L'ennemi n'a pas de nom, erreur, la Finance a un nom

En relisant le discours du Bourget, je me suis arrêté un instant sur le passage où FH parle de son ennemi, qui n’a pas de nom, la Finance. Dans l’émotion de l’instant, je n’avais conservé de ce moment que le lyrisme de la formule. Aujourd’hui, 4 mois après l’élection, je m’interroge sur la portée de cette envolée. Les hypothèses que j’explore relèvent peut-être de la science-fiction, ou du procès d’intention,  mais la question est suffisamment grave pour ne pas s’interdire d’en parler.

En relisant le discours du Bourget, je me suis arrêté un instant sur le passage où FH parle de son ennemi, qui n’a pas de nom, la Finance. Dans l’émotion de l’instant, je n’avais conservé de ce moment que le lyrisme de la formule. Aujourd’hui, 4 mois après l’élection, je m’interroge sur la portée de cette envolée. Les hypothèses que j’explore relèvent peut-être de la science-fiction, ou du procès d’intention,  mais la question est suffisamment grave pour ne pas s’interdire d’en parler.

 Deux hypothèses…

Si l’ennemi n’a pas de nom, on ne sait pas comment l’attaquer, où le débusquer, quels moyens mettre en œuvre. Paradoxalement, si l’ennemi est ce grand trou noir qui est notamment  traité magistralement dans la BD « IRS, All watchers »,  alors on  ouvre la voie des solutions limitées, formelles, sans réel impact, inadaptées, inefficaces,  qui auront l’apparence d’un courage politique, mais qui ne seront que le plus petit dénominateur commun des renoncements. En fait, ce sera l’abdication du pouvoir politique devant le pouvoir économique, ce sera le premier pas vers une forme de dictature.

Une autre hypothèse consisterait à dire que l’ennemi n’ayant pas de nom, les Etats, collectivement, mettent en place un dispositif mondial où le système financier est encadré brutalement, où les grandes firmes sont découpées, où la taille est limitée de manière coercitive, où les activités sont limitativement autorisées, où toutes les règles du jeu s’imposent impérativement, où un arsenal pénal est en place, où la pseudo complexité, la martingale de l’impunité n’est pas reconnue. Un rêve de rêveur, probablement excessif à certains égards, qui ne se réalisera pas car la maturité actuelle du monde est loin de favoriser une telle approche même si on se targue à longueur de journée et de journaux de vouloir mettre en place une gouvernance mondiale. Elle existe déjà, elle n’est pas politique, mais c’est celle de la Finance.

Chacune de ces deux hypothèses est vouée à l’échec et ouvre la voie à l’inaction, à la mesurette, à la poudre aux yeux, au tour de passe-passe.

Mais pour être complet, il y a bien deux domaines où la finance n’a pas de nom, c’est celui des pays à secret bancaire total et les paradis fiscaux, les deux se confondant parfois. Dans la première catégorie, sans chercher trop loin, il y a la Suisse, le Luxembourg et le Royaume Uni qui parraine hypocritement tous les paradis fiscaux insulaires qui battent pavillon anglais. On notera que dans ces pays, il y a certes un secret bancaire absolu mais les acteurs sont des banques ayant pignon sur rue, y compris en France. Donc, en France, le pouvoir politique a des leviers d’action.  Les Etats-Unis, quand çà les arrangent, ont réussi à faire sauter le secret bancaire suisse pour certains de leurs ressortissants.  Quant aux paradis fiscaux, si l’accès est difficile sur le plan juridique, je mets à part le Royaume-Uni, on peut néanmoins y accéder via les banques qui sont sous la tutelle française en interdisant sous peine non pas d’amende, mais de retrait d’activité, toute opération directe ou indirecte avec les paradis fiscaux.

La finance a-t-elle un nom ?

Oui, monsieur le Président, contrairement à ce que le candidat FH a dit, la Finance a un nom et cela vous donne l’ardente obligation de mettre en place un dispositif d’encadrement ambitieux, réaliste et ciblé. Par réalisme, je n’entends pas « la bonne conscience des salauds » (Bernanos) mais le contraire de la timidité, de l’angélisme et de la frilosité.  Je devrais dire que la Finance est composée de beaucoup de noms, connus ;  il ne s’agit pas d’attaquer un nom car on prendrait ainsi le risque d’exonérer les autres, mais elle a un nom.

