Alain Esmery, Forum des images

Je vous fais part de cette lettre dont je suis signataire en tant que cinéaste documentariste afin de soutenir Alain Esmery, récemment liciencié du Forum des Images. Je le connais depuis plus de 25 ans, à l'époque de la Vidéothèque de Paris. Je puis témoigner, et ceci d'autant plus qu'il n'a produit aucun de mes films, de la qualité de son travail pour la promotion du cinéma documentaire. Il a défendu « cette place marginale, douloureuse, inconfortable réservée aux cinéastes documentaristes (qui) est en réalité la meilleure place. Loin de s'en plaindre, il faut la revendiquer, porter l'inconfort à la boutonnière. C'est à ce prix, et à lui seul, que le cinéma peut demeurer un art subversif, voire révolutionnaire. » (Gérard Mordillat)

 

"Nous, réalisateurs, producteurs, techniciens indépendants venons d'apprendre le licenciement d'Alain Esmery, Directeur de la Production du Forum des images.

Loin de nous l'idée de nous immiscer dans les différends entre vous et Alain, mais son éviction subite nous laisse pantois et quelques réflexions nous viennent à l'esprit.

 Association de service public, le Forum des images est devenu, en vingt cinq ans, sous l’impulsion d’Alain Esmery, un des lieux incontournables et foisonnants de production et de co-production de films documentaires aux sujets en lien avec Paris.

 Des films dits de commande, conçus avec intelligence et talent, parfois proposés à de jeunes réalisateurs auxquels Alain désirait mettre le pied à l'étrier, et des films de création qui ont quelque chose à dire comme le souligne le nouveau logo du Forum des images, des films parfois fragiles qui n'auraient jamais vu le jour si Alain - et toujours avec l'accord de ses Directeurs Généraux successifs - ne les avait coproduits.

Faut-il rappeler qu'ils enrichissent tous le fonds documentaire de cette institution parisienne.

 Alain Esmery a été producteur délégué de maints films qui pour beaucoup ont été récompensés en festivals, largement diffusés en France et à l'international.

 Il a aussi désiré que les moyens de post-production soient accessibles aux producteurs, et nous a permis de travailler avec des techniciens brillants qui ont contribué à la qualité de nos films, rencontrés sur les productions internes.

 Alain Esmery a toujours été le porte-parole fidèle du Forum des images. Intègre, il s'est toujours refusé à produire des projets venant de ses amis, s'ils n'étaient pas adaptés à la mission du Forum, ou dont les propos lui étaient simplement lointains - liberté de producteur. Il a accepté et soutenu des films d'inconnus, et il s'est toujours conduit en partenaire impartial.

 Idéal aussi.

 Concernant les réalisateurs, il intervenait et toujours à bon escient aux montages, n’hésitait pas à rester avec eux les soirs et parfois les week-ends. Quand ils doutaient, il acceptait toujours la contradiction, revenait le lendemain avec de forts arguments. Sa phrase préférée a toujours été : je pointe les problèmes, les solutions vous appartiennent… Mais savait en trouver et les susurrer.

Il faisait avancer les films.

Jamais de coups bas, jamais de sombres manigances, Alain était toujours avec et pour le film, avec et pour les auteurs, les producteurs et le Forum des images.

Tous les réalisateurs lui ont présenté des premiers montages trop longs, inaboutis, tous ont joui de son expérience, de sa volonté d'aider à faire en sorte que ces ébauches deviennent des films.

Qui n'est pas rentré dans son bureau pour lui montrer une séquence, parfois simplement un raccord, qui n'a pas été ragaillardi quand le moral chutait, qui ne s'est pas délecté de son humour, qui n'a pu lors d'un déjeuner ou d'une courte pause se dégourdir le cerveau ou les nerfs ?

 Parler de lui au passé nous est impensable.

 Alain Esmery est un producteur de service public comme la télévision en mériterait.

Grâce à lui, le Forum des images a été un lieu de liberté, une bulle que le service public devrait sauvegarder envers et contre tout.

 Il ne nous appartient pas de juger des choix éditoriaux du Forum des images, mais Madame la Directrice Générale du Forum des images, chère Laurence, nous tous vous demandons d'entendre, pour paraphraser Beaumarchais, que les rapports de pouvoir ne sont que le plaisir des faibles, qu'une belle discussion peut être salutaire, et nous vous adjurons de continuer de faire en sorte que le Forum reste un interlocuteur privilégié des créateurs que nous pensons être, que la production restera dans vos objectifs.

 Et nous ne voyons pas comment vous pourriez le faire sans les qualités d'Alain, qui a donné sa vie, sa passion, au service des images.

Du Forum."

 

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