étudiant-e-s à la rue

26.11.19

On leur dit va faire des études

Continue à étudier

Tu seras plus à l’aise plus tard pour bien vivre si tu as un  diplôme

Alors ils y croient, ils vont sur Parcoursup et dans les salons de l’étudiant où des pros du marketing et des publicitaires les accueillent à bras ouverts pour leur vendre des métiers de dans dix ans quand ils auront dépensé plus que leurs parents pour une voiture, pour juste avoir un certificat, un papier, un titre, une chimère en fait.

Et après on les traîne de rêve en mirage, à coup de semestre à finir et de stage à décrocher, pour que toujours et encore ils aient l’impression d’accéder bientôt au nirvana de leur jeunesse : avoir le job de leur rêve.

Et en fait non, c’est la queue chez Lidl le jour de la bourse, ou pas.

C’est le dimanche chez papa maman,  quand ils n’habitent pas trop loin ou ont pu profiter d’un covoit’ ou d’un billet ouigo en promo.

Et sinon, c’est même plus pâte carbo ou raviolis à six sur une boite de 300g, c’est fouillage de poubelles et ticket de RU partagé à trois.

Mais sinon les poubelles du Ritz sont encore pleines.

Mais sinon les fins de banquets de partis politiques remplissent toujours des containers de déchets et les petits fours d’inauguration sont toujours approvisionnés par kilos dans les préfectures, les mairies, les assemblées générales des grands groupes financiers ou industriels.

Mais c’est pas grave, on va bientôt tous mourir, crever en fait, de cet immonde jetlag entre nantis et précaires, de cette misère intellectuelle et morale dont on a essayé de leur faire croire qu’ils en sortiraient, qu’ils seraient les derniers à en souffrir, qu’ils pourraient changer la donne si ils faisaient des études.

Mais sinon on leur dira rentre chez toi quand ils iront dans la rue pour autre chose que mendier : aujourd’hui ils iront mouiller le fond de leurs baskets trouées pour dire à la France qu’ils ont mal, et les bleus leur bazarderont du mépris et des lacrymos pour leur démontrer qui est le plus fort ici.

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