Bollène interdit le Chant des Partisans

« Chant de fraternité,  nul ne peut  confisquer le Chant des Partisans à des fins contraires à ses origines et son sens profond... » FNDIRP.

Ce matin, après le café  comme à mon habitude, je jette un coup d’œil sur mes mails. Surprise rare ! Un  scoop, si je considère l’étroitesse de mon univers ! Je tombe sur le message ci-dessous illustré par la ‘une’ de La Provence – Haut Vaucluse.                                                                          

Reçu par mail le 21 juin…

 Bollène interdit le Chant des Partisans.

« Parmi les trois membres de l’équipe municipale de Bollène qui se sont opposés à ce que soit écouté le Chant des Partisans lors de la commémoration de l’appel du 18 juin 2012, André Yves Beck adjoint aux finances et le directeur de Cabinet du Maire de Bollène. Tous deux étaient candidats, l’an dernier, aux  cantonales sur Avignon et sur Beaumes-de-Venise pour  la Ligue du Sud, la formation politique de Jacques BOMPARD et du suppléant de Marion LE PEN, Hervé De LEPINAU. En refusant que soit chanté le prestigieux Chant des Partisans  sous de fallacieux arguments anti-communistes, l’extrême droite montre une fois de plus son vrai visage, celui du révisionnisme, du mépris des résistants et de leurs familles et de sa haine anti-communiste. Au moment où le Vaucluse envoie deux députés d’extrême droite siéger à l’assemblée nationale, la vigilance s’impose  dans le camp républicain ! Le PCF assure de son soutien les citoyens médaillés militaires pris à partie lors de la commémoration. 

Fédération de Vaucluse du PCF, Le 20 juin 2012 La Provence Haut Vaucluse  du 20/06/12.

Article : La provence.com/article/faits-divers-justice/foire-dempoigne-lors-de-la-ceremonie-du-18-juin

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                Il n’y a pas à dire, la spontanéité méridionale, vient à point pour éclairer sous son véritable jour, le sens pratique et quotidien que renferment les postures et discours des ‘‘politiques’’ de l’extrême droite.

 

Un petit pas vers le système de pensée du « fascisme moderne *», à lumière d’un fait, ‘‘divers’’ mais néanmoins significatif.

 Ce qui semble certain c’est que le vauclusien, il aime jouer ! (Cf. : Ludovic Naudeau) Jeux d’argent -nombre de ses habitants n’en manquent pas-, jeux de mémoire et de souvenirs –les pratiques commémoratives tiennent une place de choix dans les ‘‘distractions’’ offertes aux touristes ébaubis qui accourent se repaître de ‘‘folklore comtadin’’ et de l’‘‘authentique provençal’’ convenu qu’offrent des villages devenus, ZAC et ZI obligent, des sortes de « réserves » (… d’ ‘‘indiens comtadins’’ en l’occurrence) cernées de près par les lotissements et les ‘‘seigneuriales’’. Enfin, jeux politiques dans lesquels la droite aime à caresser les extrêmes, alors que la gauche sait se montrer ‘‘adroite’’ lorsque ce n’est pas ‘‘à droite’’. Toutes choses qui semblent bien ne pas manquer de faire le lit des idées passe-partout qui alimentent le discours politique de la droite extrême ; jusqu’à donner de la substance au vide conceptuel, volontairement démagogique, qui permet à cette engeance de la politique, de dévoyer les aspirations légitimes des populations.

