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Billet de blog 4 oct. 2016

À Bruxelles, une nouvelle conférence pour aider l’Afghanistan

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À Bruxelles, une nouvelle conférence pour aider l’Afghanistan

 Aujourd’hui et demain, 4 et 5 octobre 2016, se tient une nouvelle conférence internationale au sujet de l’Afghanistan, la onzième depuis 2001. Y participent 70 pays donateurs et 30 institutions internationales et ONG.

La délégation afghane composée d’Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah espère obtenir 3,5 milliards de dollars pour les quatre prochaines années.

Bien que le gouvernement afghan d’union nationale ait été incapable de dépenser 30 % de son budget de l’année sur les 10 mois écoulés, il souhaite que cette aide arrive directement dans les caisses du ministère des finances et figure dans le budget national plutôt que sous forme de financement de projet.

Personne ne sait comment la communauté internationale pourra accorder un chèque en blanc à un gouvernement qui a montré son incompétence et son incapacité à résister aux pressions des différents partis.

En effet depuis la formation du gouvernement d’union nationale en septembre 2014, après l’intervention sur place de John Kerry, l’Afghanistan est devenu un théâtre des affrontements des partisans d’Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah dont les Afghans sont les spectateurs.

Depuis deux ans, aucune des promesses faites par les signataires de l’accord d’union nationale n’a encore été tenue.

Les Afghans attendent toujours les réformes et mesures en faveur de la paix, de la sécurité de la stabilité de l’État de droit et de la croissance économique. Plus grave, la loya djirgah[1]n’a toujours pas été convoquée pour changer la constitution et créer le poste de Premier ministre que Abdullah Abdullah occupe depuis deux ans en tant que chef exécutif.

Est-ce que la simple signature d’un accord de paix avec Hekmatyar, chef du parti Hezb-e Islâmi et, depuis 2001, farouche opposant de la présence américaine dans le pays, sera suffisante pour que les Occidentaux accordent encore une aide directe pour le gouvernement d’union nationale ?

Signalons que l’accord de paix signé avec Hekmatyar est déjà contesté par Modjadidi, leader du parti Nejât-e Melli, président par intérim d’Afghanistan en 1992 et président du sénat en 2005, par ailleurs puissant chef spirituel. Le climat de méfiance qui règne à Kaboul et en province ouvre les portes du pouvoir chaque jour un peu plus aux talibans.

Ne parlons plus de sécurité quand il ne se passe pas un jour sans que les journaux nous annoncent des attentats, des enlèvements, des vols et des viols.

En ce qui concerne la stabilité politique, l’usurpation du pouvoir par les chefs de guerre au nom de la démocratie par des élections frauduleuses au vu et au su des Occidentaux a créé un tel climat de méfiance que non seulement les chefs qui se partagent le pouvoir se détestent mais que les différentes communautés qui composent la nation afghane ne se sentent plus membres d’un même communauté nationale. Finie l’époque où je chantais la complémentarité des nomades pashtounes avec les paysans hazaras, ouzbèks ou tadjiks...

Quant à la croissance économique et à l’État de droit, il faut se souvenir que la croissance dont les économistes nous ont parlé à tort pendant quelques années venait des millions de dollars que les militaires et les ONG injectaient pour aider à la reconstruction et non de l’économie réelle.

Les Afghans qui ont un besoin vital de cette aide vont arriver à Bruxelles les mains vides. En face d’eux les Occidentaux ont conscience de leur échec et du gaspillage de milliards de dollars déversés sur un pays exsangue à la fois politiquement, socialement et économiquement.

Pour tenter de construire un minimum de stabilité, les Occidentaux, en contrepartie de cette aide, vont agir de deux manières :

-       les Américains vont garder l’Afghanistan contraint et forcé sous perfusion financière en exigeant du gouvernement d’union nationale de lutter contre la corruption, la culture du pavot, d’améliorer l’État de droit, etc.

-       les Européens, qui doivent gérer l’arrivée massive de réfugiés ‑afghans notamment‑ vont exiger le retour en Afghanistan de ceux qu’ils considèrent comme des réfugiés économiques (environ 80 000).

Les Américains qui, par leur précipitation depuis 2001, ont privé l’Afghanistan d’un État véritable en faisant des alliances avec les chefs de guerres et en les achetant avec des valises de billets verts sont les principaux responsables de la corruption. En effet, dans un pays où tout s’achète en dollars, la corruption aux différents échelons de l’administration est devenue sport national. Car dans ces administrations, tant civiles que militaires, les salaires des fonctionnaires sont si bas que, s’ils n’ont pas recours à la corruption, ils ne peuvent ni payer leur loyer ni envoyer leurs enfants à l’école ni même payer leur transport quotidien.

Quant aux Européens qui accorderont leur aide financière au gouvernement afghan en contrepartie du retour des réfugiés, il faut qu’ils sachent que l’État afghan doit déjà gérer le retour du Pakistan et d’Iran de quelque 5 millions de réfugiés et qu’il n’aura ni les moyens ni le courage politique de créer de bonnes conditions de retour de ces refugiés d’Europe.

Dans les deux cas, l’argent des contribuables américains et européens sera gaspillé, la guerre et l’instabilité aideront les talibans à accéder au pouvoir et d’autres réfugiés frapperont à la porte de l’Europe.


[1] Assemblée traditionnelle des chefs de tribu

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