Insupportable : les Gracques se moquent des Grecs !

Les Gracques viennent de publier le 16 juin 2015  une charge violente contre Tsipras en le traitant de populiste et d’amateur en matière économique et en renvoyant dos à dos le mouvement qu’il a fait émerger, Syriza,  le Front National, Podemos.

Les Gracques viennent de publier le 16 juin 2015  une charge violente contre Tsipras en le traitant de populiste et d’amateur en matière économique et en renvoyant dos à dos le mouvement qu’il a fait émerger, Syriza,  le Front National, Podemos. Avant de distiller, avec une forte dose d’amnésie et beaucoup d’arrogance ses leçons, à l’image de celles données par le Fmi, par l’Allemagne et d’autres gouvernements paresseux et suivistes dont la France fait partie. Leçons qui ont abouti au désastre mondial que nous connaissons aujourd’hui.

La violence de leur propos est d’autant plus insupportable qu’il émane d’un groupe anonyme dont on soupçonne l’identité de certains de ses membres sans être totalement sûr de les connaitre tous. Mais dans le cas présent, l’anonymat ne convient pas, il faut avancer à visage découvert et assumer ses propos. Faire comprendre d’où ils nous parlent, savent-ils  au moins parler à hauteur d’hommes,  ces anonymes dont nous soupçonnons qu’ils sont  des protégés, des arrivistes, des pantouflards qui déploient beaucoup d’énergie pour assurer leur survie et leurs avantages, jaloux de leurs prérogatives et probablement très gloutons. Si ces courageux anonymes sont ceux aussi qui ont l’oreille de nos gouvernants actuels, alors on comprend mieux la frilosité, le manque d‘ambition, le conservatisme des réformes  qui ont été engagées depuis 2012 et avant.

L’anonymat est acceptable lorsque la contribution émane de personnes venant d’horizons différents  qui  proposent une vision alternative, de nouvelles pistes de réflexion, dont on souhaite éviter qu’elles soient polluées par les fonctions ou l’appartenance diversifiée des rédacteurs. Lorsqu’il s’agit d’un pamphlet, d’un déni de démocratie, d’un dénigrement reposant sur une pseudo expertise économique et des approximations, alors l’anonymat n’est plus tolérable car il s’agit là de couardise mais, c’est vrai,  n’est pas Emile Zola qui veut.

D’où nous parlent-ils ? De leur petite hauteur de privilégiés car si les  solutions des organismes qu’ils défendent  étaient effectivement pertinentes et efficaces, alors çà se saurait et l’Europe, entre autres, ne serait pas dans cet état de décomposition morale et économique.

Sur le fond, bien sûr que des réformes sont nécessaires en Grèce, le système fiscal où des contributeurs essentiels ne sont pas au rendez-vous, la corruption à éradiquer, la réforme cadastrale pour sécuriser la propriété et les transactions, pour ne citer que ces quelques cas. Mais la corruption, la gabegie, ne sont pas apparues avec l’arrivée de Syriza sur la scène politique, c’est effectivement une réponse du peuple à cet état de fait, l’extrême droite aurait aussi pu émerger, çà a été le cas, mais non majoritaire ;  elles existent depuis très longtemps au vu et au su des instances européennes dont font probablement partie quelques anonymes des Gracques. Et maintenant qu’un gouvernement est sorti des urnes et a reçu mandat de mettre fin à cette décomposition, on ne lui en donne pas le temps nécessaire pour mener à bien ces réformes. On voudrait tuer un mouvement démocratiquement élu qu’on ne s’y prendrait pas autrement et on prend immédiatement date avec l’Espagne et le Portugal. Suspect, non ?

Car ces fonds européens qui se sont déversés sur la Grèce, à qui ont-ils profité majoritairement ? Il semblerait qu’une partie de cet argent est même revenu dans les entreprises européennes d’armement sous forme de surfacturation !  Et ceux qui ont accepté sans sourciller que cet argent se déverse, l’ont-ils fait sans conditions, sans s’interroger sur l’utilisation, sans l’assortir d’engagements de réformes ? Si oui, alors ils sont responsables pour incompétence ou complicité, au choix. Sinon, alors ils n’ont pas fait le travail nécessaire pour gérer les fonds européens en bons gestionnaires de deniers publics et dans une entreprise privée, modèle auquel se réfèrent si volontiers ces donneurs de leçons, c’est la porte sans indemnité ni parachute. Rien de tout cela évidemment ne s’est produit, l’immunité est la règle.

