HADOPI: comprendre Internet pour comprendre l'alternative

 Commençons par un fait étrange, les gens ne savent pas comment fonctionne Internet. Non qu'ils ne savent pas cliquer, ici ou là, pour obtenir ce qu'ils désirent. Non. Mais, ils n'ont aucune idée de comment la page qu'ils regardent est arrivé sur leur ordinateur.

 

Commençons par un fait étrange, les gens ne savent pas comment fonctionne Internet. Non qu'ils ne savent pas cliquer, ici ou là, pour obtenir ce qu'ils désirent. Non. Mais, ils n'ont aucune idée de comment la page qu'ils regardent est arrivé sur leur ordinateur. Y-est-elle d'ailleurs ? C'est étrange, car à l'inverse du corps humain, il n'y a rien à découvrir, tout nous est connu. Internet n'est qu'une création humaine, rien de plus. Pourtant, tout le monde sait ce qu'est l'estomac, l'intestin, les sucs gastriques, mais HTTP reste un terme flou pour la plupart. L'école est largement fautive, mais c'est une autre discutions.

Il n'en reste pas moins que, comme au moyen-age, on invente les représentations les plus fantasques. Je m'avance peut-être, mais il semble que pour beaucoup voir un site web consiste `a regarder, au travers d'un navigateur, un serveur, comme si l'on collais une vitre - une fenêtre - à la surface de l'océan de l'information. Ce mythe du « cyber-espace » aboutit à des déclarations oiseuses: « Internet est un lieu de non-droit ». Internet n'est pas un lieu, c'est un ensemble d'ordinateurs , biens matériels, reliés les uns aux autres dans des pays qui ont tous droit. À l'évidence, les serveurs de The Pirate Bay hébergés aux Pays-Bas sont protégés de la justice suédoise, mais n'en est-il pas de même pour l'argent planqué dans les banques suisses?

Avant d'aller plus loin, prenons donc le temps de préciser certains points. Un serveur est un logiciel qui réponds à des demandes, d'où son nom. Rien de plus, rien de moins et sûrement pas de gros ordinateurs dans d'immenses salles blanches. Par exemple, je demande une page sur le site Mediapart, le serveur lui réponds en m'envoyant une copie et mon navigateur la lis localement sur mon ordinateur. Tout est là. Les ayant droits vendent des copies et, sur internet, tout est copie.

Lors de l'examen du texte sur l'HADOPI, le streaming a été présenté comme une alternative légale et gratuite au téléchargement dit illégal. La bonne blague ! Dans les faits, allez sur Deezer choisissez une chanson, laisser la se charger - c'est à dire se télécharger sur votre ordinateur - puis allez fouillez dans vos fichiers temporaires ( /tmp sur Linux) à la recherche d'un fichier en Flash quelques choses. Voilà, vous avez votre chanson, il vous reste à la convertir dans le format que vous souhaitez. Peu de logiciels pirates ont cette simple efficacité.

A premières vues, la solution est, comme Mediapart le fait, de contrôler l'accessibilité. Il faut payer pour voir. Mais, las, internet c'est aussi des ordinateurs inter-connectés: dès que quelqu'un a le fichier, il peut le diffuser à nouveau. C'est là qu'interviennent les DRM, et leurs lamentables échecs: qui voudrai acheter de la musique qu'il ne peut pas écouter ?

Ainsi, les entreprises culturelles se meurent d'un double paradoxe, celui de vendre des copies quand tout est copie, et celui de contrôler l'accès dans un monde ouvert. Politiquement, l'alternative est la suivante: soit ces entreprises, telles que nous les connaissons, ne survives pas à Internet, soit Internet, tel que nous le connaissons, ne survit pas aux majors. C'est tout le débat sur l'HADOPI, soit on entre dans le filtrage et, in fine, les connections se feront en fonction de leurs contenus - comme si la poste regardai la lettre avant de l'envoyer - soit on trouve une nouvelle façon de payer les artistes et, pour l'instant, seule la licence globale est sur la table. L'avenir nous dira, si l'on a sacrifié Internet sur l'autel du tout marchant.

 

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