sortie de confinement - jour 4

petite envolée de phrases saisies en bord de mer, hier, avant-hier et ailleurs, #4 - 28.01.20 – Le Pô sous le suroît glacé

Le Pô glacé Le Pô glacé
Marée basse – tous ces verts gris marron

Pontons échoués, vaguelettes brassant l’écume, à peine la tête sortie, courbée sous les bourrasques froides.

Les mini-dunes des rives sont blanches comme la nacre, lisse comme l’intérieur d’une coquille où la perle enchâssée pourrait nicher bien à l’abri.

On distingue les cristaux de sable et de roche soulevés par le vent violent en un panache de fumée fine.

 Le pouce toujours douloureux de l’entorse d’avant les vacances, les doigts gourds de toute cette froidure hivernale, je tente de renouer les fils de mes pensées pour les rattacher au geste d’écriture.

Une envie pressante va bientôt me chasser de ce havre hors du monde, pour une nouvelle tentative de rejoindre les humains malgré mon envie lancinante de les fuir, d’en rester aussi éloignée que possible, de fermer hermétiquement oreilles, yeux, esprit, pensées, à ce monde imparfait qui me terrifie.

La douleur du pouce est trop intense, dès que ma main se relâche, le lancinant rappel de cette maudite contusion crispe mes réflexions en une intense déception : il me faut renoncer.

D’ailleurs il fait trop froid malgré le soleil qui perce entre les nuages et tente de vaincre le tumulte des bourrasques ou tout du moins d’en atténuer l’inconfort.

 Régal des yeux à présent, teintes irisées d’aquarelle sauvage, quelques mouettes planent vaillamment au-dessus des échassiers profitant des derniers moments du jusant.

La voiture bouge au même rythme que les ailes du goéland qui remonte le courant d’air.

 

© Gwenn Abgrall-Servettaz

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