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Billet de blog 21 déc. 2018

"Grass", un film de Hong Sang-soo

"Grass" vient de sortir sur les écrans. Pour toutes celles et tous ceux qui n'ont pas envie qu'on leur en mette plein les yeux (pour ne rien voir!) Grass, un film qui lave notre regard. Magnifiquement. Et en noir et blanc.

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Notes prises à la sortie du film "Grass" de Hong Sang-soo

Photo du film

 C’est un film en noir et blanc. Qui dure un peu plus d’une heure. Un noir et blanc peu contrasté, vaporeux, qui travaille en douceur la gamme des gris… Si le film montre des oppositions entre les personnages, on voit que ce qui les relie est ontologique. Il n’y aura ni héros, ni salauds. Simplement des êtres humains, à égalité… La gamme des gris dont nous sommes tous…

Le film fonctionne plutôt sur des couples qui échangent en face à face et qui sont filmés de profil : l’un à droite du cadre, l’autre à gauche avec, entre les deux, une table nue et des tasses… Le cinéaste filme le vide ou plutôt un « no man’s land où s’échange l’ entre deux » Et si la caméra s’avance c’est pour cadrer l’un, puis l’autre en travelling ; elle nous les montre à la fois séparés et reliés. Autre manière de filmer : un couple dont l’homme est montré en plan rapproché 3/4 dos et la femme de face ; parfois le point (la netteté) se fait sur la femme, parfois sur l’homme… dont on verra, suite à un lent panoramique, l’ombre projetée sur le mur blanc. Tout se passe comme si le spectateur était convié par le cinéaste à accompagner son propre regard, à participer à sa recherche : filmer le réel à partir d’images cadrées, choisies. Images du réel et réalité des images.

Regard -et écoute - prennent corps dans un personnage. Celui de la jeune femme, seule avec son ordinateur, à l’écart. Figure de la scénariste et du cinéaste qui écrit (filme) à partir de ce qu’elle (il) voit et de ce qu’elle(il) entend. Un scénario et un film s’écrivent à partir de bribes de vie, de moments de la vie des gens que l’on croise, d’un échange recueilli au hasard d’une rencontre ou d’une écoute. Ce que l’on voit sur l’écran, ce sont des acteurs, des moments qui prendront corps dans un film à venir.

Et comme pour bien montrer que tout n’est que jeu et capture d’éléments pouvant donner naissance à un « grand film », la bande son est constituée de nombreuses musiques classiques très connues (Schubert, Wagner, Offenbach…), comme si le gérant du café avait fait ces choix pour ses clients… Accumulation de musiques parmi lesquelles il faudra faire un choix.

Film exigeant, épuré, où tout « sens » ayant disparu, seul reste l’acte ou le geste cinématographique basé sur la seule question qui vaille : quoi filmer et comment le filmer?

 Les personnages sont des acteurs qui jouent devant nous ; ils ne représentent rien… Ils jouent, c’est tout! Oui, C’est tout : tout y est! Car à travers ce jeu, il est question de suicides, de ruptures, d’amour, de rencontres, de solitude… La Vie. Laquelle est magnifiquement signifiée avec une simplicité extrême par le premier et le dernier plan (en fin de générique!) du film : des petites feuilles d’herbe qui ont donné le titre du film, fragiles, pareilles et indépendantes. Comme les personnages.

 Hong Sang-soo peut figurer parmi les plus grands : Ozu pour l’impermanence, Brecht pour la distanciation, Bresson pour l’épure. Renoir aurait beaucoup aimé ce petit théâtre.

Guy Baudon
décembre 2018

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