On avait dit pas de prise de tête
Juste l’envie le mystère de nos peaux
abrasées des caresses de nos doigts tâtonnants.
Le port grouillait de bobos et de voiles, l’air sec et léger donnait aux bleus la fraîcheur ancestrale des marées de printemps
Le sable entre vareuse et 501 agaçait nos mains fiévreuses avant la découverte sublime d’un arc tendu vers l’oubli torride.
Sous l’eucalyptus tendre et aérien
La beauté sans nom de nos vies
Pâmés par la déraison d’un désir illusoire, affamés de nos bouches autant que de nos larmes, errant d’un cri de joie à l’ultime frisson,
Nous allions forcément
Vers le meilleur, c’est tout.
Et puis le soir et puis les nuits,
Les voyages et tout ce bruit
La ferme dans le bas du vallon
L’air fin doré du jour
Quand les convives dorment
Au matin du lendemain.
Et aussi la main tendre
de l’enfant rassuré,
L’envie farouche et âpre
qui monte de l’aimer, le serrer, le garder
Et encore la rosée sur la plage au réveil
Les cheveux emmêlés du sel de la veille
La peau qui tire et ride été après année
Les fabuleuses vagues
et les tristesses, aussi.
Tout cela est gravé dans les murs dorés
Sous les pavés reluis par les pas, les foulées
La mer les a bercées, câlinées, ressassées
Ces mille et une phrases sur les quais échouées.
Une laisse hétéroclite jonche maintenant ma vie
De bouts de pacotilles, d’éphémères oublies,
Un enchevêtrement d’élans, de non-dits et d’envies
La découverte intense de l’eau bleue et du rire,
La recherche effrénée des soirées de délire
La sensation avide du plaisir sans contrainte
La soif inextinguible des aurores apaisées.
Je voulais dire tout ça
Et ta main, et tes yeux
La lente et douce morsure
De tes dents audacieuses
Le délicieux émoi de mes rêves sous tes doigts
Et plus encore toujours
L’extase de l’amour.
***
Lentement au lointain l’âme trahie se transforme en nuée, la colère gronde et monte en d’imposants nuages.
Le vent fou et les branches reprennent de plus belle leur danse échevelée.
Les oiseaux se sont tus, attentifs aux ébats
des feuilles sous la bourrasque.
L’air est vif, le ciel pur, lavés de tous les miasmes avant le prochain grain.
Une main tendre et douce lisse les draps froissés, la nuit a été longue, mouvementée et ardue.
En son sein elle a vu
les beaux jours, les années,
défiler en une sarabande de banquets et de rires,
de voyages aux confins d’un monde ancien et riche,
aux rivages du temps où son pas allait, vif.
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Tracassée ou sereine, elle ne saura jamais l’âme étroite du vide. Toujours en mouvement, l’esprit alerte et gai, malgré les contingences, les défauts et le temps, ce maudit ennemi qui avive les blessures en gommant les sutures, ce précieux garde-fou des illusions fanées, face au gouffre des regrets et des chemins à tout jamais fermés.
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Au trente du mois remettre les clefs du coffre. Avec ou sans scrupule, en doute comme en peine, avec joie ou regrets, déléguer ce pensum de relire, annoter, biffer l’exagéré, lustrer pépites et bijoux, récurer les bords de l’assiette des agapes passées pour à nouveau demain avoir place nette et propre.
Le cerveau encore fumant des gamberges passées, des émois prononcés tout au bout d’un stylo, l’encre à peine séchée, il faut recommencer, ou plutôt continuer.
L’élan du balancier continue, effréné, en une course étrange, à maîtriser ma prose, à guider main et âme vers les continents de phrases, les espaces vierges et farouches du livre de demain.
Relire pour oublier, ajouter peu retirer beaucoup, ne pas céder au hasard la place ni l’absence, laisser sa chance au jeu, décider de l’oubli comme de la couleur de l’écrin, ajuster au plus sensible chacun de mes peut-être.
Et toujours et encore, revoir l’angle du mur, là-bas sous la fenêtre, le parquet qui craquait, la vieille moquette usée, un rideau qui frémit, une porte entrouverte.
Compter les syllabes, plutôt six alors, se creuser les méninges en de vagues rappels d’un cours, d’un livre ou deux, et renoncer au vide vertigineux des académismes pour trouver refuge dans l’aléatoire mais ô combien jouissif état de création sans barrière ni scrupule.
Les mots jouent avec moi et j’aime à leur laisser me dicter leurs grammaires, leurs rythmes et leur saveur.
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La mouette blanc vif sur le noir du ciel gris, passe entre les verts tendres des chênes au repos. Bientôt l’ondée gronde à nouveau, le suroît reprend sa course folle vers l’Est naissant. Cavalcades de moutons hirsutes, j’imagine la mer en cet état idem.