SOLILOQUES

SOLILOQUES 10       Il faut beaucoup de naïveté ou de mauvaise foi pour penser que les hommes choisissent leurs croyances indépendamment de leur condition.

                                                                                                       Claude Lévi-StraussTristes Tropiques (1955)   

 

Á Medhi, élève de l’École élémentaire Nice Flore ;

 

Bien cher Medhi,

 

Nous ne sous connaissons pas. Et certainement, nous ne nous rencontrerons jamais. Mais tu as ‘‘défrayez la chronique’’, comme l’on dit dans les journaux qui n’ont rien à dire. Et par ce fait, tu es devenu, à ton corps défendant, un sorte de ‘‘cible’’ ou d’ ‘‘objet’’ pour les « entrepreneurs de moral » patentés qui s’excitent, s’agitent et déblatèrent… Vident à grands seaux leurs réservoirs d’idées préconçues ; et en profitent pour remettre au goût du jour les lieus communs et les sous entendus racistes qui refleurissent en ce début du IIIème Millénaire.

 

En une phrase : Tu te serais appelé Éric ou Christian, ta mésaventure se serait traduite par une ligne en page ‘‘fait divers’’ et peut-être même ne serait-elle pas allé plus loin que le Bureau du directeur.

 

Mais voilà, tu t’appelle Medhi (celui qui montre le chemin ?) et, partout dans le monde, et aussi chez toi, en France, de stupides individus, très mal inspirés, pensent témoigner de leur foi en leur dieu, en dévoyant ses Commandements ; le VIème en particulier : « Tu ne tueras point ».

Les ‘‘terroristes islamistes’’, c’est comme cela qu’on les appelle,  massacrent aveuglément, tout ceux qui ne se plient pas à leur façon, bien personnelle, de concevoir l’Islam, les relations entre les peuples et les rapports entre hommes et femmes. Faut-il absolument que l’islamisme domine le Monde ? N’y a t-il pas de place pour toute le monde sur Terre ? Et faut-il vraiment que, telles les fourmis, les termites ou les rats, tous les Humains pensent et fassent la même chose en même temps ; alors même qu’en un même instant, la Terre connaît 24 heures différentes, 24 levées du jour, 24 couchés du soleil ?

Mais il est tout aussi possible que ces islamistes se fichent pas mal de Dieu. Qu’ils ne recherchent finalement que le pouvoir et la richesse qui va avec ? Comme n’importe quel incroyant !

Penses-tu que seuls les ‘‘plus forts’’ et les ‘‘plus riches’’ ont le droit de décider pour tous les autres ?

Penses-tu que la violence est la solution à tous les problèmes ?

Penses-tu qu’un ‘‘dessin’’, aussi moche et insultant qu’il soit mérite autant de morts ? Penses-tu que la ‘‘Justice’’ c’est : pour un coup de poing reçu rendre un coup de poing ?

Enfin, penses-tu que la guerre est plus belle que la Paix ?

 

Ceci dit, j’ai l’impression que tu n’es pas prêt d’oublier ce jour où, devant les élèves de ton école (la presse ne précise rien à ce sujet), tu as osé affirmer ta position personnelle à la face des professeurs et malgré le consensus des autres élèves : Tu n’étais pas Charlie… Tu soutenais les terroristes… Sans pour autant savoir ce que voulait dire ce mot que toi et tes copains, quelque soit leur religion, entendent à longueur d’informations télévisées et, certainement dans toutes les conversations entre adulte. Voilà les faits tels que j’ai pu les reconstituer. J’imagine très facilement la scène à laquelle donne lieu cette « minute de silence » en souvenir ou en honneur des morts par la violence islamiste (musulmans, catholiques, juifs, agnostiques, athées, ils étaient 16 hommes et 1 femme)…

 

Tout d’abord, je te félicite pour avoir osé dire ce que tu penses, alors même l’on ne t’avait rien demandé. Tu as agit spontanément, par conviction ; à moins que, en cet instant du rassemblement des élèves, quelque chose au fond de toi qui n’était pas dite, t’avait fait ressentir qu’il fallait que tu fasses entendre ta voix, ton opinion… En cela quoi que l’on te dise et qui que ce soit, tu t’es comporté avec courage, comme un véritable citoyen, libre et usant de ton droit inaliénable à exprimer tes idées. Cela s’appel être franc.

Même si ces idées sont venues de discussions que tu as entendues de-ci, delà, dans ta famille ou ailleurs, le fait que tu les ais faites tiennes et exprimées comme telles, veut dire que cela représente quelque chose d’important pour toi.

Peut-être est-ce que je me trompe. Mais Je crois deviner que ces idées et le courage dont tu as fait preuve pour les exprimer en face de tes semblables, bien que différant à cet instant, et tes professeurs, constituent un message d’amour pour ta famille, tes parents, une ‘‘profession de fidélité’’ à se que tu penses devoir être aux regards de tous : Un enfant de musulman fiers de ses origines.

Et, bien que je ne sois pas d’accord avec que tu as dit à ce moment, dans cet école ; je ne peux que prendre acte de ta position et la respecter. Par contre j’espère te convaincre que toutes choses pensées par l’Homme possèdent un « côté obscure » (Ca, je pense que tu les comprends) contre lequel il faut lutter. Dans toutes idées, il y a l’inspiration de l’esprit et ce que les Homme en font : Louis Pasteur a eu l’idée des « microbes » et a inventé le vaccin ; et d’autres hommes ont imaginé la guerre bactériologique et chimique qui a fait des milliers de morts. De la même façon, les Religions du Livre appellent à la Paix sur Terre et à l’Amour entre les Peuples ; malgré que, depuis les origines du Livre des hommes font couler le sang en son nom.

