Le confinement révèle au grand jour la précarité étudiante

C'était en Novembre dernier, un étudiant tentait de mettre fin à ses jours en s'immolant devant un centre du CROUS, en laissant une lettre dans laquelle il expliquait son geste dû à la situation de précarité où il se trouvait. Cinq mois après malgré les alertes des organisations étudiantes, rien n'a été fait et le confinement enfonce encore le clou de la précarité étudiante.

Le confinement qui précarise les plus fragiles économiquement n'épargne pas la jeunesse, loin de là. Rappelons d'abord qu'aujourd'hui environ la moitié des étudiants exercent une activité rémunérée pendant leurs études. Ces jobs étudiants, souvent des contrats précaires (livreur, caissier, préparateur de commande, garde d'enfant), ne peuvent s'exercer en télétravail. Ainsi, beaucoup d'étudiants se retrouvent actuellement sans emploi et ont donc moins d'argent ce mois-ci, que ce soit pour payer le loyer, ou subvenir aux besoins vitaux. 

Rappelons que rien n'a été fait par le gouvernement depuis des années si ce n'est une indexation des bourses sur l'inflation, ce qui ne représente que quelques euros. La plupart des étudiants restent sous le seuil de pauvreté s'ils ne se contentent que de ces bourses. Sans oublier qu'à l'université, seulement 40% des étudiants sont boursiers. Ainsi, les étudiants ont soit recours aux parents, soit sont obligés de travailler. Pire, n'oublions pas non plus que le gouvernement a supprimé 5€ sur les APL alors même que plusieurs enquêtes alertaient sur l’appauvrissement croissant des étudiants.

Nous pouvons admettre que pour le confinement, le CROUS a augmenté les capacités d'aides exceptionnelles, ne fait pas payer dans plusieurs villes les logements CROUS non occupés (étant donné que beaucoup d'étudiants sont rentrés chez leurs parents), et propose des aides alimentaires. Mais tout cela est bien sûr insuffisant. A cela s'ajoute une inquiétude pour cet été: la suppression de jobs saisonniers plébiscités pourtant par énormément d'étudiants pour pouvoir se faire "une réserve" pour l'année à venir. Si la tendance venait à se confirmer et que beaucoup d'étudiants ne pouvaient avoir de job cet été, la situation financière de ceux-ci pendant l'année 2020/2021 pourrait d'autant plus se dégrader.

Penchons-nous maintenant sur la tenue des examens. La continuité pédagogique ne traite pas les étudiants à égalité, entre ceux chez leurs parents nourris logés, et ceux qui doivent se débrouiller seul chez eux, tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. Les organisations étudiantes ont ainsi soulevé les problèmes que pouvait avoir une tenue des examens en ligne1.

Face à cela, qu'a proposé le ministère de l'enseignement supérieur? Rien, à part des prestations minimum effectuées par le CROUS et les établissements. En revanche la priorité de la ministre semblait être concentrée sur un autre sujet. Certains établissements, ayant voté la mise en place de devoir maisons à réaliser sur le temps long pour les examens, d'autres proposant des validations de semestre face à l'impossibilité d'organiser des examens en ligne égalitaire. Sa réponse ne se fit pas attendre:"Si les circonstances actuelles obligent à adapter les modalités du contrôle des connaissances, la neutralisation pure et simple du semestre en cours ou sa validation automatique met en péril la qualité des formations dispensées". 

Ainsi l'objectif pour elle était de garder la sacro-sainte "valeur du diplôme" quitte à faire rater des étudiants au mépris de leur situation personnelle, soit à les obliger à redoubler, ce qui peut s’avérer d'autant plus précarisant si ceux-ci ont épuisé leurs crédits de bourses, ou alors purement et simplement les faire renoncer à leur diplôme. La ministre n'en a que faire, pour elle "Il n’est pas question que les diplômes soient bradés cette année". A se demander ce qu'est la fameuse valeur du diplôme, doit-on valoriser l'enseignement suivi tout au long de l'année, ou bien un chiffre posé en haut d'une copie double? Pour la ministre le choix est fait.

Néanmoins il faut souligner les actions qui émergent de partout pour venir en aide aux étudiants. L'épicerie gratuite de Rennes 2 par exemple propose toujours ses services malgré le local fermé2. Les syndicats proposent des aides financières ou alimentaires en partenariat avec les établissements.

La précarité étudiante va croissante alors même que le nombre augmente d'année en année, le confinement enfonce le clou. Il ne fait pas de doute que si des décisions fortes ne sont pas prises dans les prochains mois, les conséquences financières seraient terribles pour beaucoup d'étudiants dès la rentrée prochaine.

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