 Des exemples de noms ? En voici quelques-uns en vrac :

-          Goldman Sachs et ses dirigeants,

-          Les anciens de Goldman Sachs placés à des postes clefs de l’administration Obama, de l’Europe,

-          JP Morgan et ses dirigeants,

-          Etc…

Pour prendre le cas de la France, faites une cartographie des conseils d’administration des grandes banques françaises, faites une cartographie des gestionnaires de fortune, faites une liste des parachutages dans les grandes banques de hauts fonctionnaires venant du Minefi pour faire court, faites une cartographie des membres du comité de Bâle et des organismes européens de régulation. Vous constaterez que la consanguinité est plus que présente, elle est même autour de vous, très près de vous et pourtant, je vous fais l’honneur de penser, aujourd’hui, que vous n’avez pas encore été contaminé.

Quelques exemples : lors d’un des moments forts de la crise de l’Euro, Christine Lagarde nous a fait savoir qu’elle avait passé une nuit blanche pour suivre attentivement les pulsations des marchés ; parmi les personnes autour d’elle, Xavier Musca, normal,  quelques hauts fonctionnaires, normal… et Michel Pébereau. Avait-il un mandat de la Fédération bancaire française pour représenter la profession ? On dit que non ! Arte a présenté mardi 4 septembre un documentaire sur Goldman Sachs qui fait suite à de nombreux ouvrages documentés comme celui de  Marc Roche, d’ailleurs co-concepteur de ce documentaire, de Peillon et de bien d’autres. Il fait aussi suite à des documentaires percutants et incontestés comme « Inside Jobs ». Si votre secrétariat a inscrit le visionnage de ce documentaire dans votre agenda, alors vous aurez remarqué la gêne de M. Trichet, le long silence de L. Blankfein interrompu par sa répartie magique, « laissez- moi vous expliquer la complexité »,  autre manière que nous dire qu’il se moque de nous, les balbutiements pitoyables  de H. Paulson, la pirouette de Mario Draghi, l’absence de courage, de vision et d’opportunisme de B. Obama qui l’ont conduit à rater la fenêtre de tir où il aurait pu imposer ses conditions au monde financier et qui lui coûtera peut-être sa réélection !! Un coup d’œil sur ses conseillers et on comprendra mieux la situation. On a aussi raté cette occasion en France mais c’était attendu avec le petit homme, roi de la posture et de l’imposture.

Des questions en forme d’alertes

 

En prévision de la réforme bancaire qui devrait nous être présentée dans les prochaines semaines, quelques questions périphériques pour fixer un cadre:

-          Est-ce que Goldman Sachs fournit, d’une manière ou d’une autre, des prestations de services à l’Etat, centralisé ou décentralisé ? En France, en Europe ?

-          D’une manière plus générale, quelles sont les prestataires de services financiers agréés par l’Etat ?

-          Quel est le parcours des hauts fonctionnaires qui rédigent actuellement le projet de loi de la réforme bancaire ?

-          Quels sont les experts externes qui sont consultés, écoutés, invités par les ministres concernés, le premier ministre, le président sur le contenu de cette réforme ? A cet égard, on a déjà eu un début de réponse avec la BPI où la maladresse le dispute à la naïveté. La solution était très simple : la transparence au moment de l’appel d’offres, une analyse préalable  de l’indépendance des candidats à l’appel d’offres, la transparence sur la décision finale. Pour revenir juste un instant sur cette affaire malheureuse, à ma connaissance, les 3 candidats non retenus n’ont pas engagé d’action contre l’Etat pour non-respect des procédures d’appel d’offres sur marchés publics.

En conclusion,

La gestion par B.Obama de la crise financière et de ses conséquences sur l’économie réelle,  risque de lui coûter la réélection, et quand on imagine un instant ce qui va suivre avec les Républicains, la responsabilité de BO est encore plus grande et ne se limite pas à la finance. Ce sera une forme d’Afganistan qui va naître aux US. Mais les Goldman Sachs et consorts vivront très bien avec çà puisque L. Blankfein est convaincu qu’il exerce une mission divine.

La réforme bancaire sera  aussi le marqueur, tout comme la réforme fiscale, de la volonté de FH de faire « le changement, maintenant », l’ampleur et le courage de ces deux réformes pèseront très lourds dans la réélection, ils seront même déterminants, au moins en ce qui me concerne. FH, n’oubliez pas qui vous a élu, n’oubliez pas que les recettes suggérées, susurrées par tous ceux que vous invitez à l’Elysée ont fait la preuve  de leur inefficacité. Et si je lis le Nouvel Obs, daté du 30 août 2012,  qui rapporte vos propos, tous ces chefs d’entreprises, plutôt du CAC 40,  avaient une préoccupation majeure, la taxation de 75%, la preuve éclatante que leur unique souci est l’intérêt général !

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