20.03.2020 - ce soir toujours vénère

quand ça commence à sentir le cramé

Demain j’irai faire des courses avant que vous ne soyez levés.

Du beurre du lait des fruits et des accras.

Un peu de poudre à lever pour les gâteaux, des barres de céréales du jus des scones à cuisiner comme au bon vieux temps de mes études à Cambridge.

Et puis sinon deux trois chocolate powders pour faire les puddings qui collent au palais après la longue après-midi à tergiverser sur la recette adéquate.

Et sinon tout mon amour

Par-delà l’espérance d’un jour meilleur,

Après les chimères vendues par des énarques

À un peuple de zombies tout droit sortis de chez Lidl.

 

Le verre de Nikka d’une main, tous mes rêves éteints de l’autre,

Je n’ai plus de doigts pour vous écrire encore

Rien que des notes entendues l’autre nuit, quelques bribes d’un conte russe ou d’une mélopée andalouse…

Que sais-je, plus grand-chose, en cette anémie mondiale, cette perpétuelle souffrance qui suinte par tous les pores de la planète notre mère.

Se resservir encore, pas le dernier verre, non : l’antépénultième, comme j’aime ce mot : qui précède l’avant-dernier. Le podium à l’envers, le grand vainqueur des perdants.

Et sinon les mômes qui cherchent une dernière blague avant le sommeil, le recueil de devinettes ou de bons mots grand ouvert sur le chemin du marchand de sable.

Confinement, soir 25 : j’ai arrêté de compter, depuis le temps. Oui, vous savez, celui qui se prélasse et nous nargue en attendant la faucheuse ou la moissonneuse-batteuse, selon qu’on habite le Haut-Rhin ou la Creuse.

Quelle ignominie quand même, quand on y pense ! « déshonneur public, une peine, une action infamante = honte, infamie, opprobre » oui pas de la gueule quand même notre président, ses sbires et le préfet au plus près de nous – pas trop quand même, pour la contagion …

dis-donc les gars, ça vous dérange pas trop d’être payés avec nos impôts ? comme qui dirait, on vous élève on vous nourrit, et après c’est comme tout pareil, bande d’ingrats, non contents de nous rire au nez, vous nous envoyez à la morgue direct… ah oui mais non, ça va être comme en Italie, un linceul vert hôpital et hop au créma sans passer par la case funérarium, hop direct à la fosse, y a plus de place dans les cimetières il paraît.

Francesca, digne cousine romaine ou florentine, chère amie de nos cœurs meurtris, comme tu avais raison, vous êtes notre futur, et nous sommes le triste passé de ces êtres sans honte ni vergogne…

À nous maintenant de construire l’avenir, fonder nos rêves et nos illusions en un socle commun de paix et de respect.

Je pleure en relevant la tête, je suis blafarde mais gaie, la paix va régner sur les ruines de leurs turpitudes.

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