La vision politique despotique de Monsieur le Président Macron

La démocratie est malmenée depuis plusieurs années mais avec Emmanuel Macron on glisse doucement vers une dictature républicaine néfaste pour les solidarités.

Aujourd'hui il est temps de prendre la plume. Aujourd'hui il est temps de nouveau de  s'indigner. Né en 1963, j'ai connu nombre de gouvernements, nombre de réformes, nombre de présidents de la république. Je ne mets même plus de majuscules  à cette fonction présidentielle tellement ma colère est grande aujourd'hui. Aujourd'hui la démocratie est en pleine crise. A petits pas, presque silencieusement, elle glisse vers un mutisme effroyable. La république est aux mains d'épistocrates, sans aucune autre vision politique, que celle du management sociétal. 

C'est une agonie progressive que nous vivons depuis plus de 20 ans, et qui, avec Emmanuel Macron, prend un tournant dangereusement autoritariste. Car celui qui se dit écouter le "peuple" tente de lui enlever tous ses droits et en particulier celui de s'opposer démocratiquement.

Nous étions habitué.e.s aux discours politiciens qui, détournant les problématiques posées par les incessants changements de paradigmes, gardaient malgré tout un espace ouvert de contestation.

Aujourd'hui, il semble que tous les grands partis politiques traditionnels majoritaires sur l'échiquier politique (Les Républicains, En Marche - qui n'est qu'un conglomérat d'ancien.ne.s élu.e.s reconverti.e.s en son sein dans un but purement électoraliste-, UDI, les anciens « socialistes » recyclés)  aient décidé, avec ou sans concertation, de faire marche vers une société dans laquelle, le sens même du débat contradictoire et du dialogue républicain, disparaissent.

La vision bonapartiste d'Emmanuel Macron devient un obstacle au fonctionnement démocratique de la société française. La preuve en est qu'elle satisfait les français de droite, heureux de trouver en ce Président, enfin, un vrai chef pour la France.

Gérer l'Etat comme une entreprise est l'objectif commun qui transparait dans tous les projets de réforme. La contradiction n'est pas tolérée, sous peine d'excommunication des allées du Pouvoir.

Les "intellectuels français" sont aphones. Il est rare, à part dans le cadre d'une pétition, qu'ils s'expriment ou s'indignent. Le temps où lors de conférences de presse, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir ou Régis Debray exprimaient leurs désaccords publics face à des décisions d'Etat est révolu. Reste la grande toile de l'Internet où les écrits, comme le mien, se noient dans une masse difforme médiatique.

La communication est tenue par ceux et celles qui ont le Pouvoir. De la même façon qu'un Mao Zedong qui contrôlait les masses avec l’arme de son Petit Livre Rouge, le Pouvoir en place aujourd’hui, le contrôle grâce à la force médiatique et la même redondance.

Récemment, la presse généraliste critiquait avec force et raison l'arrivée de Maduro au pouvoir mais elle y mit globalement moins d'entrain à critiquer les mêmes méthodes par lesquelles sont arrivés Poutine en Russie ou Sissi en Egypte. Clairement, les épistocrates en place s'arrangent avec les "putschs politiques" en fonction des intérêts économiques. On en arrive à ne plus mettre les dictateurs dans le même panier. Il faut avoir, encore plus qu'avant,  l'esprit pratique.

Dans notre pays en incessantes mutations, le tri est clair. Il y a ceux et celles, les méchants ou ceux et celles qui n'ont rien compris à la dynamique économique, qui "prennent en otage" (comme au Bataclan ?!) les français parce qu'ils emploient les droits qu'ils ont à disposition pour s'opposer à des réformes qu'ils pensent néfastes pour le  pays et les gentils qui nous claironnent que la seule solution pour sortir du marasme économique et de l'immobilisme est de casser les cadres existants et d'ouvrir la France entière à la dérégulation et à la concurrence qui soit disant profitera au plus grand nombre.

Et puisque ces derniers tenants ont été élus, ils détiennent donc la légitimité et le Pouvoir de le faire, peu importe les moyens pour y parvenir.

Pour atteindre ce but, ils ont donc bien compris qu'il fallait moins de contraintes démocratiques. C'est pour cela que ce Pouvoir tente de limiter le droit d'amendement dans les Assemblées et les droits des élu.e.s dans l'administration comme le montre le document ci-dessous présenté aux organisations syndicales et appelé (ironiquement ?) "Définir un nouveau modèle de dialogue social dans la fonction publique". Ce document de travail propose ni plus ni moins la fin du paritarisme, qui est bien sûr selon nos oligarques une entrave aux réformes de l'Etat.  

PDF definir un nouveau modele de dialogue social dans la fonction publique

Le temps de l'indignation est bien là. Nicolas Sarkozy avait ouvert la voie à nouveau modèle français basé sur la négation du bien collectif et sur l'individualisation des intérêts. Emmanuel Macron poursuit de manière beaucoup plus habile sa tache sous forme d'un discours qu'il tente de dépolitiser. Le risque est grand pour la génération qui grandit au son d'un tel discours car il n’entend aucune note discordante. Il n’y a qu’un modèle possible, les autres seraient d’un autre temps.

Il s'agit pour nous tous et toutes d'entrer en résistance citoyenne par la désobéissance d'abord et par les urnes ensuite car ce sont les seules voies démocratiques que nous pouvons légitimement opposées à tant de "violence" et de "frappes idéologiques". La disparition du bien commun au bénéfice d’une addition de biens individuels matériels et égocentriques  continue sa progression, à grands pas, avec le risque d’une annihilation de la solidarité humaine.

 

Guy GRIZET, enseignant, syndicaliste

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.