quand Maouezig regarde dans le rétro

quand l’envie de saisir un crayon, le plaisir de lâcher les mots, l’ardent désir de laisser les phrases s’aligner… prennent corps et enfantent enfin.

l'an dernier j'écrivais :

40 ans de Spi Ouest, 40 ans de Route du Rhum, 40 ans d’amour en conscience de la mer, des marins et du ciel qui ondule sur nos vies, nos rires, nos effrois et nos espoirs.

40 ans que ça dure l’envie de saisir un crayon, le plaisir de lâcher les mots, l’ardent désir de laisser les phrases s’aligner…

40 ans de mépris aussi pourtant, de lâcheté face au boulot monstre de se laisser guider, sans attache, sans remords.

J’ai échoué, j’avoue.

Alors les quarante prochaines années, peut-être, « si Dieu veut » comme disent les Antillais… si je veux plutôt, car qui veut peut, c’est ça ?

2018 année de la réussite, où étais-tu, où m'as tu emmenée ?

Trop gris trop froid en tout cas en ce 30 mai, j’attends demain.

 

 

Les pierres les arbres le ciel

Quelques maisons des quais une pinède

La mer qui va et vient, part et repart. Comme toi.

L’amour qui est là, était là, n’est plus.

Le vent dans les haubans qui siffle.

Le sable qui crisse sous la porte trop longtemps fermée, les volets qui claquent.

Et ta main dans la mienne. Ton regard qui me réchauffe. Toutes les secondes de l’éternité pour savourer l’instant fugace, toutes les merveilles de l’immensité pour attraper un bout de bonheur et courir dans le pré à en perdre haleine.

Pourquoi se poser tant de questions, on devrait pas quand on est si bien, calmes, tranquilles.

Et pourtant.

Comme la mer qui change de couleur, le ciel qui blêmit ou resplendit c’est selon, l’humeur la température le courant… va savoir.

Tout passe et pourtant tout reste aussi.

Mon amour ma solitude mes envies mes déceptions.

La mer qui monte le long des pierres puis redescend asséchant algues et rochers. Puis remonte pour abreuver de sel jusqu’aux plus basses branches des tamaris, les jours de grand coeff.

Et soudain tout est paisible, ensoleillé, reposant.

Et après c’est la brafougne d’équinoxe, on craint que le toit ne s’envole, que les caves soient inondées, mais non, tout sèche, les ruelles ventées retrouvent quiétude et lenteur, les mamies osent ressortir entre les penty cossus, quelques voiliers bravent le Trého pour s’en aller quérir l’aventure au-delà de la vue des terriens.

Et ainsi de suite depuis la nuit des temps et pour des générations entières. À moins que. Le monde moderne, le réchauffement climatique, ta mère ou la cousine de sa belle-sœur en ait décidé autrement.

Et on ne peut même pas croire en demain, car que serions-nous si cela advenait, ce qu’on a espéré ? de piètres copies de nos rêves, de pales avatars de la vie d’après, celle de quand on sera grands et capables.

Pour l’instant on serait des enfants, d’un demi-siècle certes, mais de tout petits êtres incertains et faiblards, baillonnés par notre passé, affaiblis par nos savoirs, apeurés par l’idée d’avenir.

On veut juste le présent, sûr et certain, l’air qu’on respire maintenant et l’eau qui coule sous nos yeux, qu’elle soit montante, descendante ou étale.

Le jusant. Ça c’est un mot magique. Plein de voyages, de vies, d’innombrables possibles. Des trucs abordables, touchables du bout de nos doigts fébriles, sans surprise de taille, mais pas monotones non plus. Des petits événements guillerets, des pensées positives, de la nonchalance et quelques petits pas de travers pour voir. Puis retour au point de départ, et recommencer. Avec des nuances. Ou pas. En tout cas doucement, comme dans la chanson de Voulzy.

Et sinon un jour tout pétarder, remuez-moi ce quotidien, pétez les limites du possible et chamboulez-moi tout ça.

Renoncer au confort, renifler l’air qui change, engoncer le costard de l’indifférence au regard des autres et se barrer, mains dans les poches, humer l’atmosphère inconnue d’un chemin différent.

Un jean, un chandail ou une robe légère, selon, et hop on part tranquille. « À l’aventure » ou sur des rails, mais on quitte, on s’arrache, on se casse respirer ailleurs.

Ce que j’aurais aimé faire à plusieurs époques, et puis non le boulot ou les enfants ou un autre germe de possible, et non.

Changer les gens, les modes de pensée, influencer, infléchir… convaincre, donner le bon exemple, l’envie aux autres d’essayer une autre façon, flécher un autre chemin pour les aveugles de la balade, les sourds aux sirènes de l’espoir d’un monde meilleur.

Arrêter de pérorer, parloter, gesticuler. AGIR.

Mais non, je l’ai pas fait. Ou alors sans le savoir, pas de cette manière-là, ni dans les résultats escomptés.

Est-ce ça, mes rêves de nouvelle maison, de lieu inconnu, de recherches éperdues ?

Ou bien ? ça va arriver ?

 

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