"Vous n'êtes pas du bétail, vous êtes des hommes" (Le Dictateur)


Charlie Hebdo. Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré, Bernard Maris … 3 jours après le massacre, 3 jours de sidération… J’ai coupé la radio, fermé la télévision.  Envie de réfléchir et donc d’écrire.
 Je tombe par hasard sur le discours final du Dictateur de Charlie Chaplin. Appel aux hommes. Ce film a été tourné en 1940, au cœur du désastre,  d’une guerre « mondiale » !
Bien sûr le monde a changé. Mais ce discours résonne étrangement… Qui sont les dictateurs d’aujourd’hui ?

Certes « les terroristes » : pas seulement leurs petits « soldats », enfants perdus laissés à l’abandon (pas des monstres !) et devenus des proies, mais ceux qui les manipulent, les traitent en esclaves et qu’il ne faudrait pas oublier. Mais aussi tous ceux qui nous manipulent, qui manipulent les peuples et qui font de beaucoup d’entre nous des « hommes machine » fatigués, soumis, impuissants…Autres petits soldats silencieux.
Et si la première tâche était de redevenir humain, avec comme simple règle ces 3 mots à ne dissocier sous aucun prétexte : liberté, égalité, fraternité ?
Et si cet événement faisait qu’ensemble nous nous levions ? Des messages arrivent de partout sur la mobilisation en France : des dizaines de milliers de gens sont ensemble, dans la rue ! Espérance, la petite espérance de Péguy. Formidable envie d’y croire, comme Charlot.
Charlie, Charlot, même combat ! Au travail…

Charlie Chaplin - discours dans "Le Dictateur " - 1940 ! © Syl20


"Je suis navré, mais je ne désire pas être un empereur. Ce n’est pas mon affaire. Je ne veux ni régenter, ni conquérir qui que ce soit…
La voracité a empoisonné l’âme des hommes, entouré le monde d’un cercle de haine et nous a fait entrer au pas de l’oie dans la misère et le sang. Nous avons amélioré la vitesse, mais nous en sommes esclaves. La mécanisation, qui apporte l’abondance, nous a laissé le désir. Notre science nous a rendus cyniques. Notre intelligence nous a rendus durs et brutaux.
Nous pensons trop et nous ne sentons pas assez. C’est d’esprit humanitaire dont nous avons besoin. Plus que d’intelligence, nous avons besoin d’amabilité et de gentillesse. Sans ces qualités, la vie ne peut être que violente, et tout sera perdu…
Soldats, ne faites pas le don de vous-mêmes à ces brutes… des hommes qui vous méprisent et vous traitent en esclaves, enrégimentent vos vies, vous imposent vos actes, vos pensées, vos sentiments ; qui vous dressent, vous font jeûner, vous traitent comme du bétail et se servent de vous comme de chair à canon !
Ne vous donnez pas à ces hommes contre nature, à ces hommes machines aux cœurs de machines. Vous n’êtes pas des machines ! Vous n’êtes pas du bétail ! Vous êtes des hommes ! vous portez l’amour et l’humanité dans vos cœurs ! Soyez sans haine ! Seuls ceux qui ne sont pas aimés haïssent… Soldats, ne combattez pas pour l’esclavage ! Combattez pour la liberté…
Vous le peuple, vous avez le pouvoir de créer cette vie libre et splendide… de faire de cette vie une radieuse aventure. Alors, au nom de la démocratie, utilisons ce pouvoir… unissons-nous tous ! Combattons pour un monde nouveau, un monde propre qui donnera à chaque homme la possibilité de travailler, à la jeunesse un avenir, et mettra les vieillards à l’abri du besoin.


Par la promesse de ces choses, des ambitieux se sont hissés au pouvoir. Mais ils ont menti ! Ils n’ont pas tenus leurs promesses, ils ne les tiendront jamais ! Les dictateurs se sont libérés mais ont domestiqué le peuple.
 Maintenant, combattons pour remplir cette promesse."

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