Aux marches du Palais.

The Power of Words © Andrea Gardner
 

Jambes croisées, dos droit, digne,

Sur son carton d’emballage,

Il trône.

 

Toutes proches, insouciantes,

Des lycéennes plaisantent.

Attablée à une terrasse, lointaine, une femme fume.

 

Tintement d’une pièce négligemment jetée.

A tâtons, le vieillard la ramasse

Et, dans sa boîte, la place.

 

A ses côtés, une pancarte,

« Je suis aveugle, s’il vous plaît… ».

 

Parfois, une crispation douloureuse sur le visage,

Des paupières qui battent sur des yeux meurtris.

 

Soudain, comme alerté, la tête il tourne.

Elégante, une femme passe,

Contemple la scène

Revient sur ses pas,

Saisit le grimoire,

Décidée, jette quelques mots.

 

Le Vieux se penche,

Touche les chaussures

Pour identifier.

 

Sa rédaction achevée,

La Belle, soigneusement, le grossier papier

Replace.

Dernier regard, dernier sourire,

Elle s’éloigne.

 

Soudain le monde s’est transformé,

Une jeune fille se baisse,

Présente une pièce.

Puis une autre

Et encore une autre.

Génuflexions…

 

Repasse l’Inconnue,

Devant lui s’arrête.

 

Intrigué, il se penche,

Caresse les souliers,

Reconnaît.

 

« - Qu’avez-vous fait ?

-        J’ai écrit la même chose mais avec des mots différents ».

 

Avec empathie elle touche son épaule,

Lui sourit

Et s’éloigne.

 

Sur la pancarte est écrit :

 

« C’est une belle journée

Et je ne peux la voir … »

                                                           G.B.

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