Toi aussi, enfume le peuple avec les maths !

Quand on veut parler des choses dans leur ensemble, soit on parle de la moyenne, soit de ce qui sépare une moitié de la population de l'autre. Par exemple, la taille moyenne est de 1m75 et 50% des personnes font moins de 1m75. Dans de nombreux cas, cela revient au même. Nouvel exemple, si dix personnes gagnent toutes 2000€ alors la moyenne des salaires est de 2000€ et 50% des personnes gagne 2000€.

Mais ce n'est pas toujours le cas. Imaginons maintenant que sur ces mêmes dix personnes, 9 gagnent 1000€ quand une seule gagne 11000€. Dans ce cas, le salaire moyen est toujours de 2000€ mais  les choses n'ont rien en commun ! Par contre, 50% des personnes ont un revenu inférieur à 1000€. On se rend donc compte que la moyenne permet de cacher habilement les disparités de richesse, pas la médiane. C'est d'ailleurs pour cela que l'on parle de revenu médian: 50% des français touchent moins que le revenu médian et 50% plus.

Voilà déjà une façon de planquer, sous le tapis des maths, les inégalités. Mais on peut faire mieux.

Imaginons que ceux qui ont un salaire de 1000€ aient une augmentation de 100€, et que le dernier ait une augmentation de 2100€. Les plus pauvres sont donc augmentés de 10% quand le plus riche l'est de 19%. Aussi, on peut calculer l'augmentation moyenne de deux façons. La première consiste à dire que 9 personnes ont été augmentées de 10%, un autre de 19% et que la moyenne est donc d'environs 11%. Une seconde est de dire que la somme des augmentations est égale à 3000€ soit une augmentation de 15%. Dans le premier cas on fait une moyenne simple dans le second une moyenne pondérée qui donne plus de poids aux riches. Au passage l'augmentation médiane reste, elle, de 10%. Ainsi, avec la même augmentation de salaire en argent trébuchant, il est tout à fait possible de dire que l'augmentation a été "globalement" de 10%, de 11% ou même de 15%. Cool, non?

Aussi quand on nous raconte que le coût du travail a augmenté en moyenne de 39,2% en France sur 10 ans, on sait déjà qu'une bonne partie des inégalités a été cachée par l'utilisation de la moyenne. Il est tout à fait possible que le SMIC n'ait augmenté que de 25% et que les plus haut revenenus l'aient été de 70%.

Mieux encore, le fait de parler de l'augmentation sur une décénie fait méchaniquement augmenter les chiffres. En effet, quand les gens lisent que l'augmentation a été de 39,2% sur dix ans, une majorité se dit que l'augmentation anuelle est de 3,92%. C'est faux, car l'augmentation se cumule. Si l'augmentation est de 39% sur 10 ans, elle est en moyenne de 3,3% par an, soit 18% de moins qu'imaginé. Pire, cette augmentation n'est pas à euro constant: ils ont oublié l'inflation ! Avec une inflation moyenne de 2% par an sur la période 2001-2011, l'augmentation du coût du travail est en réalité de 1,3% par an. En gardant à l'esprit tout ce que l'on a dit sur les moyennes, il n'est pas improbable que le salaire d'une bonne partie de la population n'ait pas augmenté, à euro constant, sur la période 2001-2011...

Pour résumé, cette fameuse augmentation de 39,2% a été artificiellement grossie. Elle est donc totalement en décalage avec ce que vivent les gens, mais elle va servir de justification pour bloquer encore et encore les salaires. Ce faisant, les libéraux (de droite et de gauche) vont renforcer le décalage entre une classe aisée qui, sûre de ses chiffres, bloque encore les salaires des plus pauvres alors que ceux ci n'ont pas augmenté depuis 10 ans.

Rien de tel pour avoir un FN à 20%...

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