25.03.2020 – au réveil, 6h30, nouveau spleen

depuis quelques jours, place aux doutes et à la tristesse face à l'ampleur du désastre.

Depuis le 15 mars, début du nième chapitre du foutage de gueule gouvernemental avec les élections piège à cons (on était quand même nombreux à s’y jeter, entre les canines du grand méchant loup Corona), dix jours déjà de tâtonnements dans le brouillard de nos nouvelles vies.

On avait dit que cette année, on ferait des livres, des voyages et des fêtes de famille, qu’on aurait notre bac ou notre permis, qu’on irait en Irlande, au bout de l’Amazone ou voir la Grande Muraille. On pensait s’offrir quelques jours de break, remonter la pente ou divorcer. On espérait fort, dans l’entre soi de gens de bonne compagnie, aller de l’avant, prendre les rênes d’une commune, d'un business ou d'une famille.

Tant de choses à faire, de mondes à changer…

Et puis bam, prends ça dans ta gueule, tu vas rien faire du tout. T’auras plus d’autres news qu’un décompte de cas, une courbe exponentielle de décès, une hérésie de gouvernement, une flopée de décisions incohérentes et toutes les larmes de ton corps pour t’abreuver.

Exit les yeux rieurs de ta grand-tante qui raconte les années 30, adieu la douceur des mains de ta maman qui joue du piano depuis soixante-quinze ans, bye-bye les blagues alambiquées de ton papa qui a tout appris seul, de loin les pensées exquises et les bons mots de tes frangins adorés.

Va falloir t’y faire, mais en toi c’est le vide absolu, la liste des interdits s’allonge : pas de projet, pas d’expectative, les idées au plus noir de la nuit et toutes les aspirations, nada. Les dictionnaires prennent la poussière, les cahiers de notes à spirales grincent de rouille, aucune page ne se remplit plus d’autre chose que de grisaille et de ratures sur des phrases qui ne voient aucun point au bout de la ligne.

Le cœur serré, je pense à Loeiza qui arpente toujours le sentier des douaniers, Maouezig qui continue de creuser la mémoire vive des années effleurant entre les murets de pierre sèche, Louis-Marie qui regarde au loin, là-bas sur l’horizon, arriver le navire qui n’accostera jamais.

Le spleen de Baudelaire, saudade des îles vert bleu de mes rêves, p… qu’est-ce qu’on a fait, ou plutôt, et surtout, comment on va faire ??!!!

J’ai plus de puissance, juste des bribes d’énergie vite bouffées par le train-train du confinement. Lutter pour ne pas sombrer, aligner les journées insensées, tirer à la force des reins une tonne de désillusions sur la carriole déjà lourde du fardeau des ans.

Les minutes défilent à la vitesse d’un escargot en vacances, le temps se prélasse, quel est le sens de tout ça ? Où sont les auteur·e·s, les chanteur·se·s, les musicien·ne·s qui pourraient donner le change à ce présent distordu ?

Je bugge.

 

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