Sortons de la confusion

L'affaire Peugeot est emblématique de la confusion et de l'amalgame qui règnent en matière de plans sociaux. Il faut redonner à cette expression un contenu digne et à la hauteur des enjeux.

 Malheureusement les plans sociaux sont parfois nécessaires d'où l'impérieuse nécessité d'anticiper les évolutions pour mieux assurer l'avenir; dans le cas particulier, des erreurs stratégiques et une occultation coupable ont renforcé le caractère aujourd'hui presque irréversible de la fermeture de l’usine d’Aulnay si je me réfère au seul rapport de M.Sartorius. Mais écrire comme le fait la presse  que le gouvernement accepte la fermeture de l’usine est un mauvais angle d’analyse, qui n’apporte rien au débat et attise inutilement  les passions.  Force aussi est de  reconnaitre que cette confusion résulte aussi d’une communication maladroite et ambigue du gouvernement. L’obligation du gouvernement dans cette affaire est de veiller jusqu’au bout du processus, que :

-          Tous les salariés soient indemnisés correctement et une rémunération leur soit  assurée  jusqu’au retour à un emploi ;

-          Tous les salariés doivent être reclassés dans des conditions similaires à celles dont ils bénéficiaient, dans des entreprises du groupe, d’autres entreprises existantes ou à créer.

-          Tous ces engagements sont correctement chiffrés dans les comptes et le gouvernement se donne les moyens de sanctionner Peugeot en cas de non-respect de ces engagements.

-          S'assurer que les subventions ou autres avantages  perçus pour soutenir l'activité à Aulnay sont bien remboursées.

C’est aussi le prix à payer pour des actionnaires et un management qui ont failli dans leurs responsabilités. Dire aujourd'hui  qu’on va maintenir l’usine, en continuant à produire des 2007 est une hérésie coupable ; peut-être était-ce encore  possible il y a 5 ans, çà ne l’est probablement plus aujourd’hui. Il est donc inutile de faire semblant, du côté gouvernemental ou syndical,  que c’est le combat à mener, est une colossale hypocrisie qui instrumentalise les salariés concernés. Je comprends la douleur de l'invitée du Grand Journal, mais il y a des combats qui se termineront fatalement mal, à terme. Il est préférable de prendre les choses par un autre bout.

Cette affaire interpelle aussi sur un autre plan : celui du dialogue social. Faut-il qu’il ait été  pauvre, mesquin, malhonnête, ressemblant davantage au jeu du chat et de la souris pour arriver à un si pitoyable degré d’anticipation et de gestion de l’avenir. Qui est responsable de cette qualité médiocre ? le management ? les syndicats et leurs représentants ? Comme c’est le management qui détient les clefs, il lui appartient de créer les conditions d’un dialogue constructif. Mais dans un dialogue, on est toujours au moins à deux et nul ne peut totalement s’exonérer de toute responsabilité dans l’échec d’une négociation.

Cette affaire donne aussi une certaine crédibilité aux propositions de François Hollande en matière de gestion prévisionnelle de l'emploi par une obligation d'anticipation et une sanction forte de l'impréparation de l'adaptation. Le patronat a un effort important à faire, les syndicats ont probablement aussi une approche différente à imaginer. Il n'est pas question pour les entreprises de privatiser les profits et de mutualiser les difficultés et les pertes, surtout et d'autant plus si elle résultent d'erreurs stratégiques. 

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