Union de la gauche, est il suffisant de vouloir des fleurs et des papillons?

Voilà maintenant quelques semaines qu'on nous parle du monde d'après. D'un monde où les gauches devront être unies. Mais derrière ces débats en direct sur internet, rien de très concret en matière d'idée ne se dégage...

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Ha la fameuse union de la gauche, voilà maintenant des dizaines d'années qu'on ne jure que par elle, notamment depuis la victoire de François Mitterrand en 81, accompagné dans l'imaginaire collectif militant d'un fantasme autour de ce qu'a été le Front Populaire. On nous parle de nouveau Front Populaire, d'une grande union de la gauche ou encore d'un Big Bang. Mais suffit il de vouloir des fleurs et des papillons pour construire un vrai projet?

Cette volonté de vouloir à tout prix unifier ces gauches est avant tout nier plusieurs points.

Premièrement la divergence sur l'union européenne. Cette même question qui avait soit-disant empêché le ralliement de Benoît Hamon à Jean-Luc Mélenchon en 2017. Maintenant même les plus modérés à l'image de Raphaël Glucksmann, pourtant réputé europhile, qui déclarait par rapport à l’échec de l'UE vis-à-vis de la crise sanitaire: "Ce n'est pas la responsabilité de tel ou tel gouvernement ajoute-t-il, c'est beaucoup plus profond comme processus de perte de souveraineté. Nous ressentons de l'impuissance, sur laquelle il faudra reconstruire une souveraineté industrielle et politique". Quelle ironie, après avoir été la justification politique de l'anti-mélenchonisme, les voilà à faire leur mea culpa non assumé, car il n'est pas question de reconnaître leur tort et donc d'avoir empêché cette fameuse victoire de la gauche en 2017. Cependant il n'est toujours pas question ici d'envisager un plan B qui pourrait éventuellement conduire à la sortie de l'Union européenne. L'europhilie et l'éventuelle possibilité de sauver l'Union européenne sans mettre un coup de pied dans la fourmilière sont toujours à l'ordre du jour. Ce qui veut dire qu'une alternative qui refuse d'aller jusqu'au bout de sa démarche notamment sur le plan économique et social, se retrouvera forcément confrontée au mur de l'argent qui s'incarnera avant tout par l'UE et l'Allemagne. Si cette alternative n'est pas capable d'envisager une seule seconde la sortie de l'Union européenne, alors les rapports de force sont écrits d'avance...

Le deuxième point que la volonté d'unité nie est tout simplement ce que sont aujourd'hui les gauches. Il n'est pour l'instant pas question d'exclure le parti socialiste dans cette idée d'union de la gauche. Mais il ne faut pas oublier que même vidée de ses membres, il comprend encore énormément d'anciens fidèles de François Hollande et de sa politique économique, comme la mémoire est courte à gauche pour certains... Deuxièmement c'est nier la confusion libérale dans laquelle oscille EELV. Faut-il rappeler qu'il y a moins d'un an, Yannick Jadot déclarait que "l'économie de marché était compatible avec l'écologie", faut oublier les récents votes de EELV au parlement européen notamment contre la possibilité à la BCE de prêter directement aux Etats membres et d'annuler une partie de la dette. Pire Jadot, Rivasi et Delli, tous trois députés EELV au parlement européen ont voté contre le fait de s'opposer aux réductions de salaires et aux attaques contre les droits des travailleurs, L'union de la gauche n'a donc de gauche que le nom.

Ne pas considérer le PS et ce qu'est aujourd'hui EELV comme ce qu'ils sont, des partis libéraux et donc opposé à notre camp, est une faute politique grave. Une faute politique qui pourrait engager une nouvelle trahison dont notre camp ne se relèverait pas après avoir tant trahi par le passé. Preuve aujourd'hui que le mot gauche ne peut toujours pas être correctement réhabilité: peut-on inclure des leaders qui étaient soit frileux soit carrément hostiles face au plus important mouvement social depuis ces dernières années qu'ont été les gilets jaunes?

Ne plus considérer une union de la gauche mais une union des républicains écosocialistes face aux technocrates autoritaires (à nuancer bien évidemment,  EELV et le FN ne sont en aucun cas semblable) semble bien plus pertinent et permettent de faire le tri. Si ce n'est pas le cas, un nouveau bloc social-libéral se reformera à la gauche de LREM et risquera d'entraîner directement la mort de notre camp.

Et c'est le risque car quand le seul projet est l'union de la gauche avec des fleurs et des papillons mais sans réel projet alternatif, le questionnement sur les réelles idées est permis.

Car comme l'a dit une grande penseuse socialiste, "quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup".

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