20.05.2020 - fin d'un déconfinement honteux

C’était quoi l’histoire ?

Juste une fontaine, une allée de palmiers dans l’oasis, un petit rayon de soleil qui perce entre les branches.

Deux trois verres de vin, une once de farine bien liée aux œufs et au sucre qui font  un beau gâteau, des rires et des regards, l’alléchante allégresse de nos peaux qui se hument, de nos corps fatigués mais si heureux des retrouvailles.

Et puis le fracas des nuées, là-bas hors les murs, la sueur les cris et la lueur blafarde du lendemain de guerre.

Et puis aussi l’amour, toutes ces têtes blondes enivrées de pollen, de rêve d’air pur et de forêts impénétrables.

Mais putain le John Deere ou le Massey Ferguson qui passe et casse l’ambiance. Mais non petites mésanges enfin revenues, en nombre et farouches autant que téméraires, à picorer la noix de coco abandonnée depuis des lustres, à virevolter entre chênes et aubépines malgré les relents nauséabonds du paysan qui passe…

Bientôt les volutes de son dédain auront un goût ancien que rien ne pourra remettre au centre de vos vies. Nous sommes du même amour, hirondelle au ventre offert au couchant dans ses volutes tournoyantes, grillons enivrés de l’air libre du soir, fraîcheur de l’air si suave et piquant à la fois.

Nous sommes le tout qui enchante vos jours, vos nuits et toutes les belles pensées qui voguent entre les cœurs, nous sommes les poils hérissés de tendresse, les larmes essuyées sur des cils lourds de khôl, nous sommes les peines et les joies, le vert tendre des feuilles du hêtre et la blanche mousse  des chenilles bientôt chrysalide.

 Et bon dieu qu’elles sont arrogantes, ces pépites de sons et d’air brassé doucement, pour mon enchantement, mon enfantement et mon lent trépas tour à tour ? !!!!

Tu veux pas un palet, un au sarrasin, tu sais, ceux qui envoûtent nos papilles et restituent au fond de nos cœurs la douceur de nos grands-mères, atténuent l’amertume de nos rancœurs, dissipent les souvenirs les plus âpres de nos vies passées trop vite ?

Sans rire, quelques onces de sucre et de recettes ancestrales, une pincée du sel de la mer et tout le jusant qui va avec, qui pourrait se retenir d’en manger, d’en goûter le bienfaisant caprice, l’enthousiaste ritournelle ? Je savoure, solitaire, tous les bienfaits de cet étonnant biscuit, me remémorant les après-midis suaves à la maison de retraite, les soirées enfumées et les aubes traîtres de déconvenues amoureuses ou des débuts de nouveau monde. Les miettes patiemment rassemblées, goulument avalées, me vient une envie de liqueur forte, un peu tourbée ou franchement alcoolisée.

Les pigeons, rapaces ou derniers passereaux achèvent leur dernier tour d’espace, bientôt le soleil ne réchauffera plus que l’autre partie du monde, celle qu’on ne voit pas, celle qu’on ignore toujours malgré la connaissance de son inexorable présence à côté, celle qui nous nargue et nous rassure, celle qui nous forme et susurre à nos oreilles et nos cœurs alléchés l’herbe plus verte, le ciel plus bleu et toutes les merveilles dont ne nous saurons jamais ni la senteur exquise ni l’incestueux délice.

Le clocher de l’église tinte, comme en d’immémoriales noces, l’union du jour finissant et de la prochaine nuit.

D’aucun·es gambergent au temps qui passe, à la réalisation de leurs œuvres grandiloquentes ou bassement matérielles, d’autres atermoient en d’indicibles remises en question ou à plus tard ; j’en suis.

Et le corbeau et les pies dernières à tirer le rideau de la représentation du jour.

Voilà.

Le jour s’achève.

Demain d’autres moucherons, de nouvelles stridences et de multiples frasques, envies, facéties.

Pour toujours encore. C’est écrit.

Bonne nuit les gens !

 

soir soir

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