Oh, mais c’est qu’il exagère celui-là ! Et alors…. D’abord je suis ‘‘plus que méridional’’, té ! Et en suite je pense que couper les cheveux en quatre ne permet pas de cerner la ‘‘complexité’’ des faits sociaux. Ainsi, une analyse personnelle me fait penser que, contrairement aux apparences des résultats électoraux, la pensée ordinaire des français n’évolue pas dans le sens des concepts développées par l’extrême droite d’ici et d’ailleurs : l’ « Etat fort », la « xénophobie », la « posture réactionnaire » (l’aspiration à revenir aux normes et aux valeurs qui ont marqué un temps du passé de la culture commune), le « respect » des dominants, celui dû aux chefs, aux leaders, aux curés et aux ‘‘anciens’’ qui argumentent en faveur d’une société fondée sur une conception simpliste (binaires : dominants – dominés) de la dynamique social ;  une « société fourmilières »  à la structure linéaire : « famille », « clan », « ouailles », « troupe », dans le « refuge » -inexpugnable ? !- d’une Nation reconnue et limitée par ses frontières. Tout ce qui n’entre pas dans le « modèle » imposé doit être rejeté, haïs, détruit puisqu’il remet en cause le « dogme » fondateur du mythe d’une « France éternelle » qui, grâce soit rendu aux hommes, n’a jamais existée en tant que telle, même dans ses plus belles réussites, pourtant nombreuses.

Qui peut croire un seul instant qu’à l’aube du IIIème millénaire, en plein essor de l’interconnexion universelle et des transports à grande vitesse, alors même que balbutie le rêve de la conquête des étoiles, le « Français moyen » demeure, encore et toujours, fidèle à son image d’Epinal, en charentaise et béret basque, la baguette de pain sous le bras… ‘‘Minute’’ bien plié dans la poche ?

Pourtant, les faits sont là. Le ‘‘triangle blanc-brun-noir’’ : Vauvert, Orange (Valréas), Carpentras et, surtout, la nappe national de l’électorat frontiste l’atteste : la doctrine « néo fasciste*» fait son chemin en France, pays des « Lumières » et Nation de la « Résistance ». Elle marque les esprits, mystifie les volitions ! Jusqu’où et pour combien de temps ?

 J’espère qu’un prochain avenir nous le dira. Mais pour l’instant dans ce triangle qui me touche de près, 70 000  de mes concitoyens (sur 239 000 inscrits, 29% ! Ce n’est pas rien) se sont fait « rouler dans la farine » de la parole politique de l’extrême droite locale. Du vécu (lire l’article joint ci-dessus) :

A Bollène, 5ème Circonscription du Vaucluse (Maire, Marie-Claude Bompard, épouse de Jacques Bompard, Maire d’Orange, Député nouvel élu Ligue du Sud), il n’a pas fallu plus de 24h pour que les intentions de la « bête néo-fasciste » se dévoile.

Face au Monument aux Morts, la cérémonie de commémoration de l’Appel du 18 juin 1940 a été l’occasion pour la majorité municipale de la ville de Bollène, et à son exemple tous les élus sous l’étiquette « extrême droite », de faire la démonstration des véritables intentions politiques qu’elle cache derrière les idées générales et/ou fumeuses de ses projets électoraux. « Après le salut des porte-drapeaux, une partie du public commence à entonner le ‘‘Chant des Partisans’’ … Mais les élus de la majorité ne l’entendaient pas de cette oreille et demandaient à la police municipale d’intervenir pour arrêter la sono… Une longue altercation ponctuée d’insulte s’en est suivie… ». Que peut donc révéler cette anecdote quelque peu ‘‘clochemerledesque‘’ ?

Peut-être s’agirait-il d’une stupide tentative pour réécrire l’Histoire de France ? Comme le laisse entendre l’article de La Provence qui cherche à présenter un point de vue neutre, au prix d’un point de vue historique douteux. Mais sûrement pas avec l’intention d’assurer une juste représentation de la ‘‘Fraternité des armes’’, de l’ ‘‘Unité des combattants’’ et de la ‘‘Liberté revendiquée et payée du prix du sang » par les « hommes de l’ombre » : FFI, FTP, Partisans, MOI, etc., toutes origines, sang, fois et idéologies confondues !

