a un croissance moyenne de 0,7%

S’ajoute à cela deux bombes dans l’économie mondiale : la dette aux Etats Unis et l’instabilité de la Chine

Aux questions économiques, il faut faire le lien avec les questions climatiques.

01 Croire en la croissance ? par P Larrouturou pour Roosevelt 2012 © Guy Baudon

 

POSER LE BON DIAGNOSTIC

Aux USA, pendant 30 ans, il y a eu des règles sociales.C’est avec l’arrivée de Reagan en 81 que tout change.

Au début des années 80, 67% du PIB allaient aux salaires et cotisations (retraite, sécu…) Ce n’est plus que 57% quand la crise éclate. Changement considérable qui profite aux actionnaires. En 30 ans, c’est 150% du PIB qui auraient dû aller aux salariés, aux caisses de retraites, de sécu et qui sont parties vers les marchés financiers (à 0,2% de la population mondiale !!). Le Figaro économique : « la fortune cumulée des 0,2% les plus riches est de 39000 milliards de dollars » !

La crise que l’on vit n’est pas que financière, c’est aussi le résultat de 30 ans d’une crise sociale. Le chômage est la conséquence la plus visible de la crise mais il est aussi la cause fondamentale. On ne peut donc pas dire : réglons d’abord la crise financière et on s’occupera ensuite du chômage. Il faut s’attaquer un même temps aux deux problèmes.

Roosevelt : déclaration de Philadelphie à la fin de la guerre : priorité à la justice sociale, le travail n’est pas une marchandise, la pauvreté où qu’elle existe constitue un danger pour la prospérité de tous.

02 Poser le bon diagnostic, par P Larrouturou pour Roosevelt 2012 © Guy Baudon

 

 QUELLES SOLUTIONS ?

Créé en 2012,  le collectif Roosevelt  fait 15 propositions de solutions. Il n’y a pas de fatalité !

1-    Si pour sauver les banques on a mis plus de mille milliards au taux de 0,01% aux Etats Unis et  en Europe la même chose au taux de 1%, pourquoi demander à l’Espagne ou l’Italie des taux à 6% pour leurs universités ou leurs retraites ? En France on peut financer la dette publique à 1%. Par décret la Banque centrale européenne (BCE) peut prêter à la Banque Européenne d’Investissement, laquelle va prêter à la France ou à l’Italie au taux de 1% pour la vieille dette (qui est 80% du problème).

2-    Séparer les banques de dépôts des banques d’affaires. La loi qu’on a faite en France est nulle, mis à part un petit progrès sur la transparence des paradis fiscaux. Quand les banques gagnent 10 milliards, c’est pour les traders et les actionnaires. Si elles perdent 10 milliards elles viennent voir le gouvernement en disant : vous ne pouvez pas nous laisser faire faillite donc vous devez nous aider. C’est anormal qu’elles aient la garantie de l’Etat. Si je crée un restaurant, je n’ai pas la garantie de l’Etat ! Donc la séparation doit être totale. Réponse çà l’argument des banquiers : « pas d’inquiétude, on est trop gros pour tomber. Et ce qui est très dangereux, on l’a mis dans une filiale ». Le Numéro un mondial de l’assurance AIG est tombé et Obama a dû mettre 180 milliards pour éviter l’effondrement. Pourquoi est-il tombé ? Parce que sa filiale anglaise est tombée. Et pourquoi celle-ci est-elle tombée ? A cause de la filiale française, i.e. 10 salariés, rue Bassano, avec 20 ordinateurs !!

3-    Créer une vraie taxe sur les transactions financières (Taxe Tobin). Angela Merckel avec 11 pays européens était d’accord pour prendre 0,1% sur les transactions. Mais des lobbys bancaires se mettent en place et le gouvernement français ne réagit pas alors que çà pourrait rapporter chaque année 100 milliards pour aider les pays en difficultés.

4-    Boycotter les entreprises qui utilisent les paradis fiscaux pour ne pas payer d’impôts. Aucun marché public pour les entreprises qui utilisent les paradis fiscaux.

5-    Lutter contre le dumping fiscal européen. L’évolution de l’impôt sur les bénéfices dans la zone euro depuis 1995 est passée de 37% pour tomber à 25%. Alors que pour les Etats Unis, il est à 40% ! 

6-    Eviter les licenciements (Ce qui se passe en Allemagne et en Chine)

7-    Lutter contre les délocalisations en promouvant une Europe Sociale par un traité de convergence sociale.

03 Quelles solutions ? par P Larrouturou pour Roosevelt 2012 © Guy Baudon

 

QUELLES SOLUTIONS (suite)

8 - Comment créer des emplois ? Investir dans le logement. Il manque actuellement 800 ou 900 mille logements en France. La France est le pays où les loyers sont les plus monstrueux. Comment on finance ? Des pays (Allemagne, Pays Bas) ont su le faire. Au Pays Bas, le fond de réserve des retraites, au lieu d’être mis sur les marchés financiers, ont été investi dans le logement. Plus de la moitié des logements ont été construits et sont gérés par des coopératives financées par le fond de réserve des retraites. Les logements sont plus grands qu’en France, les loyers moins chers et c’est rentable : les loyers versés chaque mois crachent 2,5% de rentabilité. En France, le fond de réserve est sur les marchés financiers (gérés par 3 banques dont BNP ParisBas) avec 1,4 de rentabilité. Le changement peut se faire par simple décret ! Les 34 milliards du fond de réserve pourraient être mis sur le logement et dans chaque région, les partenaires sociaux voient ce qu’il faut construire. Au bout de quelques années, on pourrait arriver au même niveau de loyer qu’en Allemagne.

9 – Comment lutter contre le dérèglement climatique ?  C’est au niveau européen qu’il faut amorcer la pompe. Le rôle de la Banque Centrale étant de lutter contre l’inflation, la seule inflation étant le prix de l’énergie, ce serait dans son rôle de mettre un paquet d’argent. On a su trouver 1000 milliards pour sauver les banques, il faut en faire autant pour le climat.

10 – La question du temps de travail. Sujet tabou en France ! Si le chômage fait partie des causes de la crise, d’où vient-il ? On entend partout : c’est la mondialisation ! C’est vrai, (voir les délocalisations) mais ça ne représente que 10 ou 15% du problème. Pour le reste, c’est qu’on n’est pas capable de gérer nos gains de productivité. Notre production industrielle continue d’augmenter malgré les délocalisations. Pourquoi ? Grâce aux gains de productivité qui sont colossaux (robots, ordinateurs, intelligence des gens…). On peut produire beaucoup plus avec moins de travail. Question : est-ce qu’on a fait évoluer le contrat social en même temps que les gains de productivité ? La réponse est non.

Le débat n’est pas pour ou contre le partage du travail, mais quel partage du travail on veut ? Bonne nouvelle : un autre partage est possible. Il y a en France 400 entreprises qui sont passées à 4 jours. Si tout le monde passait aux 4 jours on pourrait créer 1million 600000 emplois.

Si l’entreprise passe à 4 jour et qu’elle crée 10% d’emplois en CDI, l’entreprise arrêterait de payer les cotisations chômage.

04 Quelles solutions ? (suite) par P Larrouturou pour Roosevelt 2012 © Guy Baudon

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.