 

Enfin, je pense surtout que tu es un garçon intelligent. Tes deux autres qualités me le font penser, je te parle donc comme à mes deux petits enfants qui ont le même âge que toi :

Il est arrivé à tout le monde de dire ou faire des bêtises. Les adultes appellent « bêtise » ce qu’ils pensent ne devoir pas être fait ou dit au moment où l’enfant le fait ou le dit. Parfois l’adulte à raison. D’autres fois c’est l’enfant qui a raison. Mais, à l’instant de faire ou dire, ni les adultes ni l’enfant ne peuvent savoir qui a tors, qui a raison. Ce qui n’a aucune importance ! Car tous les enfants apprennent à vivre en faisant, certes, des bêtises à tors. Mais, à raisons les adultes sont là (ils en ont l’obligation) pour aider les enfants à comprendre le pourquoi de cette fameuse « bêtise », regarder plus loin que le bref moment du dire et du faire.

Encore faut-il que les adultes le soient véritablement. Qu’ils soient capables ou veuillent prendre en compte l’enfant, simplement pour ce qu’il est, ici et maintenant, à l’instant. Et que les intentions qui les animent soient bonnes, éducatives ou affectueuses. Car, tu as dû t’en rendre compte : l’adulte, lui aussi, fait des bêtises et comme l’enfant refuse parfois de le reconnaître… En plus il est certains adultes sont méchants en cherchant à l’être. Surtout avec les enfants. C’est plus facile et moins dangereux.

Dans la situation que tu as vécu, aucun adulte n’a été capable d’avoir le ‘‘bon geste’’, le geste éducatif :

-Ton maître et son Directeur qui ont fortement manqué de tact et de finesse pour ramener dans le droit chemin un petit garçon qui, à leurs oreilles, dit des bêtises.

La bonne action à faire aurait été : d’abord de discuter avec l’élève pour chercher à comprendre les raisons de sa posture. Puis, s’il y avait un refus de la part de l’élève, inviter la Maman ou le Pape à venir pour parler de ce fait, passer par un mot du maître, sans s’attarder sur motif, organiser une rencontre « entre les éducateurs de Medhi ». Au cas où tes parents avaient refusé cette rencontre à l’amiable, des procédures existent pour régler tous les problèmes qui, à ce stade, ne concerne plus directement le motif initial.

-Ton Papa qui s’est mis en colère alors même que cette situation, pour le bien de l’élève, devait être évoquée dans le calme à travers d’une discussion entre adultes œuvrant pour le bien de l’élève. Là tu as joué de malchance en cumulant : un Papa colérique et des enseignants quelque peu maladroits… Ou racistes ! Car je me pose la question à la vue du contexte niçois et de la ‘‘délégation d’autorité pédagogique’’ ( ?) donnée à la Police.

-En suite, la police elle-même n’a pas su jouer son rôle de « gardien de la paix » dans la mesure où elle n’a, semble t-il, réussi qu’à favoriser la confusion des genres (éducatif et répressif), les amalgames (paroles d’enfants et posture musulmane extrémiste. Très à la mode en Région PACA de pousser la ‘‘norme’’ dans ses derniers retranchements) et la désinformation (aucune version crédible des causalités de ce fait divers ne semble exister.)

Et que l’on ne vienne pas dire que c’est l’Avocat qui est la cause de tout cela. Si ton Papa à demandé l’aide (payante !) d’un avocat c’est qu’il s’est senti en danger –t’a préjugé en danger !- dans cette situation. Dont finalement on ne connait pas les causes profondes. Être stigmatisé, servir de bouc-émissaire sont des situations qui poussent la victime de ces situations sociales perverses à devancer les attaques pour s’en protéger.

-Et pour finir la presse niçoise (je n’ai lu que « Nice Matin.com ») qui s’est vautrée dans l’hypothèse tendancieuse et les présupposés foireux. Un vrai travail de manipulation de l’information. Pourquoi ? On est en droit de se le demander. Mais il est certain que le contexte local s’y prête.

 

Mon cher Medhi, ta posture déterminée me fait penser que tu te sortiras de la mauvaise passe dans laquelle l’état du Monde en 2015 –rien que ça !- t’a fait plonger.

Surtout, garde bien en tête ce ci :

Lorsque j’y pense, c’est peut-être idiot à dire, mais l’ ‘‘École’’ est le seul outil qui permette à l’Homme moderne de dépasser le stade bestial pour accéder à celui d’Humain. Car de plus en plus le Monde devient compliqué à explorer (il s’agrandit !) et complexe à comprendre (il s’organise autant qu’il se désorganise, allez savoir ?). Aujourd’hui il ne suffit plus de savoir et donc d’apprendre, d’emmagasiner des connaissances de façon linéaire. Il est indispensable d’apprendre à apprendre (devenir autonome en regard de l’accroissement constant des connaissances de bases) et pour se faire, il est primordial de savoir trier les informations dont ont à besoins dans le moment où elles nous sont utiles. Cela demande de développer son « jugement critique », son assurance personnelle et sa capacité à prévoir ce dont on aura besoin. Mais là, je te fais aussi confiance. D’autant plus que tu grandiras.

 

Á nous rencontrer un jour, qui sait ?

 

G-HE-M ; 2/02/2015

 

 

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