La misérable pseudo loi de séparation bancaire

Alors que l’on s’oriente, après l’adoption du texte en deuxième lecture par l’Assemblée Nationale, vers un vote définitif d’une loi dite de séparation et de régulation des activités bancaires, il n’est pas inutile de tirer les enseignements de ce processus législatif qui déshonore la gauche toute entière et les institutions représentatives. Si une bataille est perdue, la guerre ne l’est pas pour autant car ceux-là mêmes qui se sont targués d’être des précurseurs vont s’apercevoir qu’ils ne sont que de petits suiveurs. Une bataille est perdue, l’honneur de la gauche et de de FH le sont  aussi sur cette succession de petits renoncements.

 

Le premier enseignement : le verrouillage politique du processus législatif par P. Moscovici et sa garde rapprochée. Alors qu’une majorité de banquiers, en privé, d’économistes de tous bords, d’organismes publics français et internationaux considèrent que les activités bancaires doivent être séparées d’une part pour protéger les déposants et les contribuables, d’autre part pour décontaminer l’économie réelle des effets néfastes de la spéculation et des risques qu’elle engendre, le gouvernement propose un projet de loi dont d’aucuns ont écrit qu’il était rédigé par les services de la Fédération Bancaire Française, lobbyiste  de l’industrie bancaire française.

Comment se fait-il que Karine Berger, très en pointe avant les élections, s’est transformée en défenseur de la banque universelle française qui rassemble en son sein toutes les activités bancaires y compris les plus spéculatives ?

Comment se fait-il que le rapporteur de la Commission des Finances Richard Yung s’est comporté en valet servile de Pierre Moscovici, écrasant toutes les velléités d’amendements présentés par quelques socialistes courageux, les représentants EELV et les communistes comme A. Bocquet ?

Comment se fait-il qu’une ancienne cadre supérieure de BNPP dans les activités de marché, Valérie Rabaud soit vice-présidente de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale ?

Comment se fait-il que Karine Berger et Valérie Rabaud se soient montrées si complaisantes avec les présidents des grandes banques et si hypocritement méprisantes avec des représentants d’organisation comme Finance Watch ? Il est urgent qu’elles visionnent  des auditions de responsables économiques par des parlementaires américains ou anglais. Elles comprendraient mieux ce qu’est la responsabilité d’un élu, l’indépendance et le conflit d’intérêt qui vont avec.

Comment se fait-il qu’une petite dame, Sophie Mazetier, accuse le représentant de Finance Watch de promouvoir le modèle bancaire de Goldman Sachs ? Stupidité, forfanterie ou manipulation ?

En réalité, le projet devait être ficelé dès les mois d’été avec une consigne : séparez le moins possible. On a lâché des avancées sur les  paradis fiscaux à CCFD, les députés pour l’essentiel s’en sont remis à leurs leaders sans faire l’effort de comprendre, on a dû dire à K. Berger qu’elle était intelligente et que si elle faisait passer ce texte, elle en serait peut-être récompensée etc. Pourvu qu’on ne touche pas à l’article 1.

 

Deuxième enseignement : le lobby bancaire est extrêmement puissant et la consanguinité qui règne entre les responsables de l’industrie bancaire et les hauts fonctionnaires de Bercy mais aussi de l’Elysée ne fait que démultiplier cette force de nuisance. Pour s’en convaincre, suivez le parcours des hauts fonctionnaires en question, examinez le cv des dirigeants et administrateurs des banques. La cartographie de la gouvernance bancaire est éclairante. La réponse est évidente. La loi de moralisation en préparation devrait traiter impérativement cette  question du pantouflage. On va probablement me taxer de populiste, normal, çà fait partie des éléments de langage utilisés par lesdites élites pour se protéger, comme tant d’autres.

 

Troisième enseignement : la force de frappe ou de nuisance des lobbies bancaires est considérable. En face, des bonnes volontés, des organisations citoyennes aux moyens trop limités, hors des partis car ces derniers ne font plus leur travail. Parmi ces organisations : Finance Watch, Oxfam, CCFD Terre Solidaire, Collectif Roosevelt, Anticor, Terra Nova, DiaCrisis,  pour ne citer que ces quelques-unes. Ces organisations citoyennes, libres car non inféodées sont à l’image de cette nécessaire et vitale réappropriation par les citoyens de leur destin. Elles doivent être encouragées, financées, promues, rejointes. Il faut faire monter cette vague citoyenne. L’approche Top-Down a vécu, vive l’approche Bottom-Up.

 

Quatrième enseignement en guise de plan d’actions : le gouvernement Hollande ayant failli sur cette loi, il reste l’Europe qui se prépare à présenter une directive européenne. Faisons savoir le mécontentement, faisons des propositions. Agissons en masse.

 Et en guise de conclusion cette fois, allez sur le site du Nouvel Obs avec le lien ci-dessous où vous trouverez une chronique décapante sur l’argumentation fallacieuse des banquiers, rédigée par un groupe de travail du Collectif Roosevelt.

 http://leplus.nouvelobs.com/contribution/884210-activites-bancaires-la-speculation-ne-doit-plus-se-cacher-au-milieu-des-credits.html

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