Car, quoi qu’en pensent et surtout disent ‘‘le Borgne*’’, ‘‘Papy m’a dit*’’, ‘‘le Bonimenteur*’’ et tous les élus et électeurs convaincus de l’extrême droite, la France de 1939-1944 mutilée par la politique d’un Pétain confit dans ses valeurs réactionnaires (Famille, Travail, Patrie) n’a dû son Salut et a regagnée sa Fierté de Nation (valeurs si chère à l’extrême droite ! dixit) qu’à des citoyens « banals » (pour ne pas écrire « normaux ») mais conscients (non aliénés par une idéologie dominante) de la gravité de l’enjeu du moment et qui, par le sacrifice de leur vie consenti, se sont opposés aux forces du « nationalisme », de la « xénophobie », de la violence d’une « Etat fort » qui revendiquait des « frontières » à la mesure de son désire de domination ; toutes valeurs politiques et culturelles signifiantes de la conception « nationale socialiste » de l’Humanité ; tous éléments du projet politique et culturelle que l’on retrouve connotant le discours des extrêmes droites, d’ici et d’ailleurs.

Alors, quel est le sens de l’anecdote de Bollène ? Quelle leçon peut-on tirer (Quelle leçon j’en tire ?) des pratiques d’une majorité municipale qui réduit les symboles qu’elle prétend représenter et défendre, à une seule des faces de la médaille qui la commémore ?

Cela ne montrerait-il pas que la Municipalité de Bollène, la majorité politique qui en est l’expression, cherche à détourner la réalité du fait d’arme commémoré ? Gaullistes et Communistes, mais aussi toutes les composantes Républicaines de la Nation ont su donner leur sang pour la Patrie. Exception faite, historiquement ! des mouvances pétainistes, fascistes, nazis et autres expressions des droites, réactionnaires, calotines et passéistes qui aujourd’hui se retrouvent, plutôt prou que peu, dans le ‘‘Front National’’ et ‘‘La Ligue du Sud’’ (voire la « droite populaire » de l’UMP !) à l’œuvre dans le susdit triangle « blanc-brun-noir ».  

                Mais, ce n’est là qu’un fait divers, un instant infime en comparaison de la durée accordé par ces élus calomniés, à la gestion du « bien commun ».

Certes ! Mais aussi, et avant tout, parce que symbole de droite contre symbole Républicain, quelle importance a l’insulte faite à une chanson ? Fût-elle devenue par la force des choses un des symboles d’un moment héroïque de l’Histoire de France ? Je répondrais : Peu finalement, même si le chant est beau et éveil des sentiments nobles, patriotiques et humanistes. Autant taire ces qualités, inégalitaires qui portent ombrage à tous ceux qui ne les possédant pas, les combattent insidieusement.

Alors, quelle importance a l’insulte à la Mémoire des Combattants morts pour la Patrie, ne serait-ce qu’au travers des vivants conscients et engagés qui par devoir veulent honorer la mémoire des Morts ? Beaucoup plus, infiniment plus car cela constitue un ‘‘sacrilège laïc’’, une profanation de l’idéal des Morts pour la France et, à travers eux, une forme de rejet des symboles de la Résistance à la violence nazi, du concept même de République.

Y aurait-il donc pour l’extrême droite : mémoire et « Mémoire » ? Une que l’on exalte d’autant plus qu’elle  est porteuse des ‘‘objets du débat’’ (démocratique ou non !) qui, à tous moments, peut ouvrir les portes aux interprétations idéologiques, aux idées reçues, aux contres vérités… Et aux querelles de cloché qui évitent d’aborder le fond rationnel des questions ; l’autre Mémoire qui témoigne de « faits » qui participent à donner leur sens aux « choses de la vie’’, aux expériences existentielles, immédiates ou médiatisées du commun des mortels… Et que les ‘‘mal intentionnés’’ cherchent à dévoyer pour les faire correspondre à leurs intérêts les moins nobles, les idéologies du pire, telle que celles proposent les droites extrêmes.

Quelle est l’importance de l’acte d’interdire -faire interdire- une représentation singulière mais constitutive au temps présent, de la Résistance Française à la violence Nazi ? C’est tout bonnement un scandale politique qui mériterait une sanction. Que se passerait-il si l’on chiait sur les sabots du cheval de la Jeanne d’Arc ou devant la porte du bureau de Madame le Maire de Bollène ?