Depuis l’émergence de Syrisa, les Etats européens sont pris d’une folie de rigueur financière alors qu’ils ont été d’un laxisme pendant des années. Le FMI, dont la directrice générale veut probablement donner des gages pour un deuxième mandat certainement très confortable, tient des positions qui relèvent d’un mépris et d’une hypocrisie sans nom, car il faut bien le dire, une fois pour toute : la Grèce ne peut pas rembourser sa dette compte tenu des excédents qu’elle dégage, encore moins si par des politiques d’austérité, on lui interdit toute reprise de la croissance. Alors, il faut bien renégocier, restructurer, peut-être aussi faire un abandon car cette dette consentie par des banquiers et les institutions financières et politiques qui n’ignoraient rien de l’incapacité de la Grèce à rembourser, qui n’ignoraient rien des maquillages de comptes réalisés avec l’aide d’une banque américaine, Goldman Sachs, dont nul n’ignore le rôle destructeur et quasi criminel  dans le déclenchement de la crise financière, oui, cette dette a probablement aussi, pour une proportion qu’un audit pourrait estimer plus précisément, un caractère délictueux ! Car comment qualifier autrement une dette consentie par une institution qui sait pertinemment que le débiteur ne pourra pas la rembourser et qui, de surcroît pour certaines institutions, pratique l’aléa moral sans vergogne. Que les banquiers aient perdu en capital lors de la restructuration de 2012, qui a porté sur environ 200 mds €,  peut-être est-ce le prix à payer pour les « erreurs » délibérées de gestion commises par les créanciers privés avant 2012 ? Et puis, cette perte faciale n’a-t-elle pas été largement compensée par des taux d’intérêt pratiqués, non seulement appliqués à une dette qualifiée par un récent audit d’illégitime mais aussi dont le niveau ne déclenche pas vraiment la compassion pour les créanciers privés qui se sont goinfrés pendant des années ! Cf Texte de Jean Gadrey

Au moment de la rédaction de cet article, aucun accord n’a été trouvé avec le gouvernement grec, le premier ministre grec engage un référendum pour retourner devant ses électeurs, on nous dit qu’on est au bord du gouffre, on nous fait comprendre que le citoyen européen devra mettre la main à la poche pour 800€ etc... On aura décidément tout fait pour éloigner encore davantage les citoyens de l’Europe, puisqu’elle est incapable de résoudre un problème en son sein, une goutte d’eau au départ, les recettes idéologiques appliquées depuis plus de 5 ans ont toutes été couronnées d’échec. On aura aussi fait preuve d’une amnésie totale car, comme le rappelle très justement Alexandre Naulot dans un récent article, il y a eu des précédents en matière de défaut, de remise de « peine » principalement l’Allemagne. Vérité en deçà des Pyrenées, erreur au-delà, cette phrase de Blaise Pascal est d’une actualité brûlante.

Et puis, s’il faut payer 800€, oui, à titre personnel,  j’y suis prêt, à condition que cette solidarité soit accompagnée d’une recherche des responsabilités chez les banquiers, les institutions financières, la Commission Européenne et ses mercenaires et les gouvernements grecs successifs, mais ces derniers ont déjà commencé à payer, en partie, ils n’ont pas été réélus. Lançons un grand « crowdfunding » pour aider les Grecs, pas les banquiers, juste les Grecs. Pour la France, qui avait encore une fois l’occasion de renverser la table, bien évidemment, rien, que de l’orthodoxie. Un peu de patience,  la sanction arrivera dès 2017  et comme la France n’est pas l’Espagne ni la Grèce, nous glisserons lentement vers cette droite qui, elle aussi, glisse, glisse irréversiblement vers le précipice de l’extrême droite.

30 juin 2015

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