Mais de quoi a peur le Secrétaire Général de la CFDT ?

 

Peut-être craint il que l'ANI, accord du MEDEF qu'il a signé visiblement sans trembler se traduise par une dégradation des conditions de vie et de travail des salariés victimes des PSE présents et à venir ? Ce serait légitime après tout compte tenu du fait qu'il a décidé au travers de sa signature de donner les clefs du camion "social" à ceux qui peuvent tricher sur le bilan réel des entreprises permettant ainsi dans le cadre d'un chantage éhonté d'augmenter le temps de travail ou de baisser les salaires sans aucune contrepartie pour ceux qui créent la richesse.

Mais peut être craint il après signature que le droit de subordination des salariés encadré par le code du Travail ne fasse plus l'objet de remparts suffisants pour faire valoir des droits à indemnisation des salariés qui vont se retrouver au chômage ? Donc sans droit pour ceux qui s'en vont ou l'intensification du travail pour ceux qui restent. Conséquence cruelle puisqu'il s'agit de mettre en œuvre le fameux concept "compétitivité emploi" .

Non rien de tout cela anime la crainte de Monsieur Laurent Berger. Lui ce qui le fait palpiter, ce qui fait vivre sa frilosité c'est "La transparence, le grand déballage" des patrimoines de ceux qui nous gouvernent. Derrière tout ça, ce n'est pas tant pas ceux qui sont au gouvernement et à l'assemblée nationale mais beaucoup plus les entreprises qui font de l'optimisation fiscale sur des comptes offshore. En effet, à ce jour, on ne sait pas jusqu'où peut aller l'exigence de transparence. Celle ci ne concerne pas seulement les politiques dans le cadre de leur exercice mais elle pourrait aller plus loin et notamment au niveau des dirigeants des entreprises du CAC 40. Vous savez ceux qui donnent les  ordres, fixent les prix et conditionnent la rémunération des salariés des PME et PMI et finalement font la pluie et le beau temps.

Ainsi voila bien le grand souci d'un représentant d'organisation syndicale, plus préoccupé par le scandale de patrimoines "exhibés" qui pourraient apparaître scandaleux aux yeux de salariés que par l'intérêt général des mêmes salariés dont il est pourtant censé défendre les intérêts.

Pour la CFDT, un accord qui se fait contre l'intérêt des salariés vaut mieux qu'un mauvais scandale mettant en relief les privilèges de ceux qui ont tout et ne partagent rien. Si ce n'est les miettes qu'ils veulent bien consentir. L'éparpillement des miettes, la CFDT est toujours prête à le négocier. Un peu comme le fameux slogan à Coluche. "Donne moi ta montre et je te donnerai l'heure"

Par la crainte que suscitent ces évènements et leur prolongement Monsieur Laurent Berger nous apporte de manière fulgurante que son appréhension est avant tout animée par la peur de la main dans le pot de cofiture. Peur alors que le partage des richesses devienne une exigence et qu'il est plus que jamais nécessaire de dénoncer une transparence et un déballage au risque d'une déflagration qui pourrait entamer le statu quo d'une situation devenue insupportable pour le plus grand nombre.

Mair revenons à la situation concrète des salariés, des chômeurs, des jeunes à la recherche d'un emploi et de leur revenu. Ils n'en ont pour la plupart rien à faire. L'essentiel pour certains d'entre eux étant de survivre. Le point de vue de la CFDT concernant le risque de la transparence et du déballage pour demain et après demain ne concerne ni les précaires, ni les chômeurs, ni les salariés à bas revenus. A l'aune de leurs difficultés, ces personnes éprouvent d'autres maux pour s'imaginer et seulement s'imaginer le revenu de gens habitant une autre planète. Si cela peut rassurer Monsieur Berger cela reste vraiment le cadet de leur souci. Et si souci il y a, il ne peut concerner que ceux qui vivent avec des patrimoines importants et des rentes de situation que la plupart ne sont pas en capacité de rationaliser. Beaucoup d'entre eux vivent au jour le jour pour payer la cantine du gamin, la paire de chaussure de la dernière ou rattraper l'impayé de loyer et quand ils peuvent s'en acquitter, ils en sont presque à considérer que cela relève du miracle. Alors pour ceux qui ont peur du déballage, qu'ils se rassurent, les plus pauvres ne feront pas forcément le rapprochement.

Aussi, pour un syndicat dans la hiérarchie de ses priorités, cela devient un indécent comble quand ses convictions le conduisent à protéger le fort qui n'en a pas besoin au détriment du plus faible dont il n'est même plus capable d'entendre l'assourdissant murmure. Autant dire que le secrétaire de la CFDT a encore beaucoup à progresser pour percevoir ce qui pour le moment le rend obscène et indigne de sa fonction de syndicaliste.          

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