D’autant que, qui plus est, la force publique (Police Municipale) a été requise pour faire taire les Résistants, pour contraindre au silence l’expression totale du souvenir, tenter ainsi de falsifier un Fait de l’Histoire de France. Sûrement pas gratuitement, donc nécessairement pour en tirer une forme d’avantage politique, ne serait-ce qu’éviter que la réalité des faits tangibles ne viennent briser la logique sulfureuse qui conduit vers la finalité, secrète, non dite –inavouable ?- à laquelle conduit inexorablement les projets politiques de l’extrême droite : L’Etat fort, le Nationalisme xénophobe, l’asservissement du peuple aux classes dominantes, l’ ‘‘économie des marchands’’ en lieu et place de l’économie de marché (La belle affaire !).

Au-delà de la naïveté apparente qui semble animer les pratiques des élus de la majorité municipale de Bollène comme de toute l'extrême droite, il faut, bien comprendre qu’il y a la volonté de réécrire une page d’histoire inscrite dans l’inconscient collectif des français. Et, par delà l’anecdote gonflée en acte d’autorité d’une municipalité responsable, faire passer la réalité historique pour de l’illusion idéologique, le fait avéré pour un mensonge politique, un autoritarisme commun (en l’occurrence communal) en volonté politique et quelques idées désuètes qui ont fait la preuve de leur nuisance en programme politique d’avenir. Faire « prendre des vessie pour des lanternes ».

D’un côté, l’idéologie maurassienne, le paternalisme pétainiste, la démission des forces politiques de la collaboration avec l’occupant Nazi ; de l’autre, la Résistance, l’Union des Combattants et la Fierté retrouvée, la Victoire et la reconstruction (par la IVème République, puis par la Vème) pendant les « trente glorieuses »…

Dans cette mise en place simple et claire, il n’y a pas photo ! Les exégètes pourront s’acharner à couper les cheveux en seize pour trouver l’argutie qui donnent raison à leurs intentions, le fait est là. Il est que l’idéologie de la France de l’Etat de Vichy a abouti à la collaboration avec les Nazi alors que l’Union des Français contre l’envahisseur et l’absolue nécessité de définir un cadre politique, un discours ‘‘performatif’’, communicable accepté par tous, donc négocié entre toutes les composantes idéologiques de la France (un Front Républicain ?) a permis de (participer à…) renverser une situation précaire d’occupation militaire et idéologique en Victoire, non seulement sur l’ennemie mais aussi, et peut-être surtout, sur l’autre idéologie (libérale Nord-Américaine) qui s’imposait, naturellement, avec l’aide des alliés.

Puis il y eut l’après-guerre et son histoire qui est, par la force du temps, devenue la notre, celle de la grande majorité de Français vivants qui la nourrit inconsciemment. Parmi ceux-ci, ‘‘le Borgne’’, ‘‘Papy m’a dit’’, ‘‘le Bateleur’’ et un certains nombre d’autres nostalgiques de la manière forte et des populations soumises aux caprices en forme de dictats des ‘‘tout puissants’’. Et, malheureusement, tous les citoyens qui, incapables de retrouver des repères que certaines politiques s’efforcent de dévoyer –pouvoir oblige !- se tournent naturellement vers la facilité, le ‘‘prêt à pensée’’, le ‘‘hard discount’’ de la politique ! Pas cher, pas bon, peu naturel, mais ça rempli en attendant mieux.

 

*- ‘‘le Borgne’’, ‘‘Papy m’a dit’’, ‘‘le Bateleur’’,  « Canard Enchainé » N° 4782 du 20/06/2012

*- « Fascisme » (M. Prélo, G. Lescuyer – Ed. Dalloz, 1992) : Page 421 -373- « Le national-fascisme : … Du point de vue idéologique, il se présente en tant que réaction nationaliste et autoritaire contre l’affaiblissement de l’Etat, …, sous l’influence des tendances libérales et socialistes. Son but est de substituer à l‘Etat démo-libéral déclinant, devenu lui-même socialisant, un nouveau type d’Etat fort, auquel il promet l’avenir. Il est, ainsi, simultanément réflexe de réaction contre le libéralisme, et geste de prévention à l’égard du socialisme et du communisme. »

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